Quand penser fait peur, faut-il interdire la pensée ?

lundi 26 mars 2012
par  Léonore
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J’emprunte ce titre à un article éponyme paru sur le site du Collectif des 39 Contre la nuit sécuritaire.

Oui, penser fait peur, surtout aux tenants des institutions.

Penser, c’est prendre du recul vis-à-vis des stéréotypes, des slogans, des phrases-choc des politiques, qui en profèrent beaucoup en période électorale.

Penser fait peur lorsqu’il y a, à la clé, une possible remise en cause de ses habitudes, de ses comportements, de ses croyances…

Penser fait peur aux administrations, surtout si le fait de penser amène des questions sur la pertinence des règlements et autres procédures.

Mais tout cela est connu.

Penser, pourtant, permet de trouver un sens – le plus souvent provisoire – à ce que nous voyons, entendons, observons chez nos semblables et plus généralement dans le monde qui nous entoure.

Penser est l’un des remparts possibles face à l’oppression, à l’écrasement des individus, qu’il s’agisse d’une dictature avérée ou masquée sous une apparence démocratique.

Le Collectif des 39 Contre la nuit sécuritaire est un bel exemple de désobéissance civile (ou civique, au choix). Bientôt rejoints par de nombreux soutiens, les rebelles du départ se sont opposés à la politique sécuritaire qui entend enfermer préventivement les malades mentaux – les fous – avant même qu’ils n’esquissent le moindre geste, ouvrent la bouche pour la moindre parole. Les fous font peur aux braves gens. Qu’importe si, statistiques officielles obligent, ils se révèlent bien moins dangereux que le commun des mortels, et s’avèrent plus souvent victimes que criminels.

Tout comme les étrangers, les Roms, les enfants des rues, les pauvres, les personnes sans-abris, les fous doivent être contrôlés, réglementés, mis au pas.

Autrefois on bouclait dans les asiles tout ce monde dérangeant.

Aujourd’hui, on prétend amener les hôpitaux, qui avaient réussi dans une certaine mesure à devenir des lieux de soins, à retourner à une mission d’enfermement. Il y suffit, non seulement de lois populistes, mais plus sournoisement de restrictions de personnel, et de prescriptions officielles en la seule faveur des méthodes comportementales et/ou médicamenteuses.

Non que ces méthodes ne puissent apporter, dans certains cas, une amélioration aux patients.

Mais la Haute Autorité de Santé, après avoir laissé filer le grave problème du Médiator, vient de se prononcer contre la référence à la psychanalyse (quels qu’en soit le courant) et la psychothérapie institutionnelle pour les autistes.

De là à appliquer la même consigne à l’ensemble des prises en charge des personnes hospitalisées en psychiatrie ?... Verremos.

Le lecteur qui voudra bien lire les différents articles parus sur le site du Collectif découvrira des prises de position courageuses mais non intolérantes, basées sur l’expérience de nombreuses années passées auprès des malades.

Le plus souvent, l’erreur est de se précipiter. Pour aider une personne en détresse psychologique ou psychiatrique, il faut l’écouter, l’entourer, la protéger, puis réfléchir ensemble – toute l’équipe – pour trouver un sens à ce que l’on a pu percevoir.

Bien sûr, il y a parfois l’urgence, un patient agité à contenir, et ce sont des médicaments qui vont permettre de nouer un dialogue dans un deuxième temps.

Bien sûr, des activités éducatives peuvent avoir un effet adaptatif et apaisant, calmant ainsi l’enfant et rassurant ses parents.

Mais l’essentiel reste de considérer la personne en souffrance qui se trouve, souvent malgré elle, dans ce milieu particulier, comme un être humain à part entière, et non pas seulement comme un inadapté gênant pour la société et dont il faut réduire à tout prix l’expression et les symptômes.

Toute aussi grave est l’injonction légale faite aux patients de suivre le traitement prescrit lorsqu’ils sont à leur domicile, et l’obligation pour les équipes de venir les contrôler. Quelle relation de confiance pourrait s’établir dans de telles conditions…

Sans être alarmiste, ne peut-on voir dans ces lois circonstancielles un peu plus qu’un appel au verdict des urnes ? Car une société libérale se soucie au moins autant de son économie que d’impératifs sécuritaires.

Qui sait, demain, un malheureux malade cardiaque ou diabétique devra-t-il rendre des comptes sur la prise de ses pilules, un obèse sur le suivi de son régime, etc…

Les familles auront intérêt à collaborer avec les autorités sanitaires, surtout si le garçonnet de 3 ans un peu turbulent vient de se faire étiqueter hyper-actif et potentiellement futur délinquant…

Il s’agit de politique-fiction, évidemment, mais il est facile de reconnaître quelques pistes déjà envisagées par les institutions juridiques, sociales et économiques.

Quelques extraits de textes parus sur ce site du collectif :

« La politique de santé mentale actuelle tente de faire de la maladie psychique un déficit d’adaptation à la société, un handicap qu’il suffirait de compenser par un meilleur réglage de la "machine cerveau".Le rêve scientiste de la réduction du sujet à un organe trouve de nouveaux adeptes qui nous présentent leurs "découvertes" comme des avancées décisives de la recherche scientifique.
Quel type de société, quelle conception de l’humain sous tendent un tel projet ?
 »
(http://www.collectifpsychiatrie.fr/...)

« Aucune méthodologie scientifique n’a pu prouver la supériorité d’une méthode sur l’autre, ni le comportementalisme, ni la psychanalyse (même si je ne peux m’empêcher de préciser qu’il existe des études qui suggèrent que les thérapies psychodynamiques d’inspiration psychanalytiques seraient plus efficaces à long terme[14]).

Certes, le comportementalisme est la méthode exclusivement employée dans de nombreux pays, mais que cela prouve-t-il sinon une uniformisation désolante de la pensée ? »

« Toute cette polémique sur la psychanalyse est donc biaisée puisque basée sur des affirmations arbitraires.
Elle tend à faire oublier la réalité de terrain : une pénurie scandaleuse, en France, d’établissements spécialisés pour le soin et l’accueil des personnes autistes et tout simplement « différentes », en règle générale.
 »
(http://www.collectifpsychiatrie.fr/...)

« Si nous avons à rappeler après la mise en place de la loi indigne du 5 juillet 2011 que les patients ne sont pas des criminels potentiels, bons à enfermer ou à traiter de force à domicile, nous sommes aujourd’hui confrontés à l’extrême violence d’une volonté d’éradication de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle, d’une psychiatrie où la dimension relationnelle est au cœur de tout processus de soins, où la dimension psychopathologique n’est pas déniée ou rejetée. »

« Tout ce qui ne peut être « évalué » dans l’immédiateté, dans la « preuve » par des chiffres, des statistiques, et qui se trouve en rapport avec l’inestimable du désir humain, se trouve ainsi invalidé explicitement par la HAS ! »
(http://www.collectifpsychiatrie.fr/...)

Enfin, il m’a semblé intéressant de proposer à la lecture, dans son intégralité, Ne nous pleurez pas…, un texte de Jim Sinclair, membre de l’association Autism Network International (USA) :
http://penselibre.org/spip.php?arti...

Les propos sont crus, durs, d’une lucidité parfois confondante, mais porteurs d’un message très fort de paix et d’espoir.

Léonore


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