"L’Ours. Histoire d’un roi déchu"
L’ours et l’Eglise catholique
Article mis en ligne le 28 octobre 2015
dernière modification le 8 novembre 2015

par K.S.
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Michel Pastoureau : L’Ours. Histoire d’un roi déchu [1]

Dans cet ouvrage passionnant et très documenté, deux personnages principaux sont mis en lumière : l’ours, bien entendu, et l’Eglise catholique.

Bien longtemps avant notre ère, avant l’avènement du christianisme, et même quelques siècles encore après, l’ours fut en Europe considéré non seulement comme le « roi » des animaux, mais comme un parent, un ancêtre de l’homme, voire un dieu. Divers cultes lui étaient rendus, des fêtes lui rendaient hommage, dans un lien avec la nature et particulièrement la forêt.

Mais pour l’Église catholique, ces croyances relevaient du paganisme et devaient donc à tout prix être éradiquées des coutumes et des mentalités.

L’auteur montre avec précision les diverses implications de la lutte de l’Église contre l’ours pendant près d’un millénaire. Ainsi eurent lieu des massacres de grande ampleur, qui sont sans doute à l’origine de la diminution de la population ursine, tout autant que la destruction de son habitat par l’expansion des activités agricoles : « De même que des milliers d’arbres furent abattus en Saxe et en Westphalie, des pierres déplacées ou maçonnées, des sources détournées ou transformées en fontaines, des lieux sacrés convertis en chapelles, de même des milliers d’ours furent massacrés. » (p.125) Où l’on voit que de tout temps les religions conquérantes et intolérantes détruisent le patrimoine de l’humanité et le patrimoine naturel. Ce que confirme, hélas, l’actualité…

Les ours, dont les anciens pensaient qu’ils pouvaient s’accoupler avec des humaines, furent accusés d’être l’instrument ou l’incarnation du diable, comme du reste d’autres malheureuses espèces, telles que le renard, le loup, le bouc, etc… Évidemment, l’idée même d’une parenté entre homme et animal révulsait les bons chrétiens. Une attitude qui aujourd’hui encore n’a pas complètement disparu de certains esprits, malgré Darwin !

L’ours devint animal de cirque, puis – plus sympathique – inspira un créateur de doudous en peluche… Le lion, plus exotique et donc moins chargé de légendes païennes devint le « roi » des animaux. L’Église superposa ses propres fêtes aux dates des anciennes, pour tenter d’éliminer définitivement l’importance et la dignité de l’ours dans la mémoire collective. Il n’est pas certain qu’elle y soit totalement parvenue…

Léonore

Notes :

[1Michel Pastoureau : L’Ours. Histoire d’un roi déchu, Au Seuil (Points) 2007, 422 p.


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