Naomi Klein : Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique

lundi 13 février 2017
par  K.S.
popularité : 13%

Lou Marin [1] résume ici les thèses de Naomi Klein exposées dans son dernier ouvrage Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique [2], lu par Lou Marin en anglais.

Il s’agit de notes, traduites de son texte, permettant de se faire une idée de l’ensemble de l’ouvrage.

SKS

R.Trump conteste la conclusion des scientifiques selon laquelle on va directement vers un réchauffement du climat ; conclusion que les gens acceptent si leur vue politique est “égalitaire et communautaire“, et qu’ils refusent si elle est “hiérarchique et individualiste“.

1988 : lors de sa première rencontre, le Conseil mondial sur le climat des Nations Unies demande la réduction des émissions de gaz carbonique. Suivent des quantités de conférences sur le climat, 1992 à Rio, 1997 à Kyoto, avec des buts précis : des limites pour des gaz à effet de serre, qui doivent rester sous le seuil de 2 % de réchauffement, par rapport au niveau de 1990. Mais, malgré les déclarations d’intention des gouvernements, les États-Unis n’ont pas signé l’accord de Kyoto. Échecs totaux. 2015 à Paris, décide la restriction des émissions sous un seuil de 2 % dans un traité de droit international qui est signé par175 États, mais aucune sanction n’est prévue en cas d‘ insuffisance des efforts d’un État.

Depuis les années 80 et le début de l’idéologie néolibérale, naissent des traités de NAFTA, de libre échange, qui n’ont rien à voir avec les conférences sur le climat. Ils garantissent même les investissements des industriels de combustibles fossiles et rendent possibles des indemnisations en cas d‘interdictions de forage. Pour l’enregistrement des émissions [de gaz à effet de serre] les échanges d’énergie à travers les frontières ne sont pas inclus, ce qui concerne tous les navires de container et tous les transports de l’énergie.

Le principe pollueur-payeur se propage au détriment de la fermeture des systèmes solaires, suite à la clôture des subventions. [Propagande de Naomi Klein de taxation des pollueurs ?] L’industrie des sources renouvelables a permis la réalisation de 5 millions de lieux de travail jusqu’en 2012.

Décentralisation et re-municipalisation : l’auteure propose le rachat aux entreprises privées par les communes, des droits des services publics - organisation du traitement des ordures ou fourniture de l’eau - qui avaient été vendus dans des années 90 à cause de la crise financière des budgets communaux. Aujourd’hui en Allemagne, 25 % de l’énergie est fournie par des sources renouvelables comme le soleil, le vent, le gaz bio, et l’eau (6 % en 2000), mais pas de réduction des gaz à effet de serre à cause de la politique privilégiant le charbon à la place du nucléaire. L’atmosphère devrait être considérée comme bien commun. Il faudrait aussi défendre les champs déjà non-capitalistes : librairies publiques, parcs publics, gratuité de la formation universitaire, combat pour des frontières ouvertes notamment en faveur des migrants. Combat contre les grandes entreprises de l’agriculture (Monsanto/Bayer), car dangereuses : émission de méthane dans l’industrialisation agricole, vol des droits de semence aux indigènes.

Grande influence du lobby des entreprises des combustibles fossiles : corruption des politiciens. Idéologie du progrès de la gauche : Sartre : Les combustibles fossiles sont "le capital qu’on a hérité des autres êtres vivants de l’humanité" (p. 218). Continuité des gouvernements de gauche en Amérique latine comme Chavez (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Equateur) dans la politique de nationalisation de l’extraction en continuant de le vendre au niveau mondial. Mouvements indigènes contre le land grabbing.

Fausses solutions : Critique des grandes organisations de l’environnement qui font leur pub pour des organisations des combustibles fossiles ou l’industrie de l’automobile ; le green washing des entreprises. Grande corruption des fonctionnaires. Corruption au niveau des certificats, pas de solution commerciale pour la crise du climat possible (p. 266 : commerce des droits de pollution : entreprises polluent plus pour recevoir de l’argent afin ensuite de supprimer ces pollutions. Dans le tiers-monde : des forêts sont sanctuarisées et des peuples expulsés pour protéger la nature afin de remplir les conditions de certificats, création des réserves pour des indigènes).

Des philanthropes, des milliardaires verts comme Warren Buffet, Richard Branson (Chef de Virgin) ou bien Bill Gates continuent de polluer. Richard Branson fut le fondateur de bio-essence, éthanol de maïs qui a mené à une augmentation des prix du maïs au Mexique de 20 à 40 % entre 2007 et 2009. Branson a fait la promesse de créer une machine merveilleuse pour siphonner le dioxyde de charbon de l’atmosphère, mais en entre temps il a fondé une entreprise d’aviation comptant 160 appareils, avec pour conséquence une croissance des émissions de 40 %. Les tickets de vol sont utilisés pour développer cette machine qui n’existe pas.

