Israël, démocratie laïque ou théocratie ?

jeudi 19 janvier 2012
par  K.S.
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Les récentes manifestations d’ultra orthodoxes en Israël mettent une fois de plus en lumière la place concédée aux femmes par les religions du Livre.

Particulièrement dans certains quartiers de Jérusalem ainsi que de Beit Shemesh, une ville située entre Jérusalem et Tel-Aviv, les haredim, ou « craignant-dieu », vêtus de noir, terrorisent littéralement leurs voisins au nom d’une interprétation très stricte de la tradition juive.

Sont préférentiellement visées les femmes et jeunes filles, jusqu’aux fillettes, qui ne se plieraient pas à leurs exigences vestimentaires et autres. Les contrevenantes ont droit au minimum à des insultes ou des crachats. Il n’est pas rare que, dans l’armée où sont incorporés filles et garçons, certains de ces derniers refusent de participer à des cérémonies où sont présentes des femmes. Enfin, dans les bus de ces quartiers, l’avant est réservé aux hommes, les femmes étant confinées à l’arrière.

Une ségrégation qui n’est pas sans faire penser à une autre, mais quand donc se lèverait une Rosa Parks ? Une Israélienne, Tanya Rosenblit [1], est devenue le symbole de la lutte contre la coercition religieuse en refusant la ségrégation entre hommes et femmes dans un autobus fréquenté par la communauté ultra orthodoxe.

Lors d’une manifestation à Jérusalem, en protestation contre les médias perçus comme leur étant hostiles, des juifs ultra orthodoxes ont fait porter à leurs enfants l’étoile jaune, ce qui a choqué une majorité d’israéliens. Un autre rassemblement a entraîné des heurts entre policiers et manifestants réclamant une stricte séparation entre hommes et femmes.

La lutte opposant laïques et religieux s’est durcie avec peu après, à Beit Shemesh, une manifestation de laïques, inquiets de la forte poussée démographique des ultra orthodoxes et de leurs revendications croissantes.

Une association se déclarant pour la liberté religieuse et l’égalité, Hiddush, a fait réaliser par un institut de sondages une étude qui donne 56 % des juifs israéliens souhaitant la séparation de l’État et de la religion (35 % beaucoup et 21 % plutôt) et 28 % y étant fermement opposés.

Massorti, un mouvement cherchant à conjuguer fidélité à la Tradition et ouverture sur la modernité, prône la séparation de la religion et de l’État et publie sur son site un très intéressant article (http://www.massorti.com/Religion-et...). Ce texte soulève la question de l’identité nationale en Israël. Rappelant qu’un israélien est toujours inscrit comme citoyen de confession telle ou telle, il affirme :
« A notre avis, ce rêve d’un État de la Tora qui tient du fantasme identitaire bien plus que d’un projet réaliste serait un cauchemar. » En effet, pour les religieux, la Torah seule suffit comme Constitution. Ailleurs, symétriquement, le Coran remplit ce même rôle…

Quelle est la place officielle des religions dans l’État d’Israël ? Question délicate, car Israël n’a pas de véritable constitution mais des Lois fondamentales.

Ce sont bien souvent les magistrats qui interprètent ces Lois. Il arrive que des juges acceptent la requête de citoyens israéliens demandant à porter sur leurs papiers d’identité la mention « sans religion » mais jamais encore celle d’ « israélien »…

Dans un article intitulé « La Cour suprême et la Constitution en Israël : Entre activisme et prudence judiciaire » (http://www.juspoliticum.com/La-Cour...), Anne Jussiaume apporte de précieuses informations : « Les clivages de la société israélienne entre religieux et non religieux d’un côté, entre Juifs et Arabes de l’autre, ont bloqué, jusqu’à aujourd’hui, l’adoption d’un texte suprême. Les membres des partis politiques juifs orthodoxes notamment estiment qu’Israël n’a aucun besoin de Constitution formelle dans la mesure où la Loi religieuse juive est, par définition, une Constitution. Corrélativement, la minorité arabe a du mal à accepter l’idée d’une Constitution formelle affirmant l’identité juive de l’État. »

Une constitution au sens classique du terme verra-t-elle le jour en Israël ? Et si tel était le cas, officialiserait-elle la laïcité et la séparation de la religion et de l’État, ou accèderait-elle aux revendications des ultra orthodoxes ? Le choix de l’une ou l’autre des ces orientations aurait des conséquences politiques considérables.

SKS



Brèves

24 juillet 2013 - Jacques Prévert :

"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

24 mai 2013 - Religion modérée...

"Une religion est modérée lorsqu’elle n’a pas de bras armé ; ou quand elle cesse d’y recourir. Ou (...)

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