L’objection de conscience aujourd’hui

dimanche 26 mars 2017
par  K.S.
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Voici bientôt trente ans, une loi du 28 Octobre 1997 [1] a suspendu le service militaire obligatoire en France. Certains candidats à la présidence de la République disent envisager de le remettre en place. La conscription, bien oubliée surtout des plus jeunes, constituait selon certains, une étape obligée pour chaque homme, une aventure, un brassage social, la sortie de l’enfance et de la famille. En effet, dans une vie collective bien règlementée, on y apprenait si ce n’était déjà fait, l’usage du tabac, de l’alcool, du recours aux prostituées, l’obéissance sans discussion et l’art de tuer. La « Journée défense et citoyenneté » qui a pris le relais du service national rappelle, par le recensement des filles et garçons, que l’individu ne s’appartient pas mais est la propriété de l’Etat. Elle est obligatoire pour tous les citoyens âgés de 17 à 25 ans, de nationalité française, hommes ou femmes, recensés par le maire. Ne pas s’y rendre interdit l’accès aux concours, examens et cursus soumis au contrôle de l’autorité publique, entre autres permis de conduire et baccalauréat.

Ailleurs, dans nombreux pays, notamment l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Bolivie, la Colombie, la Corée du Sud, l’Égypte, l’Érythrée, la Grèce, la Finlande, Israël, Singapour, le Turkménistan, où le service militaire est obligatoire, les objecteurs de conscience ne bénéficient pas d’un statut, ou bien celui-ci est très discriminatoire.

Image : bandeau du site Anarchisme & Nonviolence 2 (http://anarchismenonviolence2.org/)

Le 1er décembre de chaque année, l’Internationale des Résistan(te)s à la Guerre et ses membres célèbrent la Journée pour les Prisonniers pour la paix, et publient à cette occasion les noms et les histoires de personnes emprisonnées pour des actions pour la paix. Nombre d’entre eux sont des objecteurs de conscience. Amnesty International de son côté publie dans son rapport annuel la situation des objecteurs pour chaque pays.

Quelques points particuliers :

En Colombie, certains jeunes, souvent étudiants, qui se sont déclarés objecteurs de conscience, sont enlevés et incorporés de force. Les objecteurs colombiens soutiennent les objecteurs de Bolivie.

Les associations d’objecteurs de Chypre, d’Égypte, de Grèce, d’Israël, d’Italie et de Turquie ont publié une déclaration commune. Elles lancent un appel pour la paix et contre la militarisation, dénoncent le cycle de violences dû aux états oppressifs et aux intérêts économiques et refusent d’y participer. Ces objecteurs ne veulent pas considérer comme ennemis des personnes d’une autre nationalité ou d’une autre religion et se déclarent solidaires de tous les réfugiés. Ils se prononcent pour l’abolition de la conscription.

En Égypte, le mouvement ‘Pas de service militaire’ demande la reconnaissance de l’objection et l’instauration d’un service civil.

En Israël, une société très militarisée où la conscription est obligatoire pour filles et garçons, certains jeunes refusent d’effectuer leur service militaire (3 ans pour les hommes et 2 ans pour les femmes) soit par principe, soit pour protester contre l’occupation des territoires palestiniens et la guerre contre des populations civiles. Sanction : plusieurs jours, semaines, mois ou années de prison. Les refus se réitérant, les temps de détention s’accumulent dans la jeune vie des objecteurs et objectrices. L’article 18 de la Convention Internationale pour les Droits Civiques et Politiques pourtant ratifiée par Israël stipule qu’une commission indépendante et impartiale doit être chargée d’examiner les cas d’objecteurs de conscience. Mais la commission israélienne d’objection de conscience appartient à l’armée…

En Turquie, dans l’ensemble de la société, circule, des écoles aux casernes en passant par les discours politiques, cette formule « Tout Turc naît soldat. » La Turquie, en tant que membre du Conseil de l’Europe, s’est théoriquement engagée à se conformer aux normes européennes, ce qui inclut l’obligation formelle de reconnaître l’objection de conscience. Son refus entraîne à l’encontre des objecteurs de conscience des peines de prison et de nombreuses discriminations et maltraitances.

En Érythrée, le service national obligatoire peut être prolongé indéfiniment et relève du travail forcé. Le droit à l’objection de conscience n’est prévu par aucune disposition. Tous les élèves ont l’obligation de passer leur dernière année de lycée dans le camp militaire de Sawa, où ils sont formés au maniement des armes et soumis à des conditions de vie très dures et à une discipline de type militaire. De ce fait, certains quittent l’école prématurément afin d’échapper à cet enrôlement. D’autres sont raflés, enrôlés de force dans la recherche d’insoumis.

SKS


[1n° 97-1019


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