Fusillés pour l’exemple - et les autres ?

mardi 15 novembre 2011
par  K.S.
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Communiqué de l’Union Pacifiste des Bouches-du-Rhône pour la réunion du 10.11.2011 réunissant les groupes de Marseille de la Libre Pensée « Quatrevingt-Treize » et « Louise Michel » (FNLP), l’Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC), la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), le Mouvement de la Paix.

Cher(e)s Ami(e)s,

Ne pouvant être présents à cette rencontre, nous vous adressons notre salut de pacifistes intégraux, et nous vous encourageons dans cette démarche de réhabilitation des fusillés pour l’exemple, qui n’est toutefois à notre avis qu’un tout petit pas.

Expliquons-nous :

Nous ne sommes pas patriotes. La Patrie n’est qu’un mot. Mais un mot auquel on rend un culte, au nom duquel on sacrifie des vies humaines, soldats et civils. C’est un mot qui implique l’obéissance et la soumission, qui joue sur la tromperie, sur les bons sentiments que l’on utilise à des fins criminelles.

Nous nous sentons citoyens du monde, et solidaires des opprimés, quelque soit la partie de la planète où ils vivent.

Tout comme vous, notre appartenance à la nation française est le seul fruit d’un hasard récent ou beaucoup plus ancien, bien avant peut-être la Guerre de Cent Ans… Peu importe.
Voici un passage d’un article « Mon identité nationale » par P.S. (paru sur Penser libre le 6.01.2010) :

« Mon identité culturelle est francophone sans aucun doute, parfois elle est trop française et je le déplore. Parce que si pour Onfray la France est incarnée dans la Révolution française et les Lumières, pour moi elle a bien des visages que je n’aime pas, c’est la France des rois et de leurs guerres. Sans eux, sans elles et ses cortèges de victimes il n’y a pas de France. Cette nation est le pays de Thiers et des fusillés de la Commune, elle est la conquérante colonialiste et son lot de désolation au nom de sa civilisation issue des Lumières. Elle est aussi le pays des fusillés de 1917 de cette guerre imbécile, elle est celle qui lors du Traité de Versailles n’a laissé à l’Allemagne que l’espace de la revanche. La France, c’est elle qui a enfermé mes parents dans des camps de réfugiés politiques indésirables. Cette France dont tout le monde parle a voulu m’envoyer tuer des femmes et des hommes qui se battaient pour leur liberté. Cette France je ne lui dois rien. Ce qui m’importe, ce qui me mobilise, le drapeau qui me fait marcher, c’est celui de la solidarité avec ceux qui luttent pour la justice. Ce que j’aime dans ce pays c’est sa capacité à produire de l’art, qu’il soit culinaire ou autre. Ses artistes et leur production me font vibrer, ils me font vivre, ils m’ouvrent à la culture des autres pays. La production française de beauté, de plaisirs ouvre la possibilité de dilution de la nation dans d’autres nations pour laisser place à la nation humaine, à cette nation dont je suis citoyen. C’est celle là que je veux chanter, c’est pour celle là que je veux me dresser. »

Alors, la réhabilitation ?

A ce sujet, un historien, François Roux, apporte un singulier éclairage (Sur Gavroche une revue d’histoire populaire hélas aujourd’hui disparue, – « Les résistances collectives des poilus », n° 153, janvier-mars 2008) :

« Le grand public ne connaît des résistances collectives de poilus contre l’armée française que les fraternisations de Noël 14 et les mutineries de 1917, c’est-à-dire la partie émergée de l’iceberg. La férocité de la répression et le caractère clandestin de la plupart des faits de désobéissance expliquent que l’on trouve peu de traces de cette lutte dans les archives de l’armée, dans les mémoires des officiers ou dans les lettres des soldats soumises à la censure militaire. […] Obliger les « biffins » à se battre devint, dès l’hiver14, la première priorité des généraux. […] Bien que les carnets intimes des combattants s’inscrivent en faux contre cet improbable scénario, la thèse du « consentement patriotique » continue d’être défendue par les historiens qui tiennent le haut du pavé médiatique et régentent l’enseignement universitaire. Tant que cette falsification perdurera, les poilus seront vraiment morts pour rien. »

L’Armée, les politiques au pouvoir peuvent-ils reconnaître leurs erreurs tragiques ?
Réhabiliter les malheureux « fusillés pour l’exemple » dans la plus absurde et plus sauvage logique guerrière, oui… certes…
Mais les autres ? Pourquoi pas les autres ? Ceux qui ont tenté de sauver leur peau, leur vie, pour revenir à leur famille, à leur travail, ayant pris conscience qu’aucune cause ne vaut que l’on tue ou que l’on meure pour elle, et encore moins les bénéfices des industriels.

N’en déplaise aux partisans d’une paix à géométrie variable, toute guerre est scandaleuse, injuste, inutile, nuisible aux êtres humains, et rien ne peut raisonnablement la justifier. Les pacifistes intégraux (qui ne sont pas bêlants) continueront à dire, comme André Arru qui s’insoumit à la fois à la guerre et au fascisme « La violence ne résout pas les problèmes » et avec Louis Lecoin « S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre, mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. »

Contre toutes les guerres, nous sommes avec vous et nous vous saluons.

Marseille, le 2 novembre 2011,
Pour l’Union pacifiste des Bouches-du-Rhône,
Sylvie Knoerr-Saulière


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