Waleed al-Husseini, palestinien, libre penseur et athée

mercredi 16 avril 2014
par  K.S.
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Souvent, dans cette rubrique, ont été présentés des penseurs libres et des libres penseurs depuis longtemps disparus.

Voici le portrait d’un libre penseur et athée d’aujourd’hui, militant remarquable, car s’étant déclaré dans un milieu particulièrement hostile.

Le site « La voie de la raison – Critique rationnelle des religions » (http://la-voie-de-la-raison.blogspo...) consacre un très intéressant article à Waleed al-Husseini. Ce jeune palestinien, après avoir ouvertement déclaré son athéisme sur un blog, a été emprisonné par l’Autorité palestinienne en Cisjordanie pour délit d’incroyance. Réfugié politique, il vit actuellement en France, où il a été interviewé par « La voie de la raison ».

Une brève biographie vient compléter cet entretien très éclairant à la fois sur la situation en Palestine et sur le cheminement individuel du jeune homme.

On notera que dès ses treize ans, Waleed relève des contradictions dans l’enseignement religieux et pose donc des questions à son professeur. La réponse est cinglante : «  Ta question est haram ( péché), elle est inspirée par Satan !  ». Un peu plus tard, l’adolescent pose la même question à un autre professeur, puis à un imam à la mosquée, et obtient la même réponse. Il décide alors de mener l’enquête lui-même :

« J’ai commencé à lire la Sira, les hadiths, puis les Mutazilites, ces philosophes rationalistes du 9ème siècle... […] Plus je lisais, plus je découvrais que je n’étais pas seul comme je l’avais cru. Beaucoup de monde, en réalité, discutait depuis des siècles ! C’était un grand choc pour moi. »

Il crée alors son premier blog en arabe, simplement intitulé "Athée", le premier du genre dans le monde islamique. Ce faisant, étant né dans la foi musulmane, il est considéré comme apostat, et punissable de mort.

Le jeune homme est arrêté, l’autorité palestinienne efface ses textes et publie en son nom de fausses excuses à tous les musulmans. La prison :

« Torturé et privé de mes droits les plus basiques, la détention était un calvaire, coupé du monde extérieur, privé de lecture, des amis et de la famille... »

Au bout de quelques mois, il passe devant un tribunal militaire pour trois chefs d’accusations, incitation à la haine interconfessionnelle, outrage à l’encontre des représentants des religions, affront à l’encontre du sentiment religieux [1].

« Une compagne de solidarité internationale a été lancée par des amis et des ONG et d’énormes pressions ont été exercées par le gouvernement français sur l’autorité palestinienne, suite à tout cela une libération sous caution m’a été accordée.

Néanmoins les harcèlements et les menaces n’ont cessé de s’accentuer. Sous pression de toutes parts, j’ai fini par quitter mon pays natal afin de rejoindre la France où j’ai pu obtenir l’asile et par la suite créer le Conseil des ex-musulmans de France. »

Ce Conseil (CEMF), dit Waleed Al-Husseini, a pour but de faire entendre la voix des ex-musulmans en France, de les représenter, les défendre et les faire sortir de l’isolement qu’on leur impose. On retrouve dans les missions qu’il s’est fixées la notion de liberté de conscience, de laïcité sans restriction, d’égalité hommes-femmes, de protection des enfants contre toute manipulation et abus par la religion et les institutions religieuses.

 [2]

Une déclaration de libre penseur :

« Je pense que toutes les religions se font concurrence dans l’absurdité et le mépris de l’Homme, je suis athée et m’oppose à toutes les religions, le christianisme, le judaïsme, l’islam, le Bouddhisme ou autre forme de religion ne font qu’asservir l’homme et l’empêchent de penser librement son existence.

A noter : avec des amis tunisiens, Waleed Al-Husseini a créé une page Facebook intitulée " La lumière de la raison", " Nour al Alkal".

L‘ensemble de l’entretien peut se lire sur : http://la-voie-de-la-raison.blogspo....


[1Selon la classique alliance entre militaires et religieux :

1. Incitation à la haine interconfessionnelle, en infraction à l’article 177 du code pénal militaire palestinien de l’année 1979 ;

2. Outrage à l’encontre des représentants des religions, en infraction de l’article 225 et l’article 226 alinéa B du Code pénal militaire de l’année 1979 ;

3. Affront à l’encontre du sentiment religieux, en infraction de l’article
230/A du code pénal militaire palestinien de l’année 1979.

[2Nos missions sont :

1. Les droits universels, l’égalité totale, et nous nous opposons à toute tolérance pour des croyances inhumaines, toute discrimination et tous mauvais traitements, au nom du respect de la religion et de la culture.

2. La liberté de critiquer les religions. L’interdiction de toute restriction à la liberté inconditionnelle de critique et d’expression, sous couleur de la religion.

3. La liberté de religion et d’athéisme.

4. La séparation de la religion d’avec l’État, le système éducatif, et le système légal.

5. L’interdiction des coutumes, règles, cérémonies ou activités religieuses qui sont incompatibles avec ou violents les droits et libertés des peuples.

6. La prohibition de toute coutume culturelle ou religieuse qui freine ou s’oppose à l’autonomie des femmes, à leur volonté et à l’égalité. La prohibition de la ségrégation des sexes.

7. La prohibition de toute interférence par quelque autorité, familiale ou parentale, ou par les autorités officielles dans la vie privée des femmes et des hommes et dans leur relations personnelles émotionnelles et sexuelles, et leur sexualité.

8. La protection des enfants contre toute manipulation et abus par la religion et les institutions religieuses.

9. L’interdiction de toute forme de soutien financier, matériel ou moral accordé par l’État ou les institutions de l’État aux religions, aux activités religieuses et à leurs institutions.

10. L’interdiction de toute forme de menaces et d’intimidations religieuses.


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