Un poème de Gaston Couté " Le fondeur de canons "

et un texte d’Yves Le Car
samedi 13 février 2016
par  K.S.
popularité : 13%

GASTON COUTE

Heureusement que les poètes ne meurent pas. Ils font semblant. Ce n’est que l’inconnu qui, bien souvent, se cache dans leur état civil qui, lui, est emporté un jour, à l’instar des gens ordinaires, et inhumé comme un humain, voire comme un inhumain qui , en plus, a droit aux honneurs, mais c’est une autre histoire. On sait bien, quoi qu’il en soit, que "ces drôl’de types qui vivent de leur plume ou qui ne vivent pas" comme le chantait l’un de ceux-là mort, ou feignant de l’être, un 14 juillet, jour de carnaval national où les filous font défiler leurs kamikases et leur came d’occase, on sait bien que ces maudits, ces rimeurs, ces tisserands du verbe, continuent au-delà du néant, à faire danser leurs mots sur nos cordes sensibles.

Et si je vous parle d’un "gâs qu’a mal tourné" ce n’est qu’aux yeux des bien-pensants, c’est-à-dire de ceux qui compensent leur absence de pensées par le fait d’imposer à autrui une façon de penser. Autrement je peux vous dire qu’il a sacrément bien tourné ses vers - sévère oui parfois peut-être, mais juste ce qu’il faut- et comme il faut de tout pour faire un monde, il faut notamment, et surtout, des poètes, pour être en porte à faux et porter les coups de faulx là où il faut contre les colporteurs de faux, les cloportes et les faux-jetons, les roseaux mal pensants qui prêchent le faut pour pouvoir n’œuvrer qu’avec leurs faux idéaux, leurs vraies vidéos ,leurs faux passeports et leurs vraies bassesses.

Site d’Yves Le Car pour y retrouver textes et poèmes : http://www.contesetpoesies.com/spip...

LE FONDEUR DE CANONS

Je suis un pauvre travailleur
Pas plus méchant que tous les autres,
Et je suis peut-être meilleur
O patrons ! que beaucoup des vôtres ;
Mais c’est mon métier qui veut ça,
Et ce n’est pas ma faute, en somme,
Si j’use chaque jour mes bras
A préparer la mort des hommes...

Pour gagner mon pain
Je fonds des canons qui tueront demain
Si la guerre arrive.
Que voulez-vous, faut ben qu’on vive !

Je fais des outils de trépas
Et des instruments à blessures
Comme un tisserand fait des draps
Et le cordonnier des chaussures,
En fredonnant une chanson
Où l’on aime toujours sa blonde ;
Mieux vaut ça qu’être un vagabond
Qui tend la main à tout le monde.

Et puis je suis aussi de ceux
Qui partiront pour les frontières
Lorsque rougira dans les cieux
L’aurore des prochaines guerres ;
Là-bas, aux canons ennemis
Qui seront les vôtres, mes frères !
Il faudra que j’expose aussi
Ma poitrine d’homme et de père.

Ne va pas me maudire, ô toi
Qui dormiras, un jour, peut-être,
Ton dernier somme auprès de moi
Dans la plaine où les bœufs vont paître !
Vous dont les petits grandiront
Ne me maudissez pas, ô mères !
Moi je ne fais que des canons,
Ça n’est pas moi qui les fais faire !

Gaston Couté

D’autres poèmes de Gaston couté sur : http://gastoncoute.free.fr/index.htm


Brèves

27 novembre 2008 - Les amis de Georges

Dans le numéro 106 (novembre-décembre 2008) de la revue "Les amis de Georges" , on trouve (...)