Paris, 13 novembre 2015

samedi 14 novembre 2015
par  K.S.
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Ce qui vient de se passer tend à rendre muet d’horreur et de stupéfaction. Et pourtant, non, il ne faut pas se taire.

Est-ce déjà 2084, allons-nous vivre très prochainement dans l’immense empire d’« Abistan », basé sur un système exclusivement religieux, sur l’amnésie des populations et leur totale soumission à un seul dieu et son seul représentant, sur l’appauvrissement de la langue réduite à quelques mots les plus simples et strictement utilitaires ? L’exécution des opposants, ou même des « tièdes » comme seul spectacle autorisé et les pèlerinages comme seuls voyages possibles ?
La sortie du dernier roman de Boualem Sansal [1] entre en résonnance de façon terriblement inquiétante avec cette actualité.

Et il est clair que l’islamisme est une forme particulièrement redoutable et odieuse de dictature qui cherche à s’imposer par la force, pensant détenir la seule vérité, tout individu perçu comme autre (« infidèle », apostat, athée) pouvant être tué.

Bien évidemment – cela relève sans équivoque du respect des droits humains - il faut refuser tout amalgame entre islamistes et musulmans modérés, certains du reste s’éloignant peu à peu des pratiques et de la confusion entre société civile et religion propre à l’islam.

Mais il faut voir un peu plus loin.

Quand Boualem Sansal, dans Gouverner au nom d’Allah fait remarquer : « Nous les avons accueillis avec sympathie, un brin amusés par leur accoutrement folklorique, leur bigoterie empressée, leurs manières doucereuses et leurs discours pleins de magie et de tonnerre… », ne peut-on y voir la façon générale dont les médias, les politiques regardent l’ensemble des religions et leurs divers pratiquants ? N’avez-vous donc pas remarqué, amies et amis, le ton obséquieux avec lequel est prononcé ce mot « religieux » ?

Dès sa conception en 1905, la Loi de séparation des Églises et de l’État, tout en affirmant de très beaux grands principes, a maintenu le régime du concordat en Alsace-Lorraine, et a mis en place des avantages pour l’Église catholique, par exemple la possession des édifices religieux par l’État ou les communes, avec l’obligation de leur entretien, mais en les réservant aux seuls cultes ! Ont suivi, peu à peu, de multiples dérogations, ainsi les contrats passés avec l’enseignement confessionnel assortis de subventions. Il y a là de fait une situation de privilège vis-à-vis des autres religions, notamment l’islam.

Si la droite et l’extrême-droite se sont emparés, comme des voleurs, de la notion de laïcité – la leur étant toutefois à géométrie variable – une partie de la gauche, et notamment les altermondialistes, persistent dans la confusion et endossent la culpabilité des fautes du colonialisme, s’incluant ainsi, consciemment ou non, dans une lignée nationale et patriotique. Or l’islam n’est pas seulement présent dans d’anciennes colonies, mais dans beaucoup d’autres régions du monde dont l’histoire et les cultures sont différentes. Obnubilés par ce qu’ils appellent – avec les communautés confessionnelles - l’islamophobie, ils ne voient plus les dangers que soulignent par exemple, outre Boualem Sansal [2], Djemila Benhabib [3]. Ce faisant, ils privent de leur soutien ceux qui, élevés dans la culture musulmane, aspirent à une société laïque - tout comme nombre d’européens, élevés dans la culture chrétienne, se sentent néanmoins laïques, voire athées. Et ils oublient que ces courageux penseurs libres sont souvent les premières victimes des intégristes.

Autre chose encore : le commerce et la diplomatie traitent avec respect des régimes de dictature à caractère religieux, notamment islamique, où l’on peut condamner pour la tenue d’un simple blog un malheureux à 1000 coups de fouet, où la peine de mort, la torture, l’emprisonnement, la censure sont largement pratiqués – mais ces pays ont du pétrole… ce qui les met à l’aise pour soutenir les fractions les plus dures des islamistes.

Gouverner au nom de tel ou tel dieu, tout comme en vertu d’une idéologie absolutiste, ne peut amener une société harmonieuse et pacifique. C’est la séparation des domaines – religieux, politique, juridique, médiatique – qui peut garantir les libertés individuelles.

Toutefois, existe-t-il une religion qui par ses dogmes et par ses pratiques n’apporte pas la haine, la violence, l’interdiction de penser et de s’exprimer librement ? Pour les monothéismes, l’histoire est malheureusement trop chargée d’exemples terrifiants pour leur accorder ce crédit, et notre époque ne fait que confirmer les expériences passées. Il est à craindre que la croyance en un arrière-monde – soit une vie éternelle – n’autorise les plus fanatiques à faire bon marché de cette vie, quitte à massacrer en masse, y compris des enfants, pourtant avenir de notre monde d’humains.

O vous, les boutefeux, ô vous, les bons apôtres,
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas.
Mais, de grâce, morbleu ! laissez vivre les autres !
La vie est à peu près leur seul luxe ici-bas…

(Georges Brassens, Mourir pour des idées… )

Léonore


[1Boualem Sansal, 2084 – La Fin du monde, Gallimard, 2015

[2Boualem Sansal, 2084 – La Fin du monde, Gallimard, 2015, Gouverner au nom d’Allah, Gallimard 2013, Le Village de l’Allemand, Gallimard, 2008.

[3Djemila Benhabib, Ma vie à contre-Coran, VLB Editeur, 2009


Brèves

24 juillet 2013 - Jacques Prévert :

"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

24 mai 2013 - Religion modérée...

"Une religion est modérée lorsqu’elle n’a pas de bras armé ; ou quand elle cesse d’y recourir. Ou (...)

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