Sur "perspectives gorzienne"s :
"La rébellion, acte fondateur du sujet"

par K.S.

Très intéressant article de Daniel PAUL paru le 25 avril dernier.

Quelques extraits :

Dans un entretien avec Marie-France AZAR de 1991 sur France Culture [1] , André GORZ précise les fondements de son attitude :

« Mes réflexions ont une valeur de nuisance très élevée et en somme c’est leur valeur de nuisance que je crois féconde. Comme vous le savez, je n’appartiens à aucune culture. J’ai été obligé de définir moi-même les critères de validité des valeurs qui sont charriées par toutes les cultures ambiantes. Je ne peux m’identifier à aucune, me sentir chez moi dans aucune.[…] Mais j’ai ramassé des morceaux par ci et par là pour me bricoler un système d’orientation, un système de valeurs qui me semble correspondre à quelque chose de très fondamental dans la réalité humaine et de transculturel. »

« Je n’ai pas les moyens constitutionnels, psychiques, spirituels, pour avoir une volonté de puissance. Je refuse toute forme de pouvoir et toute forme de puissance sauf le pouvoir que vous donne la contestation. J’estime d’ailleurs que le rôle des intellectuels, au sens traditionnel du terme, pas au sens que ça a pris aujourd’hui, la mission des intellectuels, c’est de contester  ».

« Toute personne a commencé par être un enfant, ce qui veut dire que les critères de jugement, la structuration de sa personne qui va le caractériser dans son âge adulte, lui a été imposé à une époque où il ne pouvait pas se défendre contre elle et qu’il a vécu sa socialisation, son éducation, comme une violence et un arbitraire qui lui était imposé. Il y a toujours une réserve d’insoumission, de rébellion, de contestation dans toute personne. Personne ne peut s’identifier avec son être social totalement et c’est cet écart entre le vécu personnel et l’image de soi-même que la culture, que la société vous oblige d’assumer, c’est cet écart qui fait la créativité artistique, culturelle, philosophique d’une personne. Si cet écart ne se donne pas ou n’a pas la possibilité de se donner les moyens de son expression, c’est-à-dire d’une contestation qui est la liberté même de se remanier et de se redonner une existence que l’on n’obtient que de soi-même, alors évidemment vous tombez dans le conformisme et l’utilitarisme le plus plat et vous n’avez que des individus qui sont à peu près pareils les uns aux autres. »

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