Marie-Laure Susini : La Mutante

lundi 30 janvier 2017
par  K.S.
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Avant tout, je dois faire amende honorable : à la lecture de « La Mutante » [1], ne connaissant pas son auteure, j’ai d’abord pensé qu’elle était journaliste, donnant des articles au ton alerte et très moderne à tel ou tel magazine dit féminin. Je me suis trompée. Marie-Laure Suzini est psychanalyste. J’aurais dû y penser au vu de ses références à Papa Freud.

A présent, passons au vif du sujet. La Mutante, telle que l’auteure la décrit est une femme plutôt jeune, en tout cas encore en âge de concevoir des enfants. La science, dit Marie-Laure Susini, l’a libérée des contraintes physiologiques du passé : elle peut décider de concevoir – ou non – grâce à la contraception ; rattraper un « raté » grâce à l’IVG ; différer sa grossesse, grâce à la congélation des embryons ; recourir à la fécondation in vitro, et du coup se passer si elle le souhaite d’un rapport sexuel pour engager la grossesse ; elle peut aussi, à l’étranger pour le moment, recourir à une mère porteuse. En fait, elle peut tout à fait se passer d’un père pour son enfant, au sens biologique et traditionnel du terme. Et l’homme dans tout cela ? Le voilà devenu jouet sexuel, et/ou papa-poule, s’occupant avec bonheur ( ?) de la maisonnée, laissant à sa compagne tout à la fois l’autorité et la charge des revenus. Car La Mutante sait tout faire : travailler dur, gérer un emploi du temps serré, rester élégante, mère et chef d’entreprise, ou chef d’entreprise et mère, comme on voudra. Elle n’a plus besoin de se dire affranchie, libérée, émancipée, elle a dépassé ces stades primitifs, où s’étaient illustrées les pionnières : Georges Sand, Coco Chanel, Margaret Mitchell et sa scandaleuse Scarlett. Les modèles d’aujourd’hui sont Marissa Mayer, pdg de Yahoo, Lisbeth Salander, l’héroïne de Millenum, ou encore Crista, personnage de fiction créé à partir des périodiques de la presse féminine.

Chacune de ces femmes fait l’objet d’un chapitre qui la décrit avec précision, et d’un « mode d’emploi » détaillé, indiquant point par point comment s’y prendre pour suivre sa voie vis-à-vis des hommes.

La Mutante change le monde, même si nous ne nous en rendons pas vraiment compte. Toutefois, celles qui sont en cours de mutation confient à la presse féminine combien sont dures les journées, difficiles les rapports de couple, éreintantes ces multiples contraintes qu’elles se donnent pour « être à la hauteur ». Et puis, elles continuent, sans souci de la contradiction, à chercher un prince charmant… Ainsi la boucle est bouclée. Et voilà pourquoi j’avais cru naïvement retrouver, en plus détaillé, ce que je lis chez le coiffeur : « femme malgré tout » et quelque peu midinette !

Je ne sais pas si Marie-Laure Susini a vu juste, un peu avant l’ensemble de la société. Peut-être. Après tout, n’entendons-nous pas, ici et là, les plaintes d’hommes qui se sentent mis sur la touche parce qu’on criminalise amour vache, viol et harcèlement ?

J’apporterai à cette thèse quelques critiques.

D’abord, tout ceci ne concerne que des femmes financièrement à l’aise, sans réels soucis matériels, exerçant une forme de pouvoir, et vivant en Occident, de préférence dans de grandes villes. Les mutantes en milieu rural cumulent en effet les charges familiales, le travail agricole, souvent sans percevoir de retraite proportionnelle à leur vie de labeur. Quant aux mutantes citadines vivant plus ou moins sous le seuil de pauvreté, avec des emplois à mi-temps mal payés, des fins de mois difficiles, seules ou en couple, avec des enfants qui iront dans des écoles et des collèges de quartiers défavorisés, elles peuvent sembler encore des privilégiées au regard de toutes celles des pays les plus pauvres ou les plus traditionalistes, où être née femme reste un malheur pour toute son existence. Et, y compris dans les sociétés occidentales, combien sont victimes de violence de la part de leur compagnon, qui n’a pas lui non plus accompli sa mutation ?

Peut-être quelques femmes d’Europe ou des États-Unis d’Amérique correspondent-elles au personnage décrit par Marie-Laure Susini. Mais il y a les autres, toutes les autres, victimes du machisme, des religions misogynes, de la misère climatique et des guerres… C’est de ces femmes-là que je me sens solidaire, que je cherche à soutenir de mon mieux, avec mes moyens, en accord avec d’autres solidaires. La Mutante de Marie-Laure Susini reste, pour moi, bien anecdotique.

Un dernier point : les auteurs anarchistes, les milieux libertaires, m’ont appris l’importance primordiale de l’individu. Ce que les connaissances scientifiques actuelles confirment : les êtres humains se ressemblent, étant de la même espèce, mais chacun est original, non identique à un autre, même les jumeaux homozygotes présentent quelques différences. Les généralités identifiant de façon catégorique « les hommes », « les femmes », ajoutent des stéréotypes dont on sait la nocivité.

Léonore


[1Marie-Laure Suzini, La Mutante – De Georges Sand à Lisbeth Salander, Poche, Albin Michel, 2014


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