"Les ruines d’Auschwitz ou la journée d’Alexander Tanaroff"

par Thierry Guilabert
samedi 2 janvier 2016
par  K.S.
popularité : 12%

Thierry Guilabert Les ruines d’Auschwitz ou la journée d’Alexander Tanaroff, Préface de Pierre Sommermeyer

 [1]

« Pourquoi un livre consacré à la Shoah, et plus particulièrement à Auschwitz, aux Éditions libertaires ?  » écrit Thierry Guilabert, dans la 4e de couverture :

« Parce qu’être juif ne veut pas dire obligatoirement être pratiquant ou même croyant, parce qu’être juif peut être simplement le signe d’appartenance à une communauté culturelle et le fruit d’une origine familiale, j’ai choisi en parallèle de cette évocation toute personnelle de la Shoah et d’Auschwitz de raconter la vie et le destin d’un Juif ukrainien, athée et anarchiste, mort à Birkenau : Alexander Tanaroff, le père du célèbre mathématicien Alexandre Grothendieck. »

Le livre met en parallèle, en courts chapitres, la vie d’Alexander Tanaroff (alias Sacha Piotr, « Alexander Shapiro », « Sergei », « Sacha Peter ») et la visite par l’auteur, Thierry Guilabert, du camp d’Auschwitz en décembre 2013.

Pour l’historien, cette vie d’Alexander Tanaroff comporte bien des incertitudes [2]

Quelques éléments : dès l’âge de 14 ans, il fit partie d’un groupe anarchiste, et fut arrêté en 1906 avec l’ensemble du groupe, et condamné à mort. Après trois semaines d’attente de son exécution, sa peine fut commuée en prison à vie en raison de son jeune âge (16 ans !). Lors d’une de ses nombreuses tentatives d’évasion, il fut grièvement blessé au bras gauche qui devra être ultérieurement amputé. Il tenta également de se suicider. Libéré par la révolution de 1917, après avoir passé douze ans derrière les barreaux, il participa à la révolution en Ukraine où il fut responsable d’un détachement anarchiste lié à la Makhnovtschina. « Essayer de suivre l’itinéraire d’Alexander Tanaroff à partir de janvier 1918 relève de la gageure » (p. 57). On trouve ensuite sa trace en Allemagne, en France, en Espagne où il rejoint les révolutionnaires en 1936, puis à nouveau en France lors de la retirada de février 1939. Il fut le père d’Alexander Grothendieck (1928-2014) [3].

Cette vie de luttes, de misère, de déceptions, se termine à l’entrée même du camp d’Auschwitz, via le camp du Vernet et sans doute celui de Drancy. En effet : « Fin juillet 1942, dans la zone occupée, la police française et les Bousquet, Darquier, Leguay, ont déjà pu démontrer leur zèle à servir les Allemands en organisant les grandes rafles parisiennes. Plus au Sud, les autorités de Vichy ont accepté de fournir les nazis en contingents de juifs venus de la zone libre. » (p.123)

La visite du camp par l’auteur s’apparente également à une recherche de traces. « Birkenau est un monde horizontal à l’état de ruines. Sur cet horizon se détachent à peine, se dressant comme des stèles, les fondations en briques des baraquements disparus, les miradors, les barbelés et le grand bâtiment d’entrée. Loin là-bas, on distingue des arbres, des bouleaux puisque c’est l’étymologie de Birkenau : le bois de bouleaux. C’est un monde horizontal dans lequel s’inscrit l’absence… L’absence des hautes cheminées qui, loin là-bas, près des bois de bouleaux, indiquaient la fin du voyage. » (p.54) Thierry Guilabert marche « comme entouré d’un millier de fantômes, des femmes, des vieillards, des enfants, qui, à peine soulagés d’être sortis des wagons, le plus souvent séparés de leurs proches, avancent à tout petits pas. » (p.69)

Peu à peu, malgré l’effort d’objectivité des guides dont l’auteur restitue les discours, on est pris, au rythme des pas des visiteurs, par la douleur et l’incompréhension. Comme le dit dans la préface Pierre Sommermeyer : « Nous savons exactement ce qui s’est passé là, en cet endroit et ailleurs. Nous savons tout, minute par minute, point par point. Cela suffit-il pour comprendre ? Je ne le pense pas. Comprendre quelque chose c’est, à terme, l’archiver. Je pense qu’il faut laisser la plaie ouverte. » (p.17)

SKS


[1Thierry Guilabert Les ruines d’Auschwitz ou la journée d’Alexander Tanaroff, Préface de Pierre Sommermeyer, Éditions libertaires, 150 pages, Cahier photos

[2On pourra cependant utilement se reporter à la notice qui lui est consacrée sur le site « Militants anarchistes » : http://militants-anarchistes.info/s....

[3Voir http://penselibre.org/spip.php?article868 consacré à d’Alexander Grothendieck par Pierre Jouventin qui le fréquenta


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