Femmes

Un poème de Leila Zhour
lundi 12 septembre 2011
par  K.S.
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Femmes

Leila Zhour est également l’auteure d’une étude sur Abu al-’Ala’al-Ma’ari, un
poète et un penseur libre (973 - 1057) évoqué dans un précédent article [1]

Au pied de montagnes austères fécondes en fleuves jaunes et pourpres,

A l’orée des déserts immortels aux lumières magiques,

Il est des lieux où nous ne pouvons être.

Et nous y sommes par milliers ! Mais invisibles et séquestrées,

Scellées sous la garde de portes en bois ornementés,

Remisées sous des treilles enluminées d’inviolables verrous.

- -

Et dans les rues et sur les routes nous y sommes aussi,

Suant la peine et le silence sous le tissu sans grâce

Qui arrête le vent et l’air en amont de nos corps pâles.

Nous sommes, oui ! Présentes et inavouées en ces lieux d’hommes

Et les larmes de nos mères ont creusé des lits

Où coulent, amères, les hontes et les peurs de nos âmes sans visages.

- -

Qui voit ? Qui sait notre existence en deçà des regards qui nous fuient ?

Qui entend le glissement des perles de sang qui nous enchaînent ?

Nul ne pénètre dans les geôles de nos vies.

Et tous, guetteurs iniques de nos vertus et de nos vices,

Se meuvent au rythme du désir de nous tenir sous eux,

Tous sombrent en des folies stériles à rêver en vain du don de notre altérité

Quand ils dépècent nos cœurs et nos chairs

Dans l’étau de leur puissance.

- -

Couvrez de cendre la chevelure secrète de boucles rebelles !

Brisez la vague libre d’une main levée dans l’aube claire !

Aucun espace ne s’ouvrira sous la poussée sanglante de nos souffrances !

Nos filles naîtront dans la misère de notre souffle enchaîné,

Elles maudiront nos ventres déjà honnis

Comme nous avons crié (mais au cœur de quel silence !)

Quand nous avons appris quels voiles de plomb allaient sceller nos vies.

- -

Nos bouches resteront muettes sous nos mains en coupe

Quand nous goûterons aux fruits brûlants des rêves libres !

Nos yeux seront de pierre sous les aubes sinistres

Quand l’ivresse de l’espoir ébranlera nos marches !

Mais où ? Mais quand poserons-nous la laine poisse qui nous brise ?

Et nos corps nus et magnifiques,

Qui saura lire en leur mémoire ardente le malheur ?

- -

Au feu, nos loques puantes verrouillées sur nos galbes d’amour !

Au feu les marqueteries tyranniques qui ferment nos maisons !

Que les fleuves en crue lavent nos villes

De la flétrissure séculaire qui attache nos pas !

Que des laves impétueuses passent leurs langues irradiées

Sur la souillure concupiscente du regard de nos geôliers !

- -

Alors nous renaîtrons dans le crépuscule d’un jour juste

Et une nuit limpide lavera nos visages clairs.

Nous boirons les sources glacées qui sourdent des lendemains apaisés ;

Sur nos cœurs fleuriront les pétales de la liberté ;

Chantez femmes et filles des terres bannies !

Nous porterons au loin le fardeau de nos peines opaques !

Nous meurtrirons nos lèvres aux baisers des corps ressuscités

Et de nos seins couleront des laits au parfum de cannelle.

30.09.99

[(Textes de Leila Zhour à retrouver sur : http://www.espacepoetique.com/Invit....)]



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