La « Grande » guerre inconnue

samedi 2 février 2008
par  K.S.
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monument aux morts pacifiste d'Equeurdreville

L’un des deux derniers rescapés de la grande boucherie de 14/18, Louis de Cazenave, est mort le 20 janvier 2008. Né en 1897, il était âgé de 110 ans. Ce survivant du Chemin des Dames s’était abonné, dès sa démobilisation, au périodique La Patrie humaine [1]. Il avait d’avance refusé des funérailles nationales et ne manquait pas une occasion de dénoncer l’horreur et l’absurdité de la guerre :

« Il faut avoir entendu les blessés entre les lignes. Ils appelaient leur mère, suppliaient qu’on les achève. C’était une chose horrible. Les Allemands on les retrouvait quand on allait chercher de l’eau au puits. On discutait. Ils étaient comme nous, ils en avaient assez. »

En manière d’hommage, voici quelques sources de documentation sur la « Grande guerre ».

- Gavroche - revue d’histoire sociale (parution trimestrielle) publie des articles très bien documentés et approfondis, loin des pseudo dossiers superficiels que l’on trouve souvent dans les revues d’histoire.

Tout est intéressant, mais signalons en particulier, au sujet de la « grande guerre » :

-  Les « fusillés pour l’exemple » anglais (n°151, juillet/août/septembre 2007) par Christophe Le Dréau. Malgré l’hostilité de certains historiens et surtout de descendants de généraux, la réhabilitation fut prononcée en juillet 2006 après 90 années de refus.

-  Le mythe de Verdun (n°152, octobre/novembre/décembre 2007) par François Roux . « La bataille de Verdun (1916) reste considérée en France comme une victoire de la « Grande guerre », un symbole de la résistance des poilus à l’offensive de l’armée allemande. Elle ne ressemble pourtant en rien à une victoire. […] Aucun des généraux responsables de l’impréparation de Verdun ni du désarmement de Douaumont n’eut à en rendre compte. […] A l’issue de la bataille, le général Joffre quitta son commandement avec un bâton de maréchal. Quelques mois plus tôt, en juin, le commandement s’était inquiété de l’augmentation des rédditions volontaires et des fraternisations au cœur de la mêlée. Il avait décidé de faire un exemple. Deux sous-lieutenants du 347ème RI qui avaient ordonné un repli tactique alors que leur régiment, réduit à 350 hommes, se trouvait menacé d’extermination dans le secteur de Fleury, devant Douaumont, furent arrêtés, condamnés, et exécutés sur l’ordre du sinistre Nivelle qui allait s’illustrer quelques temps plus tard en déclenchant la catastrophique offensive du chemin des Dames. […] Si on voulait résumer cette bataille du point de vue français, on pourrait dire que des centaines d’hommes ont payé de leur vie ou dans leur chair l’incompétence de leurs chefs. Ce n’est pas ce que l’on apprend aux enfants dans les écoles. »

-  Les résistances collectives des poilus (n° 153, janvier-mars 2008) par François Roux . « Le grand public ne connaît des résistances collectives de poilus contre l’armée française que les fraternisations de Noël 14 et les mutineries de 1917, c’est-à-dire la partie émergée de l’iceberg. La férocité de la répression et le caractère clandestin de la plupart des faits de désobéissance expliquent que l’on trouve peu de traces de cette lutte dans les archives de l’armée, dans les mémoires des officiers ou dans les lettres des soldats soumises à la censure militaire. […] Obliger les « biffins » à se battre devint, dès l’hiver14, la première priorité des généraux. […] Bien que les carnets intimes des combattants s’inscrivent en faux contre cet improbable scénario, la thèse du « consentement patriotique » continue d’être défendue par les historiens qui tiennent le haut du pavé médiatique et régentent l’enseignement universitaire. Tant que cette falsification perdurera, les poilus seront vraiment morts pour rien. »

François Roux est par ailleurs l’auteur d’un livre : La Grande Guerre inconnue – Les poilus contre l’armée française, (Editions de Paris Max Chaleil, 320 p. 2006).

« Du fait de sa durée et des conditions particulières de la vie dans les tranchées, la guerre de 14-18 a suscité une grande quantité de témoignages écrits : correspondances, carnets, mémoires, « romans de guerre »… Les premiers récits parurent pendant le conflit, certains dès la première année (douze titres en 1915). Ils étaient surtout le fait d’écrivains professionnels, romanciers ou journalistes. Puis les officiers généraux, les officiers supérieurs et nombre d’officiers de tranchées entreprirent à leur tour de faire paraître leurs mémoires, au début des années vingt. L’histoire qui s’écrit alors est celle de l’Union sacrée et ceux qui publient sont tous, ou presque tous, des officiers : c’est donc en tant que gradés soulagés des travaux et des corvées de la tranchée ou du cantonnement que la plupart de ces témoins ont rédigé leur relation du conflit. [ …] Pendant ce temps, les témoignages des sans-grades, carnets, paquets de lettres ou cahiers d’écoliers, restent dans les archives familiales : les soldats des classes populaires ne pensaient pas que leurs manuscrits pourraient être édités un jour et très peu parvinrent alors à la connaissance du public. » C’est sur ces témoignages que s’est appuyé l’auteur pour faire découvrir, à contre-courant de l’histoire officielle, la réalité de cette tuerie : la Grande Guerre inconnue.


[1Le 7 novembre 1931, sortie à Paris à l’initiative de Victor Méric, du premier numéro du grand hebdomadaire du pacifisme intégral "La Patrie Humaine". Après la mort de Victor Méric, c’est Louis Loréal, puis Jean Girardin et enfin Robert Tourly qui en assureront la gérance jusqu’à la déclaration de guerre (dernier numéro paru le 25 août 1939).
(Ephéméride Anarchiste)


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