« La Pensée de Midi –Archéologie d’une gauche libertaire »
de Michel Onfray (Chez Gallilée. Collection Débats. Paris. Septembre 2007.)

Compte rendu par Francis du livre de M. Onfray.

Article mis en ligne le 8 février 2008

par Francis K.
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Je me pose souvent la question en politique, suis-je de gauche ? Oui, sans aucun doute. Mais alors, quelle gauche ? Car deux courants se démarquent nettement. Il y a une gauche proche du centre, donc libérale, une autre gauche qui est antilibérale donc anti-capitaliste. Il m’est très difficile de choisir entre ces deux courants.
Peut-être que le livre de Michel Onfray apporte une formule intéressante : « il faudrait donc une gauche aussi amoureuse de la liberté que la gauche libérale et aussi radicale que l’extrême gauche ». Est-ce réalisable ?

Camus, image Incravables anarchistes

Pour assister à la naissance de cette gauche, Michel Onfray s’appuie « sur le triangle Georges Palante, Jean Grenier et Albert Camus ». Cette figure géométrique ouvre la voie à un troisième courant : « il s’agit de la gauche libertaire ».

Palante, image Ephéméride Anarchiste

L’idée ne serait pas une fiction, elle aurait bien existé dans les œuvres de « l’auteur de l’Homme révolté et deux autres personnages oubliés – Georges Palante et Jean Grenier qui constituent un genre de triade utile à lire, à défaut de les relire  ».

J. Grenier, image Wikipedia

Le livre rend hommage « {}à ces trois hérauts libertaires » et nous invite à cheminer avec eux.
Avec Albert Camus, l’aspect libertaire est prédominant, il a écrit que « la société de demain ne pourra se passer d’une pensée libertaire ». L’optimisme règne quant à la fin du paragraphe consacré à Camus, Onfray nous dit « le temps est venu d’une pensée libertaire ». Nous sommes pourtant bien en 2007 après l’élection présidentielle du mois de mai !
Peut-on partager cet enthousiasme ? La fin du livre qui fait référence à un texte écrit par Michel Onfray en 1988 intitulé « Pour une an-archie désespérée » me semble mettre à mal cet optimisme.
Pour Jean Grenier, l’an-archie serait « l’absence de principe ordonnateur, directeur et autoritaire qui soit au dessus de la liberté et qui dispense une orthodoxie. L’an-archie du libertaire qui ne croit qu’en l’autonomie et la singularité  ». Ce philosophe qui voulait éviter tout obscurantisme, persécution, anathèmes et falsifications nous rappelle qu’ « une fois qu’on est entré dans un parti, on est obligé pour ne pas être - embêté – de penser ce que pensent les plus bêtes ».
Dans les années 1980, Michel Onfray découvre Georges Palante avec des écrits comme « Pessimisme et individualisme », « L’individu en détresse » et « Les antinomies entre l’individu et la société  ». Dans ce dernier ouvrage apparaît le concept majeur de la philosophie de Palante : « l’ariste ». Il s’agit de « l’individu seul de son parti, solitaire, isolé, en contradiction permanente avec la société, romantique dans son désespoir, athée social, convaincu de l’échec de son combat pour la singularité, mais foncièrement décidé à le mener […] l’ariste vit d’amitié et de microsociétés électives, d’ironie active et de repli farouche, de lucidité crue et d’écriture nécessaire ». Nous sommes bien sur le versant désespéré. Mais, Michel Onfray reste quand même optimisme, car à la fin de son texte de 1988, sa dernière phrase est : « il est tant d’aurores qui n’ont pas encore lui ».

1er février 2008

Francis Kaigre


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