Sans limites ?

vendredi 1er novembre 2013
par  K.S.
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Sur le numéro 12 (octobre 2013) des « Chroniques de la désobéissance » , cet article, « Sans limites ? », pose la question qui anime nombre de débats comme d’interrogations personnelles : y a-t-il des limites à la non-violence ?

Sans limites ?

Pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), dans une cellule de la salle de police d’une caserne française quelconque, un garçon, plutôt costaud − il aurait fait un beau soldat −, partisan de la non-violence et réfractaire à cette guerre coloniale, fut confronté à un groupe de militaires qui voulait de toute force lui faire enfiler un uniforme. Il se cala le dos au mur de son étroit cachot, face à ses assaillants, les poings en avant, prêt à les recevoir, et leur dit : « Venez donc, mais je vous préviens, je ne sais pas jusqu’à quel point je suis non-violent. »

L’affaire en resta là car les militaires se retirèrent plutôt décontenancés.

Il y aurait donc des limites à la non-violence.

D’ailleurs, parmi les partisans de la non-violence, il semble que certains s’appuient sur une citation de Gandhi pour justifier à un moment ou à un autre l’usage de la violence.

C’est le cas de Jean-Pierre Barou dans son Courage de la non-violence qui cite Gandhi :

« Je crois en vérité que, s’il fallait absolument faire un choix entre la lâcheté et la violence, je conseillerais la violence. »

Remarquons que Gandhi posait seulement comme alternative : « lâcheté ou violence » ; et pas du tout « violence ou non-violence ».

On connaît plus ou moins les différents épisodes de l’action des GARI (Groupes d’action révolutionnaire internationalistes) qui enlevèrent le banquier Suarez pour réclamer en échange la libération de militants emprisonnés en Espagne.

Quand on a demandé à l’un des participants, Octavio Alberola Surinach (voir à ce sujet le site des Giménologues) :

« Est-ce que l’exécution de Baltasar Suarez avait été envisagée si aucune revendication n’avait abouti ? », il a répondu :

« Non, à aucun moment n’avait été envisagée une décision de cet ordre-là. Nous ne l’aurions jamais fait, car notre objectif et notre éthique étaient contre ce type de comportements propre aux autoritaires. Comportements qui, en plus d’être inefficaces, desservent la cause. Tuer un homme froidement, ce sera toujours un crime ! Une autre chose est de tuer pour défendre sa vie, dans la lutte contre les forces de la répression. »

Donc, s’il y a des limites à la non-violence, de même il y en a quand il s’agit de violence anarchiste.

Violence ou non-violence, pouvons-nous dire que, sur cette question, les anarchistes sont guidés par des principes, par une éthique, par des considérations stratégiques ou par quelque chose qui reste à déterminer ?

Les anarchistes ne sont pas violents par principe ? Des fascistes le seront sans doute ; des islamistes radicaux également si l’on s’appuie sur les événements récents ; et quelques autres encore…

Par ailleurs, est-ce que des anarchistes peuvent être non-violents par principe ? On aurait envie de répondre « oui, mais », sans réfléchir, mais nous pourrions dire tout aussi bien que c’est quelque part la résultante d’une analyse des expériences historiques du passé ou le résultat d’une éducation ou, tout simplement, que c’est un fait culturel.

Hommes, nous ne frappons pas nos compagnes.

Parents, nous ne battons pas nos enfants.

Enseignants, nous ne brutalisons pas nos élèves.

Manifestants, nous ne cassons pas les vitrines ni ne vandalisons spontanément les biens publics. Sauf, et là nous le revendiquons à visage découvert, quand il s’agit du fauchage de plantes OGM ou, par exemple, du démontage d’édifices à restauration rapide d’origine américaine ou, comme le fit Louise Michel, quand elle pilla une boulangerie, etc.

Syndicalistes nous avons la grève, le boycott et le sabotage comme armes, avec le scrupule de ne produire que des dommages matériels. Bien que nous sachions que Durruti a dit :

« Nous n’avons pas peur des ruines. Nous sommes capables de bâtir aussi. […] Nous allons recevoir le monde en héritage. […] Nous portons un monde nouveau dans nos cœurs. »

Antifascistes, nous nous efforcerons de lutter avec d’autres armes que nos adversaires et, surtout, avec l’appui de la population en son entier. On nous dit qu’il faut se préparer à combattre une extrême droite montante, par exemple en Grèce avec Aube dorée.

Dans ce pays, selon Le Monde du 4 octobre 2013, la démocratie a fait son travail. Le journal publie la photo du « Petit Führer » fasciste lors de son arrestation en attente de son procès pour avoir dirigé une « organisation criminelle ».

Démocrates ? Eh ! Nous ne le sommes pas particulièrement mais nous admettons vivre mieux en démocratie que partout ailleurs car un certain nombre de libertés sont respectées et que nous ne voyons pas l’utilité de dormir un fusil à notre côté.

Internationalistes, nous refusons de participer aux guerres entre nations.

Révolutionnaires, on nous dit qu’il fallait bien s’armer, en Espagne, en 1936, pour lutter contre le fascisme. Réflexe programmé : était-il possible de penser autrement ? Dès 1934, et déjà bien avant, les anarchistes de ce pays prenaient régulièrement les armes : il s’agissait de se préparer par la « gymnastique révolutionnaire » à faire… la révolution.

On notera, pour en revenir à la modeste résistance anticolonialiste de notre réfractaire du début que, sauf erreur, la CNT (anarcho-syndicaliste) a attendu 1936 pour lancer une proclamation quant à l’indépendance des colonies espagnoles. C’était trop tard, Franco prit le pouvoir aidé en grande partie par des Maures à qui, sans doute, il avait fait des promesses.

En bref, tenus dans des limites ou fidèles à des principes, peut-être ne s’agit-il après tout que de rechercher une cohérence entre nos moyens de lutte et le but final.

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