01 .Evocation d’un penseur libre : Jean Rostand

Louis J.
mardi 27 mars 2007
par  Louis J.
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Jean ROSTAND (1894-1977) : un homme au service de la liberté de l’esprit, du respect de la vie humaine et de l’amour du vrai.
Louis Jonquet est l’auteur de cet article.

Je dis toujours mes deux racines sont le goût de la nature, l’intérêt porté aux choses de la vie, aux insectes, et puis ma révolte, née très tôt en moi, contre certains travers de la société à laquelle j’appartenais.

Voici l’une des plus nobles et des plus belles figures du monde scientifique.
Naturaliste, biologiste, écrivain érudit, moraliste, philosophe et humaniste, cet homme d’une grande humilité a consacré son existence à défendre les progrès de la pensée.

Le 12 décembre 1959, l’Académie française lui ouvrit ses portes en remplacement d’Edouard Herriot. Livres, discours, conférences, articles, notes, mémoires, d’une extraordinaire qualité et d’une intense rigueur parviennent à instruire et à séduire le grand public : c’est ce que je m’efforce à faire : communiquer l’émotion biologique. De cette œuvre foisonnante, une seule exigence apparaît : la recherche de la vérité. Tout l’homme est dans ces mots : La vérité que je vénère, c’est la modeste vérité de la science, la vérité relative, fragmentaire, provisoire, toujours sujette à retouche, à correction, je redoute la vérité totale et définitive, la vérité avec un grand V, qui est à la base de tous les sectarismes et je dirais même volontiers, mon seul ennemi, c’est bien le sectaire et le fanatique…(Le droit d’être naturaliste, 1963.)

Jean Rostand est né à Paris le 30 octobre 1894. Il est le fils d’Edmond Rostand – auteur de Cyrano de Bergerac, de l’Aiglon et de Chanteclerc – de la poétesse Rosemonde Gérard et le frère de Maurice Rostand, poète pacifiste et antimilitariste.
Il vécut toute son enfance en vase clos dans le domaine familial appelé Arnaga à Cambo-les-Bains (aujourd’hui musée Edmond Rostand) situé en pleine nature dans le pays basque. Enfant, il était timide, sauvage, renfermé, assez difficile, pas très obéissant, mais enfin prenant des colères, assez rebelle à certaines choses…


Son enthousiasme pour les insectes se manifesta dès l’âge de six ans : J’avais la passion de tout ce qui vit, de tout ce qui remue, de tout ce qui grouille… . A neuf ans, il découvre les écrits de l’entomologiste Jean-Henri Fabre (portrait ci-contre). Il s’identifie à l’homme de Sérignan et se passionnera désormais pour tout ce qui traite des origines de la vie.
Il obtient son baccalauréat sans avoir suivi un enseignement régulier et sans connaître l’expérience sociale de la classe. Il passe sa licence de sciences en étudiant seul avec des livres et en suivant occasionnellement les travaux pratiques à la Sorbonne lors d’un voyage familial à Paris. Il refuse plusieurs sujets de thèse : seules les questions de biologie l’intéressent. Devant le persiflage provoqué par la présence d’un fils de poète en faculté des sciences, il arrête ses études supérieures.

En 1914, il sera réformé, il pesait alors quarante-huit kilos. Sur les conseils de son père, il s’engage comme infirmier. Nommé au Val de Grâce, il est confronté pour la première fois à la vie et à ses difficultés. Après la guerre, Jean Rostand décide de travailler seul dans le calme, loin des facultés et des scientifiques officiels, comme l’avait fait son modère J-H. Fabre.
En 1922, il se marie. Il quitte Cambo et s’installe définitivement à Ville d’Avray (Hauts de Seine). Il transforme sa nouvelle demeure en bibliothèque et en laboratoire. Il passe ses jours à lire, à traduire des ouvrages étrangers, à observer le vivant, à expérimenter, à écrire abondamment et sans relâche les résultats de ses réflexions sur les grandes questions posées par la biologie.

Pour dépeindre Jean Rostand, il suffit de le suivre dans sa longue démarche expérimentale et philosophique de biologiste et d’écrivain qu’il décrit lui-même : Je dirai que je fus d’abord provoqué par l’observation critique du milieu social ; puis de la société, je passai à moi-même, puis de moi-même à la science, puis de la science, je revins à l’homme. (Le droit d’être naturaliste)


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