Howard Zinn
La Bombe
De l’inutilité des bombardements aériens
Article mis en ligne le 9 août 2011

par K.S.
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Howard Zinn

« Howard aimait bien les petits gestes de rébellion, car il considérait qu’ils pouvaient être la source de changements plus importants. Comme historien, le fait d’avoir accordé une attention particulière aux gens ordinaires plutôt qu’aux riches et aux puissants constitue son acte de rébellion et d’incitation à la contestation le plus important. A ses yeux, refuser l’injustice demandait de participer à l’histoire populaire en marche. Résister, prendre la parole, contester les discours officiels, publier des analyses dissidentes, manifester et désobéir étaient pour lui des droits inaliénables. Plus il tissait des liens dans la contestation, plus il était heureux. »

Ainsi est présenté Howard Zinn par l’auteur de la préface, Greg Ruggiero.

Contester les discours officiels, publier des analyses dissidentes, c’est bien de cela qu’il s’agit avec ce court essai, très dense, La Bombe – De l’inutilité des bombardements aériens [1].

Les bombardements aériens, Howard Zinn sait ce dont il s’agit : dans ses premières années de jeune homme, il fut pilote de bombardier américain. D’abord l’annonce du largage d’une bombe atomique sur Hiroshima lui signifie la fin proche de la guerre, et de surcroît ce type de bombe reste encore pour lui, comme pour beaucoup d’autres, quelque chose d’abstrait, guère différent des autres.

Puis il découvre les résultats des bombardements nucléaires, éprouve de la honte d’avoir servi l’armée. Il se met à analyser le comportement guerrier et hégémonique des USA et devient le rebelle décrit plus haut.

Dans une autre partie de l’essai, Howard Zinn rappelle d’autres bombardements alliés, destinés officiellement à réduire des poches de résistance de l’occupant allemand, en fait à tester cette fois d’autres substances, notamment le napalm sur la ville de Royan.

Les pacifistes ne seront pas surpris des descriptions des atrocités subies par les civils lors de ces largages. Ils ne s’étonneront pas non plus qu’il se soit agi essentiellement de tester une nouvelle technologie, de couper la voie à l’Union soviétique, de répondre à une politique de représailles, considérant tous les civils d’un pays comme coupables et solidaires de leur armée… de fait, conséquence logique de tout patriotisme. Utiliser les mêmes moyens que les adversaires revient à leur devenir semblables, c’est ainsi que « … le terrorisme, condamné par les gouvernements s’il était le fait d’extrémistes religieux ou nationalistes, devenait une politique officielle. Sa légitimité tenait au fait qu’il avait servi à vaincre certaines puissances fascistes. Il allait toutefois perpétuer l’esprit du fascisme. »

On pourrait regretter que cette dénonciation des bombardements aériens, tant du point de vue de l’efficacité que de l’éthique, ne s’étende pas explicitement aux autres formes de pratiques guerrières. Mais il est vrai que les États occidentaux, dans leurs interventions, emploient surtout ce mode d’attaque, qui préserve assez bien les lanceurs de bombe.

Et en effet :

« Tant et aussi longtemps que les atrocités resteront lointaines et abstraites, elles seront tolérées, même par les personnes respectables. »
« Le mal, qui fait aujourd’hui l’objet d’une production de masse, exige une division du travail de plus en plus complexe, si bien que plus personne ne peut être tenu directement responsable des horreurs ayant cours. »

Alors, comment résister ? Howard Zinn, qui a lui-même opéré un changement radical, invite les individus à faire ce qu’ils peuvent, avec «  leurs mains et leurs pieds  » et « selon les moyens dont chacun dispose.  » Les petits gestes de rébellion pouvant être la source de changements plus importants.

SKS

Notes :

[1Howard Zinn, La bombe : de l’inutilité des bombardements aériens, traduit de l’anglais (américain) par Nicolas Calvé, Lux Éditions Montréal, 2011, 96 p., 8 €.


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