Samedi 19 avril 2025 à 17 heures :
Écologie sans nature ou combat naturien ?
par Michel Blay et Renaud Garcia [1]
Le livre La nature existe. Par-delà règne machinal et penseurs du vivant [2] sera disponible le jour de la causerie.
Au CIRA (Centre international de recherches sur l’anarchisme) 50 rue Consolat-09 50 51 10 89
" Cela semble aller de soi, écologie rime avec défense de la nature. Pourtant, si l’on suit attentivement les discours des « nouveaux penseurs du vivant » dans les médias généralistes comme indépendants, on reste perplexe. Les théoriciens, militants ou artistes qui y sont à l’honneur se font fort, en effet, de penser l’écologie sans la nature. Nous ne faisons pas face à la nature, disent ces intellectuels, nous ne sommes pas dehors. Nous sommes dedans, nous sommes du vivant lié à de multiples êtres vivants. À l’image des peuples animistes qui, en fait de nature, évoluent au sein d’un monde d’esprits sous des enveloppes corporelles différentes.
Cette substitution des « vivants » à la « nature » n’a rien d’anecdotique. En effet, évacuer la nature permet de placer sur le même plan les vivants mais aussi les « non-humains », y compris les machines et les systèmes « intelligents ». Ce faisant, les nouveaux penseurs du vivant acceptent le développement technologique. Sous couvert d’écologie, ils facilitent l’expansion de l’industrialisme, autrement dit ce projet d’artificialisation du globe terrestre et de la vie humaine, issu de l’alliance entre la science physique galiléo-newtonienne et l’accumulation du capital.
Selon nous, il s’agit à la fois d’une fraude intellectuelle à critiquer, et d’une impasse politique à combattre C’est l’objet de l’ouvrage synthétique La nature existe. Par-delà règne machinal et penseurs du vivant, placé sous le patronage des naturiens. À la Belle Époque, en effet, ces anarchistes ont saisi intuitivement l’ampleur des nuisances de l’industrialisme. Nous voudrions renouer le fil de leur révolte. La nature mérite d’être sentie et méditée pour elle-même, dans son caractère énigmatique, par ceux qui naissent d’elle, œuvrent à ses côtés puis acceptent leur mort. C’est l’occasion, au-delà de la seule critique, de proposer une nouvelle façon d’être au monde, liant nature et liberté."