"Compartiment pour dames"

vendredi 6 avril 2012
par  Léonore
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Compartiment pour dames [1]

Une femme peut-elle se passer d’un mari, se « débrouiller » seule, c’est la question posée par l’une des six passagères d’un « compartiment pour dames », le billet ayant été retiré à un guichet spécial lui aussi [2]

Faisant connaissance, ces six indiennes parlent chacune de leur vie et témoignent ainsi de la situation des femmes dans ce vaste pays – la plus grande démocratie du monde dit-on.

Dans ces récits croisés, on ne trouvera pas de veuves brûlées vives sur le bûcher funéraire de leur mari.

Ni les avortements et les infanticides de petites filles.

Ni les viols et les violences couramment exercées dans la rue et les lieux publics par des hommes sur des femmes non accompagnées d’un mari, d’un père, d’un frère ou d’un fils.

La domination exercée sur ces six personnages est bien plus subtile, et peut-être aussi difficile à éradiquer, car intériorisée, acceptée et transmises par les femmes elles-mêmes.

D’un milieu aisé, elles se voient confinées, réputées fragiles, enfermées dans les convenances et les traditions.

D’un milieu pauvre, il leur faut s’humilier pour survivre, et la pauvreté, voire la misère, les enferme tout aussi efficacement.

Les décisions, quelle qu’en soit l’importance, reviennent toujours aux hommes de la famille.

Certaines tentent de sortir de ce carcan. Elles se confrontent alors, en même temps qu’à une nouvelle et modeste liberté – prendre seule un train – à une grande solitude.

L’auteur de ce roman nous les fait découvrir dans leur quotidien et les divers évènements de leur existence. Peu à peu, c’est toute une société qui se dessine : patriarcale, machiste, fondamentalement inégalitaire. Anita Nair n’hésite pas à aborder de front divers tabous tels que la contraception, l’avortement, l’homosexualité, la pédophilie…

Mais en même temps, le courage de celles qui osent relever la tête nous fait rappeler que, nulle part, la lutte n’est terminée. Ici et là, les traditions séculaires, le monothéisme ou le polythéisme, tout se conjugue pour l’oppression d’une moitié de l’humanité.

Pour en savoir plus sur la condition des femmes dans l’Inde d’aujourd’hui :

"L’Inde côté ombre, l’Inde des femmes" par Iris Deroeux (http://inde.aujourdhuilemonde.com/l...)

Léonore


[1Anita Nair : Compartiment pour dames - Penguin Books India 2001, Éditions Picquier poche, 2004, traduction Marielle Morin. Anita Nair a trente-six ans et vit en Inde, à Bangalore. Elle est auteur de nouvelles et de romans, poète, et éditorialiste.

[2Selon l’auteur, jusqu’en 1998, un guichet réservé aux dames, aux personnes âgées et aux handicapés, a existé à la gare du Cantonnement à Bangalore. Et sur la plupart des trains de nuit indiens, on trouvait des compartiments strictement réservés aux dames, dans les wagons de seconde classe.


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