" Car l’aménagement du territoire relève d’une pensée technocratique : ce sont des experts qui décident de l’intérêt général, ainsi l’État choisit la science sur laquelle il veut que le choix s’appuie. Ne participent à l’aménagement du territoire que certaines sciences dont on a déterminé qu’elles étaient utiles au développement économique. Ce sont des sciences quantitatives, l’économie évidemment, une forme de sociologie et puis beaucoup de science d’ingénieurs qui ne sont pas neutres parce qu’elles réduisent l’intérêt général à un problème de calcul."
" Les philosophes de l’école de Francfort ont montré qu’on pouvait comprendre la raison de plusieurs manières. Au XVIIIe siècle, la raison des Lumières se donnait pour but d’expliquer le monde, la nature, le fonctionnement des choses. Et puis, elle était éminemment critique. Elle remettait en cause tous les pouvoirs.
Mais l’avènement des sociétés industrielles a fait d’elle une raison qui organise, qui calcule et qui gère les espaces et les populations. C’est cette raison-là, technocratique, dont on peut dire qu’elle n’est pas la seule manière d’être raisonnable. C’est-à-dire qu’on peut la mettre en cause sans être soi-même déraisonnable. Il faudrait recouvrer la raison explicative et critique."
Propos de Jean-Marc Ghitti, auteur de « La Terre confisquée » (La Lenteur), dans un entretien avec Dima Lecrest.
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