"2084 - la fin du monde"

par Boualem Sansal
lundi 21 décembre 2015
par  K.S.
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Boualem Sansal : 2084 - la fin du monde - roman [1]

L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, « délégué » de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions, sans mémoire (tout commence en 2084, rien n’existe auparavant).

Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Ancien phtisique, reclus à la frontière du pays, il a eu le temps de réfléchir. Revenu dans sa ville, il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion… Une démarche infiniment dangereuse qui le mènera dans les méandres d’une sale politique, mais… ne dévoilons pas la fin !!!

Ce récit traite d’un sujet grave avec plein d’inventions et de malice. Un talent de conteur indéniable.

Ce que décrit Sansal, c’est à première vue une dictature religieuse, qui s’appuie sur une version simplifiée de l’islam, destinée au bourrage de crânes, à l’abêtissement systématique des humains (pardon, amies les bêtes !).

Mais en lisant la description du régime de l’Abistan, je pensais sans cesse à l’URSS stalinienne, à la Chine en pleine révolution culturelle, à la RDA de « La Vie des autres », et bien évidemment à « Persépolis » avec, dans chacun de ces pays, la chasse aux sorcières, l’endoctrinement, etc… Et surtout la militarisation de la société, le pouvoir de l’armée, les guerres perpétuelles. Les dictatures ont quantité de points communs dans leur organisation.

Ce qui fait référence à 1984, ce sont la nov-langue, la réécriture de l’histoire, le traitement des opposants. Toutes choses qu’avaient vues et comprises Orwell.

La mondialisation avec la perte des langues locales, régionales, etc… et cette manie des mots courts fait, elle, penser aux messages échangés par internet (mails, sms, twitt). Les ghettos, aussi : environnement sale, de bric et de broc, habitants qui musardent, trafics en tous genres, y compris avec le pays officiel.

Ce qui est grave, c’est ce que souligne l’auteur : même si les examens de conscience, sorte d’auto-accusation, peuvent inquiéter, globalement, la plupart des habitants sont rassurés par le fait de n’avoir pas à réfléchir…

Quant aux exécutions publiques qui servent de spectacle pour les bonnes gens, ils sont hélas d’actualité en Arabie saoudite par exemple, mais ont eu cours jusqu’aux siècles récents en Europe. On n’oubliera pas à ce sujet le récit fait par Camus dans « Le Premier Homme » du retour de son père qui avait assisté à une exécution publique.
Moins désespéré que 1984, 2084 laisse une ouverture : chaque lecteur pourra imaginer la fin.

« La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité » en exergue du roman.

Léonore


[1Boualem Sansal, 2084 - la fin du monde, Gallimard, 2015


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