Voltaire aurait-il signé le manifeste "Les animaux ne sont pas des choses ? "

samedi 15 mars 2014
par  K.S.
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Un ami internaute nous signale un site canadien intitulé http://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo/400817/ledevoirdephilo-voltaire-aurait-il-signe-le-manifeste-les-animaux-ne-sont-pas-des-choses

Le Devoir de philo : Voltaire aurait-il signé le manifeste "Les animaux ne sont pas des choses ? " par Renan Larue [1] le 22 février 2014.

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d’histoire et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.
Le 22 janvier, un manifeste intitulé Les animaux ne sont pas des choses a commencé à être diffusé sur Internet. Ses auteurs expliquent dans les journaux, à la radio et à la télévision qu’il n’est plus possible de considérer des êtres dotés de capacités cognitives complexes comme de simples « biens ». En moins d’une semaine, près de 30 000 Québécois ont approuvé leur démarche et signé le manifeste. De fait, eux aussi réclament une «  évolution du statut juridique des animaux dans le Code civil du Québec ».

« Si l’on veut reconnaître des droits aux bêtes, il faut commencer par le plus élémentaire d’entre eux : celui de vivre et de n’être pas maltraité. »

Au contraire de Descartes, qui arrêtait sa pratique du doute à l’existence d’une divinité, et pour qui les animaux n’étaient que des « machines », d’autres philosophes ont reconnu aux autres espèces animales la qualité d’êtres sensibles.

Ci-dessous, quelques extraits de ce "devoir de philo" :

« Condorcet, la figure de proue de la lutte contre l’esclavage des Noirs, non seulement refuse de chasser mais ne s’autorise pas même à tuer des insectes.
Bien loin de juger incompatibles l’idée d’un droit des animaux et la défense des droits les plus fondamentaux de la personne humaine, il fait part à Turgot de son refus de maltraiter les bêtes : "J’ai cru observer, écrit-il dans une lettre datée du 13 décembre 1773, que l’intérêt que nous avions à être justes et vertueux était fondé sur la peine que fait nécessairement à un être sensible l’idée du mal que souffre un autre être sensible. " ».

[…]

« Rousseau voit dans la capacité à souffrir le critère essentiel de l’attribution des droits : «  Si je suis obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, déclare-t-il en effet, c’est moins parce qu’il est un être raisonnable que parce qu’il est un être sensible ; qualité qui, étant commune à la bête et à l’homme, doit au moins donner à l’une le droit de n’être point maltraitée inutilement par l’autre. »

« En considérant les animaux comme des biens, nos législateurs n’ont décidément pas la même vision du droit que ces jurisconsultes français de la fin du XVIIIe siècle, si influencés par la pensée rousseauiste. »

[…]

« Sur cette question des bêtes et de leurs droits, François Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778) n’est pas en reste. Le patriarche de Ferney commence par rappeler que la différence entre les êtres humains et les "autres animaux" est de degré seulement, et non pas de nature.

Il déclare que les animaux ont des idées, des émotions, de la mémoire. Il réfute l’idée que la possession d’une "âme spirituelle" puisse signaler entre eux et nous l’existence d’un fossé ontologique.

Pour Voltaire, l’âme, cette idée creuse, ce mot qui ne signifie rien et que les prêtres font seulement mine de comprendre, aurait été forgée jadis pour nous distinguer des autres créatures. L’âme ne serait en somme que le produit de notre orgueil, un moyen commode de justifier l’asservissement des bêtes.

Que reste-t-il donc de notre dignité, de cette dignité intrinsèquement humaine ? Peu de choses, répond Voltaire, puisque l’être humain n’a rien qui le distingue fondamentalement des animaux. Si nous étions plus raisonnables, nous renoncerions une fois pour toutes à notre fantasme d’élection divine.

Si nous avions la sagesse d’oublier les fables des théologiens, nous comprendrions que Dieu, s’il existe, ne nous a pas gratifiés d’un statut métaphysique particulier.

La supériorité que nous avons sur les bêtes n’a été acquise que par la culture et la force des armes. Notre vanité dût-elle en souffrir, il faut garder à l’esprit que, pendant longtemps, nous n’étions sur Terre que pour servir de nourriture aux ours. »


[1Renan Larue est chercheur postdoctoral Banting à l’Université de Montréal, l’auteur vient de publier Pensées végétariennes, une anthologie des textes que Voltaire a consacrés au végétarisme (Fayard).


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