Blasphème en Russie
Article mis en ligne le 21 août 2012

par K.S.
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Comme le fait remarquer Oleg Noskovitch dans « Pussy Riot à l’avant-garde des nouveaux contestataires »
(Nezavissimaïa Gazeta, 16.08.2012 [1]
) :

«  L’affaire du groupe punk féministe Pussy Riot offre un saisissant miroir de la contestation russe. Le procès intenté aux trois chanteuses traduit l’affrontement impitoyable auquel se livrent, d’une part, le pouvoir politique en liaison avec l’Église orthodoxe et, d’autre part, une société qui aspire à la démocratie et à une forme d’individualisme humaniste. »

Petit rappel des faits : les trois jeunes femmes qui ont interprété leur “Sainte Vierge, chasse Poutine” dans l’immense cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, ont été condamnées à deux ans de camp en régime sévère, à l’issue d’un procès inéquitable [2].

Se mêlant, timidement et tardivement, aux nombreuses réactions d’indignation et de soutien aux jeunes chanteuses, l’Église orthodoxe, après avoir prononcé des mots très durs contre les jeunes femmes, a finalement demandé "aux autorités de l’État de faire preuve de clémence envers les condamnées, dans l’espoir qu’elles renonceront à toute répétition de ce genre de sacrilège".

Toujours proches du pouvoir, sauf si celui-ci tente de les contrôler, les Églises, catholiques ou orthodoxes, savent suivre le mouvement lorsqu’elles risquent d’être désavouées par une partie de l’opinion. Mais l’attitude de leur hiérarchie vis-à-vis des prêtres qui s’engagent aux côtés des fidèles dans une lutte pour la démocratie (prêtres-ouvriers, évêques contestataires en Amérique latine) est sans équivoque : retour au bercail. A l’inverse, il faut attendre des décennies pour que soient condamnés des pédophiles dont les agissements au sein de l’Église étaient connus de leurs supérieurs.

Toujours dans le même article, l’auteur fait pour la Russie cette analyse :

« Du point de vue de la conscience patriarcale, le contrat tacite du pouvoir avec ses électeurs consiste à leur assurer un niveau de vie acceptable, en échange de quoi il a carte blanche en ce qui concerne la manière d’administrer le pays. Mais pour ce qui touche à la morale, le pouvoir est obligé de s’associer étroitement à l’Église, car la pensée patriarcale lie morale et religion. Quant au sens de l’importance nationale, même si la machine de propagande parvient à le conforter, l’Église apporte là aussi une aide inestimable, car, depuis toujours, dans la conscience patriarcale, nationalité et foi orthodoxe sont synonymes. »

Avec ce procès, certains protestataires ont dit croire se retrouver aux temps de l’inquisition. Sacrilège, blasphème et crime de lèse-majesté, en effet, se retrouvent là associés.

SKS

Notes :

[2Voir l’information d’Amnesty international sur http://www.amnesty.fr/AI-en-action/....


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