Clara Wichmann - Textes choisis -

vendredi 1er juillet 2016
par  K.S.
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Clara Wichmann - Textes choisis [1]

Présentation de l’éditeur :

Clara Wichmann (1885-1922), hollandaise d’origine allemande, précéda de quelques années l’Allemand Fritz Oerter (1869-1935) dans l’élaboration d’une pensée non-violente et libertaire. Bien que ne connaissant pas Gandhi, Clara Wichmann, dépassant l’alternative « ne rien faire ou lutter par les armes », fut une des premières à utiliser le mot de « non-violence » et à concevoir la notion d’action directe non-violente.

Rejetant les termes de « non-résistance » ou de « résistance passive », elle s’ouvrit à une compréhension active de l’action en s’appuyant sur les luttes ouvrières se déroulant en Europe, notamment les grèves de masse de l’époque. Dans Antimilitarisme et violence, elle clarifie sa pensée et s’oppose à un militant anonyme qui se veut tout à la fois antimilitariste et partisan de la violence dans les luttes sociales. Dans La Fin et les moyens, elle s’adresse ensuite aux militants qui veulent ignorer que la fin est contenue dans les moyens. Dans La cruauté escorte le crime et la punition, cette théoricienne de la criminalité développe l’idée qu’il « existe un lien non seulement entre le crime et la société, mais aussi entre la société et la punition : la société se venge par la sanction ». Dans Les Fondements philosophiques du socialisme, est abordée la coexistence du courant libertaire athée et du courant libertaire religieux d’alors. La vie de Clara fut courte. Pour autant, ses écrits sur des sujets aussi variés que l’anarchisme — notamment le syndicalisme révolutionnaire —, le féminisme, la non-violence, la critique du droit de punir, le droit des enfants, le droit des animaux domestiques et la philosophie de l’histoire mériteraient d’être intégralement traduits dans notre langue. Féministe, juriste, pédagogue, elle met en avant une société non capitaliste, non autoritaire et non-violente.
Courte biographie sur http://penselibre.org/spip.php?arti...

Quelques extraits :

IN « Antimilitarisme et violence »

« Si aujourd’hui un peuple se libère et se construit un monde nouveau, un monde de paix, sans armes, un monde d’amour et de sagesse, et que surgissent des pouvoirs rétrogrades qui veulent asservir ce peuple, des pouvoirs belliqueux, ne devons-nous pas alors prendre les armes ?

Mais la réalité est autre. Il y a, en nous aussi, des éléments sombres et archaïques ; et, si l’on prêche pour la lutte armée, nous donnons alors libre cours à des forces belliqueuses. Si l’on entraîne pendant des années les gens à une lutte armée quelconque, on éveille et on renforce des instincts impropres à une vie fraternelle. L’idéal deviendra alors toujours plus lointain et ne sera jamais atteint, tout simplement parce que les gens seront incapables mentalement – si le cas se présente – d’envisager de se passer de la lutte violente.

S’il en était autrement, si le camp révolutionnaire disposait uniquement des forces de la raison, de l’amour et de la sagesse, alors ce serait bien sûr très facile. Dans ce cas, nous n’aurions sans doute besoin d’aucune arme, parce que nous ne voudrions pas en avoir besoin et parce qu’on aurait à notre disposition d’autres méthodes de combat et qu’on les utiliserait. Le combat est éternel sur la terre ; sans combat, point de progrès. Mais le combat peut être affiné. C’est toujours signe d’impuissance, de manque de maturité, que de devoir s’accommoder de la contrainte, de la violence et de la punition. » (p.15)

IN « La fin et les moyens »

« Il est habituel de penser que ceux pour qui il importe qu’une lutte légitime soit menée avec des moyens moraux, que ceux-là donc agissent uniquement pour la pureté de leur âme et avec essentiellement la volonté de garder les mains propres ; il est banal de les soupçonner de vouloir placer leur propre intégrité au-dessus de l’émancipation de l’humanité. C’est pour cela que je me sens obligée de dire avec insistance qu’il ne s’agit pas du tout, ici, d’une crainte strictement personnelle, mais plutôt d’une approche objective du problème des moyens à utiliser par rapport à la fin. C’est seulement si on est capable de prouver le contraire – c’est-à-dire atteindre une fin par n’importe quel moyen – qu’il est légitime de mettre cette affirmation de côté. » (p.20)

« Nous ne devons pas seulement désapprouver le choix de la violence mais également la croyance en la violence. » (p.21)

« Qui veut la fin veut les moyens ? C’est ce qui se dit, et c’est vrai. Mais une fin digne n’est pas atteignable par n’importe quel moyen. Il faut y réfléchir à deux fois, savoir si le moyen proposé mène au bon endroit ou si c’est une impasse. (p. 22)

IN « Les fondements philosophiques du socialisme »

« La véritable morale doit être indépendante. Elle peut être teintée d’égoïsme comme chez Stirner ; elle peut être pleine de générosité comme chez Guyau. Il n’y a pas contradiction entre altruisme et égoïsme. La contrainte et les devoirs extérieurs appartiennent à une époque barbare. Plus l’être humain se développe, plus des forces intérieures remplacent les forces extérieures. Comme le dit Guyau, toute immoralité est un manque qu’il ne faut pas se cacher, mais qui doit être complété et enrichi.

La solidarité est le fondement de la société humaine. Elle est déjà profondément enracinée dans la nature. Aucun groupe, aucune tribu n’aurait pu se développer ans la solidarité. » -p.40)


[1Clara Wichmann - Textes choisis Antimilitarisme et violence ; La fin et les moyens ; La cruauté escorte la crime et la punition ; Les fondements philosophiques du socialisme, Les Editions libertaires, 2016, 47 pages – 7 €


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