Solutions des fanatiques de la technologie qui veulent protéger la planète du réchauffement sans changer le mode de production : Geo-Engeneering. Par exemple, envoi sur les fonds des océans de fer pour extraire le dioxyde de charbon de l’atmosphère. Couverture des déserts avec des grandes bâches blanches pour rejeter les rayons du soleil vers l’univers. SRM (Solar Radiation Management) pour obscurcir le soleil, mettre du sulfate dans la stratosphère, comme dans l’éruption d’un volcan (Pinatubo/Philippines). Mais avec des effets secondaires : les précipitations s’arrêtent notamment en Afrique et Asie, suivent des sécheresses.

Mouvement de Blockadia : couper l’extraction des combustibles carburés à la source. Résistances contre l’exploitation de charbon à ciel ouvert (Rhénanie et Lausitz ; campagne de Ende Gelände).
Moratorium de Fracking en France, avec souvent des victoires au niveau des villes ou régions, contre les barrages, à Sivens, en Chine, en Amérique du Nord, où on commence à détruire des barrages pour reproduire des terrains alluviaux.

Mouvement du "divestement" (désinvestissement) depuis 2012 contre des combustibles fossiles et des pipelines de sable bitumineux et contre le fracking : persuader des institutions publiques telles que des universités, des communautés religieuses, des administrations municipales, de couper leur investissement ou vendre leurs échanges et actions dans l’industrie fossile. Arracher une interdiction de faire de la pub et d’avoir accès aux donations (comme l’industrie du tabac). Délégitimer les usines de combustibles et nuire à leur image.

Renforcement des droits des peuples indigènes : Ogoni / Ken Saro-Wiwa contre l’extraction de pétrole par Shell en Nigéria ; Cheyennes du Nord bloquent l’extraction de charbon en Montana ; la constitution au Canada reconnaît les droits des indigènes ; région amazonienne au Brésil : des peuples indigènes résistent contre les intérêts de l’industrie pétrolière qui veut déforester des terres / perspective de réconciliation entre indigènes et non-indigènes.

Construction de maisons d’après des méthodes traditionnelles, souvent en phase avec des installations solaires thermiques, philosophie des natifs américains : "Les rayons du soleil font depuis toujours partie de la vie quotidienne des indigènes." Même chose pour le vent. 2001, victoire des Navajos et des Hopis contre une usine d’extraction de charbon.

Propagande pour des alternatives : Exemple de la ville de Greensburg au Kansas, détruite en 2007 par une tornade. Reconstruction des mairies, hôpitaux, écoles par éclairage basse énergie ; architecture écologique ; réduction des combustibles. Un laboratoire vivant, visité comme modèle.

Critique de l’idéologie de croissance. La décroissance. Critique du marxisme : critique des forces productives, les mantras du marxisme de progrès.

Alternatives macroéconomiques : annulation des dettes, laisser du temps pour la régénération. (Exemple : la marée noire de BP-Deepwater Horizon a pour conséquence une crise d’infertilité aquatique qui va durer des décennies, d’où manque de poissons etc. En général : infertilité des animaux et des êtres humains). Investissements pour la justice sociale et l’égalité qui ont manqué dans tous les mouvements victorieux contre l’abolition de l’esclavage, dans le mouvement des droits civiques, le féminisme, les luttes pour les droits des indigènes.


[1Auteur, entre autres, de Camus et les libertaires, Égrégores éd., 2008.

[2Naomi Klein, Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique, Actes Sud/Lux 2015. Naomi Klein est également l‘auteure de No Logo et de La Stratégie du choc.


Brèves

21 septembre 2011 - ’Le vrai scandale des gaz de schiste

Vient de paraître :
"Le vrai scandale des gaz de schiste" par Marine Jobert et François (...)

18 octobre 2010 - Brassens libertaire

Vient de paraître Brassens libertaire de Marc Wilmet .
En voici la présentation par la librairie (...)

12 janvier 2009 - « Qui sont les anarchistes ? »

Information de Raforum Recherches sur l’anarchisme
Le prochain numéro du « Monde diplomatique » (...)

20 décembre 2008 - Encyclopédie anarchiste en ligne

Raforum () annonce :
« La grande et unique Encyclopédie Anarchiste de Sébastien Faure vient (...)

20 novembre 2008 - Emile Temime

Emile Temime est mort à Marseille le 19 novembre à l’âge de 82 ans,. Historien, il fut notamment (...)