Un 17 février : Giordano Bruno

lundi 27 février 2012
par  Sophie
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Statue de Giordano Bruno sur le Campo dei Fiori Ci-contre, statue de Giordano Bruno sur le Campo dei Fiori.

A ce jour, Giordano Bruno reste victime d’une injustice majeure : il mérite sa place au panthéon de la science, aux côtés de Copernic et de Galilée. Tous les écoliers ont entendu prononcer ces deux noms, mais celui de Giordano Bruno, découvreur de l’infinité de l’univers, leur reste inconnu.

Que l’Église lui fasse encore payer son engagement courageux, qui est allé jusqu’à la mort sur le bûcher, on peut le penser : il ne saurait être question pour lui de réhabilitation, il en va de l’infaillibilité papale. Mais alors, le monde laïc lui reprocherait-il d’avoir été dominicain et docteur en théologie ? Ce serait un tort ; car c’est dans son monastère, doté d’une immense bibliothèque, qu’il a commencé d’acquérir cette érudition que des rois ont admirée. Il s’y est d’ailleurs fait remarquer par son indépendance d’esprit, en contestant le culte des saints et le dogme de la Trinité. On ne sait s’il en a été chassé ou s’il en est parti volontairement. Mais dès lors, il a quitté l’état ecclésiastique pour se consacrer à la science, à la philosophie et à la poésie. En seize ans, il a composé une quarantaine d’ouvrages, dont la plupart ont été brûlés en place publique et mis à l’index.

Si Giordano Bruno nous parle aujourd’hui, ce n’est pas seulement en tant que scientifique, si brillant soit-il : trois siècles avant Einstein, on peut voir dans ses travaux une approche de la théorie de la relativité. Mais surtout, il force le respect par le courage de ses convictions et de son engagement.

L’Inquisition l’a emprisonné et condamné, non seulement pour ses découvertes et son enseignement, mais en tant qu’apostat et blasphémateur. Ce délit de blasphème, qui était un crime à son époque et que certains rêvent de rétablir, lui a coûté la vie. Il est vrai que l’Église a « chargé » son dossier en l’étoffant de témoignages extorqués à ses compagnons de captivité. Mais il est certain qu’il est allé jusqu’à remettre en cause la personne même du Christ, en le présentant comme un mage et un faiseur de faux miracles. En revanche, il n’était pas proprement athée, mais panthéiste, ce qui était tout aussi grave pour l’Église.

Comme on sait, il a été brûlé vif le 17 février 1600, sur le Campo dei Fiori, à Rome. Il avait cinquante-deux ans et il avait passé huit ans dans les geôles de l’Inquisition. Jusqu’au bout, il a refusé de se repentir de quoi que ce soit, s’estimant sans reproche. Pour comble de cruauté, il est mort la langue entravée par un mors de bois : même à ce moment, sa parole faisait peur. Il l’avait dit lui-même à ses juges :

« Vous portez contre moi une sentence avec peut-être plus de crainte que moi qui la reçois. »

Comme on lui présentait un crucifix, il en a détourné les yeux et les a levés vers le ciel.

Giordano Bruno a été très célèbre de son temps. Il a inspiré Shakespeare et peut-être Marlowe pour son Faust. Plus près de nous, Brecht lui a consacré une nouvelle, Le Manteau de l’Hérétique. Espérons, alors qu’on double tant de films ineptes ou violents, qu’on nous donne un jour la version française du beau film de Giuliano Montaldo.

Sophie


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