Bertrand Russel

dimanche 30 mars 2008
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“c’est un chien, … …il faut le couvrir de goudron, le rouler dans les plumes et le chasser ainsi de notre pays” dirent de Bertrand Russel les dévots de son époque !

image : librepenseefrance.ouvaton.org

Il fut mathématicien, logicien, philosophe, historien, sociologue, éducateur,
et reçut le Prix Nobel de littérature 1950.
Pour évoquer ce libre penseur et pacifiste, dont les prises de position dans nombre de domaines essentiels de la vie restent d’actualité aujourd’hui, nous reprenons l’article enthousiaste qu’écrivit André Arru en avril 1978.

Il était né en 1872 d’une vieille famille aristocratique d’Angleterre ; sa mère mourut lorsqu’il avait deux ans et son père la suivit de près. Ce dernier était libre penseur convaincu et avait prévu de confier l’éducation de ses deux fils à des athées. Mais il ne fut pas tenu compte de ses directives et les enfants furent remis à leurs grands parents. Le grand père impotent décéda et c’est la grand mère “ lady John”, très puritaine, de religion presbytérienne écossaise qui s’occupa des enfants. Ce qui fit dire plus tard à Bertrand Russell “ Comme ceux qui ont eu une éducation puritaine, j’avais coutume de méditer sur mes péchés, mes folies et mes défauts”. Il sera élevé avec son frère au château de Pembrocke Lodge par des gouvernantes suisses et allemandes, ce qui lui permettra de faire connaissances avec les mathématiques “A partir de ce moment et jusqu’à 38 ans, les mathématiques ont été ma plus grande source de bonheur”.

[*Déjà il était septique, curieux et ouvert, ce qui avec les études de mathématiques, de logique et de philosophie le sauva des emprises de la religion et de l’éducation familiale.*]

Mathématicien il laisse une œuvre impérissable“Principia Mathématica”. Trois forts volumes édités de 1910 à 1913 qui “sont toujours, pour la logique contemporaine, l’ouvrage de base, le mouvement de la logistique dite “classique”…”.  [1]

Comme logicien, philosophe, historien, moraliste, sociologue, éducateur, Bertrand Russell a rencontré le problème religieux et il l’a examiné sous ses divers aspects ”.  [2] Et si le philosophe a écrit, l’homme a parlé, a agi. Par la parole, en créant une école, il a manifesté ses convictions de libre penseur et d’athée “Je considère sans exception les grandes religions du monde, le Bouddhisme, l’Hindouisme, le Christianisme, l’Islamisme et le Communisme, comme fausses et néfastes. […] Je suis aussi fermement convaincu de la nocivité des religions que je le suis de leur fausseté…”. “Il suffit de considérer l’histoire du monde pour s’apercevoir que le progrès, dans tous les domaines s’est constamment heurté à l’opposition des Eglises, quelles qu’elles fussent. J’affirme, en pesant mes termes, que la religion chrétienne, telle qu’elle est établie dans les églises, fut et demeure le principal ennemi du progrès moral dans le monde”. [3]

[* “[…] Il se peut que l’humanité soit au seuil de l’âge d’or, mais il sera d’abord nécessaire de mettre à mort le dragon qui en garde la porte, et ce dragon c’est la religion...” *]

Aussi les gens d’églises ne l’ont-ils pas épargné. En 1910 Bertrand Russell s’intéresse à la politique, s’inscrit au parti libéral et entame sa campagne. On fait pression pour qu’il fréquente une église. Il refuse. On l’évince, son remplaçant est élu. C’est une chance, Russell politicien, quel dommage !

En 1940, le Collège de la ville de New York sollicita son concours et le nomma professeur de philosophie à partir du1° Février 1941. Dès que la nouvelle est connue, branle-bas chez les croyants. L’évêque MAUNING écrit à tous les journaux de New York pour dénoncer cette décision des universités “qui proposent à notre jeunesse, comme professeur de philosophie, un homme connu de tous pour faire de la propagande à la fois contre la religion et contre la morale, et qui prétend justifier l’adultère…”Par d’autres dévots son œuvre est qualifiée de “lubrique, libidineuse, lascive, dépravée, érotique aphrodisiaque, irrévérencieuse, éhonté d’esprit, mensongère et dépourvue de fibre morale…”, ou encore “c’est un chien, … …il faut le couvrir de goudron, le rouler dans les plumes et le chasser ainsi de notre pays”.

Cette cabale réussit et la “Justice américaine” annule après des tribulations la nomination de Bertrand Russel et ce malgré la position de nombreux savants américains qui le défendent.

