Qui se souvient encore de cette période étrange, enfermant bêtes et gens dans leurs demeures, sauf une toute petite heure quotidienne pour aller chercher sa pitance et satisfaire aux besoins naturels des toutous ? A l’incitation d’un ami, l’auteur a tenu pendant huit semaines un journal, pour qu’il exprime ce que pouvait être jour après jour la situation en sortie de crise. Et c’est le point de vue d’un libertaire… C’est tantôt sérieux, tantôt drôle, jamais superficiel. [1]
Il y a toutes sortes de réflexions, au fil des jours, touchant différents domaines.
« Voir ce soir tous ces pantins masqués autour du chef avait tout à la fois quelque chose d’inquiétant et de scandaleux. Inquiétant, un gang masqué à la tête du pays, ce n’est pas sans rappeler les conférences de presse des nationalistes corses. Scandaleux de voir tous ces masques blancs, immaculés, portés par des gens qui n’en avaient pas besoin, avec les distances de sécurité, alors que ceux qui en ont besoin en manquent. » (25 mars)
« Au confinement structurel des quartiers dits « populaires » se rajoute le confinement Covid 19. Ce n’est pas tenable humainement. L’espace extérieur permet de supporter son absence à l’intérieur. Le temps d’école permet aux parents d’aller travailler, etc. Quand la soupape est bouchée… » (1er avril)
« Télétravail. J’ai eu cet après-midi une longue discussion avec une prof de langue qui m’est chère. […] Elle m’a décrit par le menu ce qu’était l’enseignement à distance organisé, imposé, à l’arrache par un système qui prévoit tout sauf ce qui peut arriver. Comment arriver à faire son travail avec des moyens qui frisent le ridicule ? Trente élèves, chacun devant sa tablette, son smartphone ou son mini ordinateur, à distance, confinés chez eux. Entre les deux, un système hoquetant dont le financement a été fait du bout des lèvres par ceux qui ne l’utilisent pas mais en parlent avec des trémolos dans la voix. […] Le télétravail, c’est le moment génial, du point de vue capitaliste, le moment où le travail n’a plus ni fin ni début. » (Jeudi 9 avril)
Pour ma part j’ai particulièrement apprécié le passage suivant :
« L’entraide partout. En dehors de l’État des centaines d’initiatives ont pris corps, entraide avec les plus vieux confinés, fabrication de masques, les machines à coudre reprennent de l’activité, des maires de petites villes ou villages, créent des groupes WhattsApp pour coordonner leurs efforts vers le déconfinement. Tout cela se passe hors des structures administratives légales. C’est l’illustration même des idées libertaires, la mise en musique de l’entraide de Kropotkine qui ne faisait que rendre compte des capacités de solidarité humaine depuis les origines des temps. » (24 avril)