Un éloge de l’autodidacte

lundi 13 janvier 2014
par  K.S.
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Sur le site "Questions de classes" on peut lire un très pertinent article d’Irène Pereira intitulé "Les lectures personnelles comme outils d’émancipation" http://www.questionsdeclasses.org/?... et daté du 2 janvier dernier.

Deux paragraphes, à découvrir ci-dessous, attirent l’attention sur le rôle émancipateur de la lecture à la fois chez l’autodidacte et chez les élèves, en particulier ceux issus des classes populaires.

Éloge de l’autodidacte

Il est à ce sujet intéressant de revenir sur la figure de l’autodidacte. Il est sans doute possible de rappeler que celle-ci a occupé une place certaine dans l’histoire des classes populaires au XIXe et XXe siècle : l’autodidacte pouvait désigner en particulier une personne issue des classes populaires ayant peu d’années d’études, mais qui par ses lectures personnelles, avait réussi à acquérir un capital culturel nettement supérieur à son milieu d’origine. Cette figure a souvent joué un rôle important dans l’histoire du militantisme syndical. C’est celle par exemple de l’ouvrier anarchiste autodidacte.

ll est intéressant de rappeler également que cette figure était souvent raillée par les détenteurs du savoir académique. On se souvient par exemple du personnage de l’autodidacte dans La Nausée de Sartre. Celui-ci était alors synonyme de personne ayant acquis des connaissances nombreuses, mais mal maîtrisées. A l’autodidacte des milieux populaires, s’opposait le dilettante des milieux aisés : celui qui avait le loisir de pratiquer en amateur une activité scientifique ou artistique. A la légèreté du dilettante s’opposait le sérieux méticuleux de l’autodidacte qui est confronté aux impératifs de la survie.

Le déclin de la figure de l’autodidacte est sans doute à mettre en lien avec l’allongement de la scolarité et l’emprise des diplômes dans l’accès aux positions professionnelles. A côté du professionnel, se tient maintenant l’amateur. Néanmoins, il est possible de se demander dans quelle mesure la disparition de la figure de l’autodidacte ne constitue pas la marque de l’effacement d’une figure populaire de l’émancipation par la lecture qui pouvait être porteuse d’une image positive du savoir pour les jeunes des classes populaires. L’autodidacte était en effet un individu qui avait acquis un rapport autodéterminé au savoir. L’autodidaxie constituait une ouverture à au moins deux trajectoires possibles : la mobilité sociale ascendante par le savoir ou le militantisme (syndical ou politique).

Les bénéfices secondaires des lectures personnelles

Il est classique d’évoquer un certain nombre de bénéfices que les élèves peuvent tirer de lectures personnelles de qualité : amélioration de la syntaxe, enrichissement du vocabulaire, élargissement de la culture générale, approfondissement des cours...

Mais, il me semble que l’élève issu des classes populaires peut en tirer d’autres ressources. La première est celle d’acquérir une culture intellectuelle qui n’est pas purement scolaire. Même si elle peut être valorisée dans le cadre scolaire. La seconde c’est d’en tirer le sentiment valorisant qu’il est capable d’acquérir des savoirs intellectuels par lui-même en dehors ou à côté du système scolaire.

Ces deux éléments peuvent lui permettre de prendre une distance critique par rapport à la parole enseignante : l’enseignant ne sait pas tout, il présente une certaine conception du savoir, il existe d’autres points de vue, il existe des savoirs intellectuels qui ne sont pas abordés par le programme... Ces éléments sont importants car l’élève issu des milieux populaires ne dispose pas de ce type de ressources critiques au sein de son milieu familial. Cela peut ainsi l’aider lorsqu’il est en échec scolaire à posséder d’autres ressources d’évaluation de son propre savoir et donc de sa propre valeur intellectuelle que l’institution scolaire.

Certes il existe d’autres sources de connaissance qui concurrencent les enseignants et auxquelles ont accès les élèves des classes populaires comme la télévision ou Internet. Néanmoins, l’élève connaît également le jugement que portent les enseignants sur ces sources : la télévision est méprisée et Internet vu comme une jungle où se côtoient le pire et le meilleurs. De ce fait, l’accès à ces médias seuls n’est pas en mesure de lui assurer la légitimité pour relativiser la parole enseignante.

Les lectures personnelles constituent ainsi probablement un facteur susceptible de favoriser la résilience scolaire.


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