Julian Assange est libre, mais condamné ! La liberté d’informer en sort très fragilisée.
Article mis en ligne le 28 juin 2024

par Marc

WikiLeaks dont Julian Assange était cofondateur avait rendu publics, entre 2009 et 2011, les agissements de l’armée américaine en Irak, en Afghanistan et ailleurs, et cela grâce aux informations de leur source Chelsea Manning , ex analyste du renseignement américain condamnée en 2013 au titre de l’Espionnage Act.

Depuis, l’État américain sous l’impulsion du Pentagone (armée) voulait sa tête et celle de tous les journalistes qui enquêtent sur leurs agissements. Dans une des vidéos du Pentagone, diffusée par WikiLeaks, on voit des militaires américains tirer et tuer des civils, dont deux journalistes de Reuter dans Bagdad.
Les informations recueillies par WikiLeaks ont servi aux journaux de référence du monde entier, (The New York Times, The Guardian, Le Monde, El Pais et Der Spiegel) pour enquêter et publier sur les agissements et turpitudes des militaires et services secrets américains, mais aussi sur la corruption, la violence d’extrême-droite ou des dictatures partout dans le monde.

Jusqu’à ce dénouement, Assange a passé douze ans en captivité, sept ans dans l’ambassade d’Equateur à Londres et cinq ans en prison au Royaume-Uni suite à son arrestation par la police anglaise. Les autorités judiciaires américaines qui s’appuyaient sur le très controversé Espionnage Act demandaient son extradition, il risquait jusqu’à 175 ans de prison aux USA. Pour qu’Assange retrouve sa liberté, les autorités américaines lui ont fait ce marché, plaider coupable, contre une peine de cinq ans d’emprisonnement couverte par sa détention à Londres. En faisant cela Assange est ressorti libre du procès et a pu regagner l’Australie son pays natal.

Cette condamnation laisse un goût amer aux défenseurs des libertés du monde entier.

Suite à ce dénouement en faveur de l’Espionnage Act, le New York Times a rappelé pourquoi cette condamnation était dangereuse : « Le gouvernement a fait de M. Assange un exemple qui pourrait très bien mener certains journalistes travaillant sur les questions de défense et de sécurité nationale à abandonner certaines révélations par crainte d’être inculpés ». Le responsable de la Freedom of the Press Foundation, Trevor Time, avait déclaré : " Tout ce qui importe est qu’Assange était engagé dans des pratiques journalistiques indiscernables de ce que font au quotidien certains au New York Times, au Guardian… s’il peut être poursuivi pour cela, alors eux aussi.”
Quant à Rebecca Vincent de Reporters sans frontières elle a déclaré : “Des médias refuseraient de prendre des risques, parce que si les États-Unis peuvent poursuivre et condamner un éditeur de cette façon, ça peut arriver à n’importe quel média, n’importe quel journaliste”.
Ce verdict démontre que l’État dans l’État, c’est bien l’armée qui peut effacer, avec la complicité de l’institution judiciaire et des pouvoirs politiques toutes traces de ses crimes en faisant condamner ceux qui les portent au grand jour. Cette attaque contre la liberté de la presse ne se passe pas en Russie, en Iran, en Chine, en Syrie, en Afghanistan ou dans une des dictatures autoritaires, mais aux USA dont la constitution garantit la liberté de la presse. No comment !
Pour conclure sur un brin d’optimisme, laissons la parole à son avocat français, Antoine Vey, qui se « réjouit » auprès du journal Le Monde de « voir Assange marcher dans la rue ; derrière lui il y a un combat pour la liberté de l’information qui continuera toujours ».