Avec ou sans chapeau – vive la caricature !
Article mis en ligne le 19 septembre 2012

par Léonore
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Ce matin, j’étais sortie de plus bonne heure pour acheter Charlie Hebdo. Peine perdue. Depuis les toutes premières heures de la matinée, le stock de plusieurs points de presse était épuisé. J’ai craint qu’il ne s’agisse d’une razzia organisée, destinée à empêcher la diffusion de l’hebdo et de ses caricatures. Mais on m’a affirmé que non, et que beaucoup de quidams étaient venus, comme moi, repartant heureux ou bredouilles.

Interrogé par des journalistes, un jeune manifestant contre le film anti-islam « Innocence of Muslims » déclarait, sans rire, défendre la liberté d’expression.

LA liberté ? Ce peut n’être, au pire, qu’un mot perversement détourné de son sens. Au mieux, un concept philosophique, un idéal, une espérance.

Mais LES libertés ?

Celle de s’habiller à son goût, celle de sortir dans la rue, de se déplacer, de franchir les frontières légales ou traditionnelles ; celle de rester avec ou sans chapeau – le Chevalier de La Barre mourut supplicié pour ne s’être point découvert devant un cortège religieux – liberté de se voiler ou non, s’il s’agit d’une décision du sujet et non de sa communauté – avec pour limite de garder visible son visage, condition élémentaire de la plus élémentaire des civilités.

Et puis, en s’approchant de ce qui détermine le cours d’une vie personnelle : liberté de disposer de son corps, de concevoir ou non des enfants, de choisir ses partenaires et sa sexualité, de ne pas tuer ni de participer à des conflits armés… et combien d’autres formes de libertés concrètes.

Parmi toutes, il en est qui me semblent au plus haut point essentielles : les libertés de pensée et d’expression, parce qu’elles se nourrissent l’une l’autre d’abord, et parce qu’elles ouvrent sur toutes les autres.

Et à ce titre, même si le film incriminé est une nullité, même si ses auteurs sont des religieux pousse-au-crime, il faut s’élever au-dessus de l’évènement – d’autant qu’ il y en aura probablement bien d’autres – et affirmer, haut et fort, encore et encore, le droit à la liberté de pensée et d’expression.

Car si ce film est mauvais en tant qu’œuvre, je ne veux pas pour autant être privée des Versets sataniques !

Léonore


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