Disposer de soi

par K.S.

Il y aura bientôt 40 ans, l’avortement – pudiquement appelé Interruption volontaire de grossesse – devenait légal, grâce à Simone Veil et à la loi qui porte son nom, grâce aussi aux militantes et militants du droit des individus à disposer d’eux-mêmes - Manifeste des 343, procès de Bobigny, MLAC, marches internationales pour ne citer que quelques-unes des actions engagées.

Jusque-là, l’avortement était poursuivi, considéré comme un crime pour les femmes et pour celles ou ceux qui les avaient aidées. Or, durant ces décennies, ces femmes ne s’engageaient dans cette voie qu’en dernier recours, en raison des risques. Aujourd’hui, c’est l’échec de la contraception lié à un manque d’information ou d’accès au médical, à des situations familiales compliquées, mais jamais par fantaisie.

À présent, les dispositions contraignantes et soupçonneuses ayant été écartées, les candidates à l’IVG n’ont plus à être en situation de détresse.
Mieux encore, la résolution parlementaire du 26 novembre 2014 réaffirme le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse en France et en Europe [1].

Fruit d’années de lutte, cette liberté fondamentale de disposer de soi et de ne pas mettre au monde des enfants non désirés peut sembler acquise. C’est oublier que les lois peuvent être abrogées.

Ainsi, en Espagne, le ministre de la justice avait conçu un projet de loi sur l’avortement extrêmement restrictif, dont le retrait en septembre dernier, pour des motifs électoralistes, pourrait bien n’être que temporaire.

Il ne faut pas mésestimer le poids des lobbies anti IVG. L’un des premiers à se manifester de façon médiatique, « Laissez-les vivre » est maintenant suivi d’autres réunissant chrétiens intégristes et médecins ultra-conservateurs. Avec ces mouvements, mais aussi s’exprimant en tant que telles, les Églises, catholique, orthodoxe et évangéliques, dont l’influence est plus ou moins grande en Europe comme dans d’autres régions du monde. On n’oubliera pas la position du Vatican à l’égard de la fillette brésilienne âgée de 9 ans, enceinte de jumeaux après avoir été violée par son beau-père ‘Le viol moins grave que l’avortement’ (voir Penser libre http://penselibre.org/spip.php?arti...). Le Vatican qui a pu si longtemps protéger ses prêtres pédophiles continue à parler du respect de l’enfant, considérant que dès sa conception l’embryon humain est porteur d’une âme… [2]

On n’oubliera pas non plus, même si cela semble bien loin, les Lois scélérates de 1920 visant à repeupler la France, après la grande boucherie de 14-18.

Enfin, deux domaines dans lesquels le droit à disposer de soi est loin d’être acquis :

- la fin de vie reste le plus souvent de la responsabilité du corps médical, de son bon vouloir, de sa compassion comme de ses principes rigides du « respect de la vie » même quand la vie n’est plus vraiment là. La volonté de l’individu de mettre fin à ses jours, parce qu’il souffre trop, physiquement et/ou moralement, parce qu’il ne supporte plus ce qu’il estime être une déchéance, ce choix, malgré les promesses électorales présidentielles, ne lui appartient toujours pas. Reste le suicide dans des conditions plus ou moins pénibles et douloureuses. Comment ne pas penser aux avortements clandestins qui ont précédé la Loi Veil ?

- on aurait tort d’oublier que la conscription et le service militaire obligatoire sont seulement suspendus. Alors que les médias et les politiques soulignent à l’envi l’atrocité du premier conflit mondial et vont jusqu’à dire, 100 après il est vrai, « quelle connerie la guerre », rien ne peut garantir que la raison d’État ne vienne à nouveau envoyer à la mort les enfants de la Patrie, auquel cas insoumission et objection de conscience auraient à se déclarer…

SKS