A propos du film Enfant de troupe

lundi 5 novembre 2007
par  K.S.
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Les 20 et 22 octobre 2007, ET (Enfant de troupe), de Bernard Richard, film primé au Festival International des droits de l’Homme 2006, a été projeté à Marseille et à Aix-en-Provence. Plusieurs anciens du lycée militaire d’Aix étaient présents, Bernard Thomas et Claude Maignant notamment, ainsi qu’un plus jeune, J.B., qui a pu confirmer que si les conditions matérielles s’étaient améliorées, l’état d’esprit régnant dans cet établissement n’avait pas changé.

Pour ceux et celles qui n’avaient pu venir, voici quelques suggestions de lecture :

Yves GIBEAU : Allons Z’enfants 1952
Remi DARNE : Les Fous de l’ordre, Ed. Berger, 1995
Charles JULIET : L’Année de l’éveil, Ed. Pol, 1989

et ci-dessous, quelques extraits de divers documents qui pourront compléter l’information des participant(e)s au débat.

in : alterites.com->http://www.alterites.com] :

ET (Enfant de troupe)

ET, dans le langage courant, évoque un personnage extra-terrestre. Pour Bernard Richard, ces initiales désignent les enfants de troupe. Il sait de quoi il parle, et le raconte à la première personne, sans outrances, dans un documentaire réalisé en 2005 et présenté en avant-première. Pendant huit ans, il a été élève dans une école militaire préparatoire au métier des armes en France. Du temps des expéditions coloniales, son grand cauchemar était d’échouer aux examens et de se retrouver envoyé en Indochine ou en Algérie pour combattre ceux qu’on apprend à l’école à détester et à torturer, des “salauds de Viets” aux “fellouzes”. Il échappera finalement à la “pacification” en Algérie. Mais il aura vécu une “enfance interdite” dans un système éducatif militaire fermé sur lui-même, au sein duquel se manifeste un réel mépris de la société civile : “les civils, tous des gonzesses”, entend-on régulièrement. Or, au-delà de son expérience personnelle, Bernard Richard attire l’attention sur la prégnance, aujourd’hui encore, d’une culture élitiste d’extrême-droite dans ces “petits séminaires” formatant les enfants destinés à une carrière militaire.

Wikipédia donne ainsi un résumé de l’affaire :

Lors de son arrivée à l’École militaire préparatoire d’Aix-en-Provence en 1958, Claude Maignant est un jeune agrégé enthousiaste à l’idée de contribuer à la formation des futurs officiers. Il y enseigne pendant 28 ans en classes préparatoires aux grandes écoles militaires, notamment à Saint-Cyr. Il a fondé et présidé longuement l’Association des Professeurs de ces classes préparatoires. Il se définit comme gaulliste, fermement opposé à toute compromission avec l’extrême droite. Il organisa même en avril 1969 la campagne présidentielle de Georges Pompidou.

Fin 1985, quarante lettres écrites sur un même modèle, mettant en cause l’enseignement de deux professeurs, Roland Warion et Claude Maignant, arrivent en dix jours sur le bureau du colonel commandant le lycée militaire d’Aix. Leurs méthodes d’enseignement, selon certains candidats et certains de leurs parents, seraient responsables de leur échec aux concours d’admission aux grandes écoles militaires. On leur reproche officiellement de prodiguer un enseignement trop « universitaire », d’être trop « exigeant », d’être « trop intellectuels ».

L’Inspection générale de l’Éducation nationale les avait promus professeurs de chaire supérieure, ce qui est très rare. Elle les ré-inspecte à la demande des militaires qui cherchent ainsi à les discréditer par une inspection-sanction. En pure perte : les nouveaux rapports d’inspection sont excellents.

Lorsque des professeurs déplaisent au commandement des écoles, il est mis fin à leur détachement et ils retournent dans un lycée civil. Ce système, associé au fait qu’ils bénéficient d’importants compléments de salaire, constitue la pierre angulaire de leur soumission aux desiderata de la hiérarchie militaire.

Du fait qu’ils sont titulaires de chaires supérieures, Roland Warion et Claude Maignant ainsi que quatre autres de leurs collègues dans les autres lycées militaires, ne peuvent pas être remerciés comme des maîtres-auxiliaires.

Quelques mois après le début de la cabale, ils sont relevés de leurs fonctions au motif que leur comportement « est préjudiciable à la mission pédagogique du lycée », à la « sérénité » qui doit régner dans un tel établissement. Les promoteurs de la cabale imputent alors aux victimes de celle-ci la responsabilité des désordres ainsi créés. Le Tribunal administratif, dans un premier temps, annule pourtant la décision de l’Armée qui refuse d’exécuter l’arrêt du Tribunal et se place ainsi « au-dessus des lois de la République » (l’ouvrage de Richard Bernstein, correspondant du New York Times à Paris, Fragilité de la France (François Bourin ed.) contient un long chapitre excellent sur l’affaire Maignant. Le titre de ce chapitre : « Au-dessus des lois de la République »).