Comme Darwin, il fut traité de singe par la même pouillerie religieuse. Les “turpitudes” reprochées à Russel étaient contenues dans différents ouvrages.  [4]
où notre philosophe refusait l’indissociabilité du mariage, prônait l’union libre, approuvait le “Birth control”, proposait une éducation des enfants sans tabous. Il va sans dire que ces écrits n’étaient pas destinés à ceux qui recherchent des sensations fortes, sexuelles ou autres. Refusé à New York, l’université de Harvard en Californie s’empressa de solliciter son concours et Russel professa aux Etats Unis jusqu’en 1945. Il fut fêté à son retour en Angleterre et en 1950 le prix Nobel de la littérature lui fut décerné. Les pétards cléricaux avaient fait long feu.

Bertrand Russel est connu aussi pour son pacifisme qui n’a jamais été intégral. Il ne condamnait pas la guerre en toutes circonstances. Celle de 1914 fut pour lui un choc, il l’appelait “la guerre civile européenne”. Alors il soutint les objecteurs de conscience et fut condamné à 6 mois de prison ferme, peine confirmée en appel, pour un article considéré comme “subversif”. En 1937 après la publication de son livre “Which Way to Peace ? ” il disait “Je crois et même j’espère que dans les pays impliqués dans la prochaine guerre, les populations civiles, au bout de quelques temps, refuseront de continuer à se battre, montrant plus de bon sens que leur gouvernement”. En 1938, il soutint Munich, mais après la déclaration de guerre, il ne savait plus “Je suis pacifiste. [...] Mais je ne croit pas qu’il puisse y avoir de paix dans le monde sous le règne d’Hitler [...]sa défaite […] est le prélude nécessaire à tout ce qui est bien”.

En 1963, il prend position contre l’armement nucléaire. A l’âge de 89 ans, il manifeste dans les rues de Londres et est à nouveau condamné à la prison ( huit jours) pour “désordre sur la voie publique”. En ce temps, il a crée la “fondation atlantique pour la paix” et dans cette optique a écrit à tous les chefs d’états des “ grandes nations”. Puis ce fut “Le tribunal pour les crimes de guerre contre le Vietnam” dont il présida la première séance.

Il est mort le 2 Février 1970 à 97 ans. Il a été incinéré.

Dans sa vie, il a écrit plus de 70 ouvrages et 25 000 lettres et articles. Il a été marié 4 fois.

Il est aussi bon de rappeler qu’il avait accepté d’être : Membre du Comité d’Honneur de l’Union Rationaliste et Président d’Honneur de l’Union Mondiale des Libres penseurs.

Bertrand Russel a été remarquable par les richesses et les qualités de ses œuvres, mais aussi par son comportement d’homme. Sa vie est un exemple de plénitude et d’harmonie, de recherches et de découvertes et aussi de grande honnêteté.

Il nous reste son œuvre, dont une grande partie a été traduite en français et dans laquelle nous pouvons largement puiser. Elle reste d’actualité pour longtemps encore. Bertrand Russel était souvent un précurseur.  [5]

André Arru

(Article paru dans la revue de la Libre Pensée autonome d’avril 1978)

Dessin original d'Aline Aurouet
Pour mieux connaître Bertrand Russel :

De Bertrand Russel :
- « Le mariage et la morale » suivi de « Pourquoi je ne suis pas chrétien », traduit de l’anglais par Gabriel Beauroy et Guy Le Clech, 10/18, Paris, 1997.
- « La conquête du bonheur » traduit de l’anglais par N. Rabinot, Payot, Paris, 1962.
- « Le monde tel qu’il pourrait être – Socialisme, anarchisme et anarcho-syndicalisme » traduit de l’anglais par Maurice de Cheveigné, Denoël/Gonthier, 1973.
- « Eloge de l’oisiveté » Allia, Paris, 2004.
- « Histoire des idées au XIXème siècle – Liberté et organisation » traduit de l’anglais par A.M. Petitjean, NRF/Gallimard, 1938.
- « Ma conception du monde » traduit de l’anglais par Louis Evrard, NRF/Gallimard, coll. Idées, 1962.
- « Science et religion » traduit de l’anglais par Philippe Mantoux, NRF/Gallimard, 1957.
- « Petite histoire de mes idées philosophiques » traduit de l’anglais par Georges Auclair, NRF/Gallimard, 1961.

Sur Bertrand Russel :
- Alan Wood, « Bertrand Russel – Le sceptique passionné », Payot, Paris, 1965.


[1Revue “Nouvelle Ecole”n° 12

[2Pourquoi je ne suis pas chrétien – Préface de Louis Rougier – Ed PAUVERT

[3Pourquoi je ne suis pas chrétien – Préface de LouisRougier –op. cité

[4L’éducation et le monde moderne
Mariage et morale
Ce que je crois
Education et vie morale

[5Alan Wood ( Bertrand Russel Payot) Sarte biographie de Russel éditée en français et du vivant de Russel. Il existe aussi une autobiographie en 3 volumes.


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