Pour faire le portrait d’un zozo

Un poème d’Yves Le Car
samedi 5 octobre 2013
par  K.S.
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Peindre d’abord le tableau sur un fond de ciel sombre,

bleu marine de préférence.

Plus effrayant encore que le noir.

Et peindre l’arbre

non pas l’arbre qui cache la forêt

mais l’arbre qui gâche l’euphorie

l’arbre qui tache

l’arbre qui fâche

non pas l’arbre généalogique

mais l’arbre gênant la logique...

Quand le tableau est suffisamment sombre

peindre la peur

non pas sur le tableau

mais sur le visage des spectres-acteurs

sur leurs visages

sur leurs vies sages

sur leurs villages

sur leurs sillages

Etre suffisamment habile (à bile)

rusé

pour peindre derrière l’arbre

l’animal

pas n’importe quel animal

un bouc fera l’affaire

pas n’importe quel bouc non plus

ni un bouquin

ni un bouquet

ni un bouquetin

ni un boucanier

mais un bouc émissaire

émissaire sud plutôt que nord

pour contrer le fameux adage

qui dit que l’émissaire serait moins pénible au soleil

Il faut que malgré le soleil

qui en connaît un rayon pour éblouir

le quidam

et l’âme du guide

il faut que ce bouc venu du sud soit vu comme une menace tenace

une bourrasque vorace

une tornade hors normes

On mettra sur son dos

petit à petit tous les petits tas de tares des balances

tous les fléaux tous les défauts

tous les impairs les vices et les synthèses pris

On aura pris soin de lui faire le dos assez large

pour porter et colporter tous les dégats du monde.

Enfin poser le tableau sous l’oeil non averti de tout un chacun

qui interprétera le tableau vide comme un tabloïd

et prendra toutes les données

au pire de la lettre

Si le troupeau bêle

c’est signe que le tableau est bon

et qu’on peut signer

qu’on peut les faire signer

saigner s’aligner saliver ...


Brèves

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