A propos de l’Affaire Finaly

mercredi 13 février 2008
par  K.S.
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Le 9 février dernier sur France 3 à 23 heures, un film documentaire de David Korn-Brzoza reprenait l’affaire Finaly. [1]
Un bref rappel des faits :

En février 1944, un couple de juifs autrichiens réfugiés en France, avant d’être arrêtés, confie ses deux très jeunes garçons, Pierre et Gérald - presque trois ans pour l’aîné, pas encore deux pour le cadet - à une amie. Celle-ci les fait accueillir par Mademoiselle Antoinette Brun, directrice d’une crèche dans la région de Grenoble et proche de la Résistance. Les parents déportés à Auschwitz ne reviendront pas.

Aussitôt après la fin de la guerre, la tante paternelle des deux enfants recherche ses neveux. C’est là que commence vraiment « l’affaire ». Mademoiselle Brun utilise toutes les manoeuvres possibles pour ne pas rendre les enfants, allant jusqu’à les faire baptiser en 1948 alors qu’ils sont circoncis. Or l’Eglise considère que toute personne baptisée lui appartient.

Pour se faire remettre les deux garçons, la famille des enfants Finaly finit par mandater Maître Moïse Keller. Une plainte est déposée auprès de la justice. Après diverses procédures, Mademoiselle Brun est condamnée pour séquestration d’enfants, et arrêtée. Mais Pierre et Gérald ont disparu.

En fait, dès le début, Antoinette Brun les a confiés à la supérieure du couvent de Notre-Dame de Sion, Antonine, qui pour ne pas les rendre, les cache et les déplace très fréquemment sous de fausses identités de pensions religieuses en couvents, dans différentes régions, pour aboutir au pays basque, après la décision de janvier 1953 qui donne raison à la famille, défendue par Maître Maurice Garçon.

Entre temps, une campagne de presse a alerté l’opinion, l’affaire fait scandale, non seulement dans la communauté israélite, non seulement dans la gauche, anticléricale ou non, mais aussi chez les chrétiens progressistes.

Le directeur d’un collège de Bayonne reconnaît les enfants qui lui ont été amenés, toujours sous de fausses identités, et alerte la police. Mais celle-ci arrive trop tard, les deux petits sont désormais en Espagne, cachés par des prêtres indépendantistes ; une négociation interne menée par la hiérarchie catholique, soucieuse d’arrêter le scandale qui la malmène sérieusement, aboutira à la rentrée en France des deux garçons enfin remis à leur famille.

Plusieurs points sont à relever dans cette pénible histoire :

- C’est donc une négociation qui a mis fin à la séquestration des enfants, rendus contre le retrait de la plainte déposée par la famille ! Négociation entre dignitaires des deux communautés, juive et catholique, au grand dam de Maître Keller qui tenait à ce que une sanction légale (et laïque) soit donnée à l’affaire.

- Le rôle central de l’Eglise :

Le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, primat des Gaules, le plus haut placé dans la hiérarchie catholique, avait été contacté par Antoinette Brun et par Mère Antonine. Il prit ses instructions auprès du nonce apostolique, Angelo Giuseppe Roncalli (futur Jean XXIII). La réponse du Saint-Office (l’ancêtre de l’actuelle Congrégation pour la doctrine de la foi), simple lettre de quelques lignes, au ton neutre et posé, datée du 23 octobre 1946, est édifiante.

Voici ce qu’en dit Jérôme Anciberro dans son article « Histoire. Roncalli contre Jean XXIII » :
Cette décision concerne les enfants juifs confiés pendant la guerre à des institutions catholiques pour échapper aux persécutions, dont les parents ou des institutions juives demandent qu’ils leur soient rendus. Après avoir précisé qu’il faut éviter de répondre par écrit aux demandes, le nonce explique que, si ces enfants ont été entre-temps baptisés, ils « ne pourront être confiés à des institutions qui ne sauraient en assurer l’éducation chrétienne ». Autant dire qu’on ne peut les remettre... à des juifs. Cette instruction reste valable même si la demande émane des parents en personne. La lettre se conclut par cette formule : « Notez que cette décision de la congrégation du Saint-Office a été approuvée par le Saint-père. [2]

Par ailleurs, la mission avouée des religieuses de Notre-Dame de Sion est de convertir les juifs.

- Contrairement à ce qui a pu être dit à l’époque, il ne s’agissait pas d’un conflit entre « droits du cœur » et « droits du sang » puisque « Maman Brun » comme elle se faisait appeler, ne s’occupait pas directement des deux jeunes garçons qui vécurent en internat jusqu’à ce qu’ils aillent vivre avec leur tante paternelle. Ces enfants furent ballottés, transformés en clandestins, pour finir enfermés d’abord ensemble puis séparément.
D’après leur propre témoignage (dans le film les documents d’archives alternent avec leurs interviews) ils semblent s’être reconstruits.
Mais remarquons que, pour l’ Eglise, le salut des âmes compte plus que la santé physique et mentale de deux enfants.


[1France, 2007. Auteurs : Alain Moreau, Noël Mamère, David Korn-Brzoza. 65 mn. Inédit. Sur une idée de Noël Mamère

[2Histoire. Roncalli contre Jean XXIII par Jérôme Anciberro in Témoignage chrétien – en ligne – Archives du journal – édition du 6 janvier 2005
www.temoignagechretien.fr/journal/
La publication dans le "Corriere della Sera" du 28 décembre provoqua d’importants remous dans l’opinion publique italienne.


Brèves

24 juillet 2013 - Jacques Prévert :

"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

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