Clémence Royer, libre penseuse atypique

jeudi 21 février 2013
par  K.S.
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Le site de la Libre pensée de Loire atlantique (44) met en ligne le texte d’une causerie, « Clémence Royer », par Patrick Boistier [1].

Il s’agit d’une personnalité complexe, haute en couleurs, tout à la fois libre penseuse, féministe, philosophe, franc-maçonne, scientifique mais aussi eugéniste dans le sens le plus péjoratif.

Elle naît le 21 avril 1830 à Nantes. Sa famille, catholique et légitimiste, la place, âgée de 10 ans, dans un couvent du Mans où elle reste seulement deux ans « car il semble que sa compréhension du monde ne parvenait pas à s’adapter au mysticisme catholique. » [2].

A 19 ans, elle doit subvenir à ses besoins en travaillant comme gouvernante suite au décès de son père ; largement autodidacte, elle passe avec succès trois examens en deux ans puis s’inscrit aux cours du Conservatoire des Arts et Métiers.

Elle s’intéresse tout à la fois à l’anthropologie, à l’économie politique, à la biologie et à la philosophie.

En 1857, elle s’établit en Suisse, près de Lausanne où elle rencontre l’économiste et républicain modéré alors en exil Pascal Duprat [3]. Alors « commence sa vie publique de conférencier et d’écrivain. » [4].

En 1863, elle partage avec Proudhon le premier prix d’un concours sur le thème de la réforme de l’impôt et de la dîme sociale.

« Au cours des années 1860, elle prend connaissance du travail de Charles Darwin. En 1862, elle traduit en français L’Origine des espèces et en écrit la préface. Elle trouve ainsi l’occasion de publier sa position sur l’évolutionnisme.

Cette préface fait beaucoup de bruit. Le fond de sa pensée, c’est que la théorie de Darwin "est moins une théorie nouvelle qu’une réfutation serrée, pressante, par des faits et des lois, de toutes les objections faites à la doctrine de Lamark. Seulement, où celui-ci affirmait, Charles Darwin discute et prouve"… Mais, surtout, la préface de Clémence Royer est une profonde critique de la révélation chrétienne, de la providence divine et de la distinction absolue entre l’homme et l’animal. » [5].

Peut-être reliquat de sa première éducation chrétienne, elle estime que "la sexualité est dans la nature un accident". Ses propres idées évolutionnistes et sa lecture personnelle de Darwin l’amènent à critiquer une société où le faible prédominerait sur le fort sous prétexte d’une « protection exclusive et inintelligente accordée aux faibles, aux infirmes, aux incurables, aux méchants eux-mêmes, à tous les disgraciés de la nature ». Des positions qui annoncent le « darwinisme social » et ses conséquences, justification du racisme et du capitalisme.

En 1870, elle devient la première femme à être admise à la Société d’anthropologie de Paris, fondée onze années auparavant par Paul Broca, et y fait de nombreuses communications. En 1848, elle s’était déclarée républicaine, néanmoins elle préfère Versailles à la Commune de Paris, et demande à la démocratie de respecter "la loi naturelle des inégalités" et le pouvoir d’une élite intellectuelle.
Elle est un des membres fondateurs de la loge mixte Droit Humain en 1893.

Féministe, elle considère que la différence des sexes ne légitime pas l’injustice d’une domination d’un sexe par l’autre, elle lutte pour les droits civils mais non pour les droits politiques, estimant – comme beaucoup de républicains et de socialistes de l’époque – que les femmes sont encore sous l’influence de l’Église.
Elle-même se disait libre penseuse "sous condition d’indépendance personnelle" mais non matérialiste, et n’a sans doute jamais adhéré à la Libre pensée.

« Critiquant l’œuvre de Proudhon, elle écrit : "En effet, on ne peut à la fois critiquer la propriété individuelle en affirmant que l’on vole tout le monde (idée rousseauiste, dit-elle) et vouloir l’anarchie, c’est-à-dire une société sans État, sans contrôle ni intervention dans la jungle de la " liberté illimitée " de chacun". » [6].

A la mort de Pascal Duprat en 1885, démunie et sans ressources, elle est finalement admise dans une maison de retraite où elle meurt le 6 février 1902.

Clémence Royer a laissé une œuvre abondante et diverse comprenant des études philosophiques, d’économie politique, d’histoire et de préhistoire et de nombreux sujets annexes ainsi qu’une autobiographie.

SKS


[1Intégralité du texte sur : http://lp44.free.fr/modules.php?nam...
.

[2« Clémence Royer », par Patrick Boistier

[3Selon Patrick Boistier, elle vit avec lui en union libre mais l’article que lui consacre le site du Droit Humain (http://www.droithumain-france.org/n...) la dit mariée et mère d’un fils

[4« Clémence Royer », par Patrick Boistier

[5« Clémence Royer », par Patrick Boistier

[6« Clémence Royer », par Patrick Boistier


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