Connaissez-vous un périodique qui, tout à la fois, se moque de l’armée, de la police, des institutions prétentieuses et présidentielles, de tous – oui, tous les cléricalismes, toutes les religions, mais qui propose de plus sur des sujets de société des dossiers sérieux, bien étayés, réalisés sur le terrain ? Il en existe, oui, envers et contre toutes les critiques, les procès (perdus) et les « oui mais » venant de divers bords.
Mais, le 7 janvier 2015 voilà bien plus grave : l’attaque physique et meurtrière venant d’islamistes. Ce n’était pas la première de cet ordre, d’autres tentatives avaient eu lieu, il y en eut encore après. Mais ce jour-là : 12 morts, 11 blessés et traumatisés à vie, une destruction guerrière. Juste parce qu’on ne peut rire de tout. Ensuite, le lendemain, dans un supermarché cascher, une autre attaque dans un climat de terreur, 4 morts. Parce qu’ils étaient juifs. Et enfin, ne pas oublier deux policiers se trouvant là ces deux jours terribles, innocents eux aussi (mais oui, cela existe).
On aurait pu croire qu’ensuite, il n’y aurait plus de Charlie, malgré les manifestations de soutien, les unes venant de la base, et même d’autres officielles. Tout le monde scandant « Je suis Charlie ». La formule est consacrée à présent, pour le meilleur et pour le pire. Mais la bête ne meurt pas. On aurait pu penser qu’après le premier numéro suivant la tuerie, les survivants s’essouffleraient ? Mais non. Charlie résiste.
Cela gêne les culs bénits, les tenants de l’ordre et du respect, prompts au salut militaire et à l’agenouillement.
Cela réjouit quelques autres, qui finalement ne sont pas si minoritaires, puisque les abonnements se maintiennent et le journal est lu, cité, fait toujours rire et réfléchir.
La liberté d’expression est essentielle, elle nourrit la liberté de pensée, et la liberté tout court. Boualem Sanzal est toujours en prison et je doute qu’on lui laisse lire Charlie.
Aujourd’hui, très solennellement, je souhaite longue vie à Charlie. J’ai besoin de ma dose hebdomadaire d’impertinence et de réflexion. Il est rare que les deux soient associés, mais c’est sans doute pourquoi il faut que cela continue.
Et j’espère la liberté pour Boualem Sanzal.
Léonore