Gabriel Cousin :
Les nuits de lune
Article mis en ligne le 7 juin 2011
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Les nuits de lune, souvent j’entre dans leur chambre. J’avance comme dans l’eau, pour ne pas marcher sur un ballon, écraser un baigneur, glisser sur un tissu, heurter un cartable, briser un livre.

A travers la fenêtre, la lueur coule sur les lits superposés, entoure les choses d’un halo magique.

Je discerne les corps et les visages de mes filles. Elles dorment, petits animaux tranquilles. L’une au-dessus de l’autre, les souffles se confondant.

Je m’assieds, près des mains-œillets, des cous-lys, des nombrils-bourgeons, des oreilles tulipes, des lèvres-cerises.

Le mystère de ces vies dont je suis responsable m’oppresse. Leur beauté et leur tendreté font sourdre des larmes.

C’est alors que parfois l’angoisse nucléaire me submerge, comme une nausée.

Je les vois sous les invisibles radiations. Je les sens dans la terrible chaleur.

Que pourrai-je faire sous les cendres en mourant ? Tenir un pied, serrer un doigt oublié par l’éclair ?

Poème de 1982 paru dans le recueil « Cent poèmes pour la paix » [1].

Notes :

[1« Cent poèmes pour la paix », préface de Bernard Clavel, Ed. Le Cherche-midi, 1987.


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