Jeanne Humbert (1890 – 1986)

dimanche 9 mars 2008
par  K.S.
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Anniversaire :

Le 9 mars 1980, une cinquantaine d’amis de Jeanne Humbert s’étaient réunis autour d’elle à Paris, pour fêter ses 90 ans dont plus de 70 de combat en faveur des libertés - des femmes et de tous les individus.

Roger-Henri Guerrand et Francis Ronsin ont publié une excellente biographie intitulée «  Jeanne Humbert et la lutte pour le contrôle des naissances » [1] où l’aspect principal de l’engagement de Jeanne Humbert se trouve analysé dans le contexte des époques traversées.

En voici quelques éléments :

Pour vivre avec un militant anarchiste, sa mère prend avec elle Jeanne, 11 ans, et quitte un mari alcoolique et deux autres enfants. Ce nouveau foyer, plein de vie, est fréquenté par des personnages fameux, dont Jean Marestan, Laurent Tailhade, Alexandre Jacob. Après son certificat d’études, Jeanne quitte l’école et reçoit des cours de Paraf Javal.
A Paris où est venue habiter sa famille, Jeanne se rend aux réunions du Libertaire et apprend la sténodactylo avec Almereyda, dont le fils Jean Vigo deviendra son filleul laïque.

A 17 ans, fuyant les avances de son beau-père, Jeanne prend son indépendance et gagne sa vie comme sténodactylo. A ce titre, elle devient en 1909 la secrétaire d’Eugène Humbert, puis un peu plus tard sa compagne. Elle partagera toutes les luttes de ce pacifiste, libertaire et néo-malthusien passionné. Pour leurs idées, l’un et l’autre connaîtront les poursuites, les jugements, les amendes et la prison.

En effet, après la boucherie de la première guerre mondiale, une loi destinée à renouveller la chair à canon a été votée en 1920. Elle interdit tout ensemble la contraception, l’avortement, et toute information sur les méthodes de limitation des naissances, prévoyant de lourdes sanctions envers les contrevenants. Eugène Humbert, accusé « d’avoir enlevé des bataillons à la France » est emprisonné à de multiples reprises.
Les militants de Régénération [2], puis de La Grande Réforme conservent les théories de Malthus quant au rapport ressources/population, mais préconisent l’usage de contraceptifs plutôt que l’abstinence sexuelle.
Ce qui déchaîne la haine des patriotes natalistes et des Ligues de vertu presque toujours d’inspiration religieuses.
Le régime de Vichy aggrave encore les dispositions établies par la loi de 1920.
Eugène Humbert mourra lors du bombardement de l’hôpital-prison d’Amiens où il est incarcéré pour provocation à l’avortement et propagande anticonceptionnelle.

La fin de Vichy ne signifie nullement l’arrêt de la répression. L’Eglise catholique, l’appareil du Parti communiste et l’Ordre des médecins s’opposent farouchement, avec des arguments différents à toute légalisation de la contraception. La loi de 1920 reste en vigueur et ne sera vraiment abolie qu’en 1975 et 1979 avec la Loi Weill légalisant l’avortement.
Diverses victoires ont préparé le terrain.
1956, le Planning familial déclare proposer des méthodes contraceptives et ne sera pas inquiété. 1967, la Loi Neuwirt autorise la contraception.
1971, manifeste des « 343 » et fondation du Mouvement Choisir.
1972, naissance du MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception).

Après l’armistice, Jeanne Humbert continue la lutte.
Elle n’a de cesse de faire reparaître La Grande Réforme, publie des articles dans divers périodiques (notamment Ce qu’il faut dire, Pensée et Action, Combat syndicaliste, Contre-courant, Le Monde libertaire), donne de nombreuses conférences, rédige plusieurs biographies, celle de son compagnon Eugène Humbert, mais aussi de Sébastien Faure, de Manuel Devaldès. Elle se fixe à Paris en 1958 et gagne sa vie comme correctrice.

En 1971, trois octogénaires, Jeanne, May Picqueray et Charles-Auguste Bontemps font paraître Le Réfractaire dont la publication finira en 1983 au décès de May.

En 1980, Bernard Baissat réalise le film « Ecoutez Jeanne Humbert ».
Jeanne décède à Paris le 1er août 1986.

Les centres d’intérêt et d’action de cette femme exceptionnelle allaient bien au-delà du néo-malthusianisme, et du reste constituaient un ensemble, car elle était plus que d’autres consciente de l’interaction des divers aspects du problème.

Féministe ? Oui, selon ce que l’on met sous ce terme. Jeanne revendiquait la liberté de concevoir (ou non) des enfants, liberté aussi de mener sa vie sexuelle d’adulte sans les diktats des Ligues de vertu et autres natalistes. Mais elle n’exprimait aucun rejet de l’autre moitié – masculine – de l’humanité.

Pacifiste évidemment, liant du reste comme l’ensemble des néo-malthusiens la surpopulation, la misère économique et culturelle, et la guerre.

Individualiste, aussi. Non au sens galvaudé de l’égoïste seulement préoccupé de son intérêt, mais comme compréhension de la place essentielle de l’individu dans la communauté humaine.
A ce sujet, envisageant une possibilité de voir les idéaux libertaires s’inscrire dans la réalité, Jeanne donnait une grande importance à l’éducation. Pas au bourrage de crâne, avec empilement de connaissances mal digérées, mais à l’enrichissement intellectuel, émotionnel, éthique des individus.
Et c’est sans doute un des points de convergence qui amena entre Jeanne Humbert et André Arru un riche échange de correspondances.

S.K.


[1(Spartacus, Paris2001)réédition de l’ouvrage Le sexe apprivoisé"publié en 1990 aux EditionsLa Découverte

[2périodique animé par Paul Robin dont l’influence sur Eugène Humbert sera déterminante


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