Dans le même temps, Rémi Darne, auteur d’un mémoire universitaire de sciences politiques sur l’Affaire, les éditions Keruel qui publient un livre tiré de ce mémoire et Claude Maignant subissent de violentes intimidations, souvent d’inspiration néo-nazie, jusqu’à des menaces de mort par courrier et par téléphone. La presse s’empare de l’Affaire et de nombreux journaux publient des articles. Les chaînes de télévision diffusent des sujets sur cette affaire et Michel Polac lui consacre une émission complète surTF1, Droit de réponse, le 25 avril 1987, puis une autre quelques semaines plus tard.

Un Comité pour la Vérité et la Justice dans l’affaire du lycée militaire d’Aix-en-Provence est créé, auquel participent notamment Jean-Pierre Chevènement, Georges Sarre, Pierre Bérégovoy, Lionel Jospin, Roger Hanin, Pierre Vidal-Naquet, le père Cardonnel, Gilles Perrault… L’affaire est longuement évoquée à l’Assemblée Nationale dans une atmosphère houleuse, les députés du Front national soutenant bruyamment les auteurs de la cabale et la hiérarchie militaire. La presse découvre alors, outre la cabale orchestrée, un véritable pot-aux-roses de scandales au lycée militaire d’Aix-en-Provence.

Au cours des années 1975-85, des élèves du lycée militaire d’Aix-en-Provence , de futurs élèves-officiers, soutenus par leurs parents souvent eux-mêmes officiers, ont commis, sans être sanctionnés, ou de manière tout à fait symbolique, de nombreux actes de violence :

• Le saccage de la villa des époux Maignant, organisé par un commando d’une dizaine de jeunes gens de 20 ans dont deux seulement avouent et sont condamnés en justice. La hiérarchie dulycée, soutenue de fait par une partie agissante de la haute hiérarchiemilitaire, refuse de sanctionner au sein de l’école, les auteurs de la violation de domicile et des déprédations.

• L’organisation par des "crânes rasés" de "tribunaux" clandestins jugeant de "l’esprit" de leurs condisciples, sur fond d’emblèmes nazis tapissant les chambres, et faisant régner leur idéal "fana-mili" - c’est-à-dire fanatiquement militariste - par la terreur liée à la violence physique. Les "bons" et les "mauvais" élèves, sur le plan idéologique sont « triés » par une structure parallèle, le "Réseau Attila".

• Le simulacre de gazage d’un élève d’origine juive, W.W., qui est enfermé de force dans une cabine de verre du laboratoire de chimie (rez-de-chaussée, bâtiment Rhin et Danube) dont les aérations sont bouchées par des survêtements avant qu’on ouvre l’arrivée de gaz de bec Bunzen.

• L’affichage de proclamations du maréchal Pétain dans les locaux du lycée militaire, la multiplication des insultes visant le nom du général De Gaulle, l’idéalisation de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme et la vente d’affiches de cette organisation, la commémoration enthousiaste du putsch des généraux de 1961.

• Des propos et manifestations antisémites collectives à diverses occasions, dont les cours d’histoire sur le Front Populaire et l’Affaire Dreyfus, ou même en cours de maths, lorsque le professeur évoque les théories du mathématicien Riemann. On entend alors chuchoter dans les classes « juif, juif… ».

• L’apprentissage et la reprise en cœur, en cours d’allemand et hors de classe, de chants de la Wehrmacht nazie. Ces chants furent entonnés lors d’une visite effectuée au lycée militaire d’Aix par des officiers de la Bundeswehr qui crurent à une provocation.
En 1988, lorsque les plus en vue des membres du Comité pour la Vérité et la Justice deviennent ministres, beaucoup pensent que l’iniquité va prendre fin, que les dérives vont être sanctionnées. Contre toute attente, Jean-Pierre Chevènement, Georges Sarre et, en dernière instance François Mitterrand, après avoir dénoncé l’affaire lorsqu’ils étaient dans l’opposition, cèdent au lobby ultra de l’Armée. Claude Maignant ne sera jamais rétabli dans ses droits et ses fonctions au lycée militaire. L’amiral Sanguinetti lui dit alors : « Vous avez été sacrifié ». Le chef d’État-major, le général Schmitt, nommé par François Mitterrand, a obtenu l’exclusion définitive du professeur en dépit du droit.

La CEDH condamnera par la suite l’État français.

Liens externes Interview de Bernard Richard, ancien élève et documentariste (film « Enfants de Troupes » dans « Combat la revue ».

• Le blog du Cercle d’information sur le recrutement et la formation des officiers (CIRFO)


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