Loi de 1905 : nécessaire, mais pas suffisante
Article mis en ligne le 13 décembre 2025

par SYLKNOE

120 ans, c’est si loin…Cette Loi de séparation des Églises et de l’État, destinée à limiter l’emprise du cléricalisme alors principalement catholique, se voit aujourd’hui contournée, critiquée, contestée, tout comme le principe même de laïcité.

« La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumôneries et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. »

Du départ, ce qui pouvait apparaître comme une avancée, se révèle en fait une entourloupe : une partie du patrimoine immobilier des Églises a été confisquée par l’État, tout en restant dévolu de fait aux pratiques religieuses. Une première contradiction, à laquelle s’ajoute l’obligation, pour les collectivités locales, d’entretenir ce patrimoine. Résultat : Les finances publiques doivent entretenir ces édifices, lesquels se retrouvent utilisés principalement par les fidèles et gérés par le clergé. Je ne vois pas comment on pourrait appeler cela autrement qu’une subvention.

Un rapport parlementaire récent étrille le financement public de l’enseignement privé sous contrat. Aux disparités des moyens pédagogiques - écoles et collèges confessionnels n’ont pas les contraintes de l’enseignement public quant à l’accueil des élèves réputés « difficiles » et les parents d’élèves, souvent, versent une contribution -, s’ajoutent des accommodements quant aux programmes - condition officielle des « contrats » - , et un endoctrinement religieux plus ou moins marqué. Là aussi, je constate la contradiction et ne comprends pas.
Autre entorse, et de taille : le Concordat en Alsace-Lorraine, qui prévoit l’instruction religieuse à l’école et salarie le clergé.

Le régime de Vichy avait largement tailladé dans la loi de séparation des églises et de l’État, et le gouvernement issu de la Résistance se garda d’en rétablir toutes les dispositions antérieures, ce qui fut continué par la suite, aussi bien par les gouvernements de droite comme de gauche. De fait, les Lois ne sont pas tout, et une volonté politique permet de les contourner allégrement, tout en en maintenant hypocritement les textes.

Autres hypocrisies :
La droite s’empare du principe de laïcité et prétends la défendre, encore qu’il ne s’agisse que de combattre l’islam, le christianisme étant revendiqué au contraire comme base de la société et garant de la morale.
La gauche confond allégrement défense des opprimés, immigrés paupérisés par la recherche du profit capitaliste, et leurs pratiques religieuses, d’où le terme d’islamophobie qui englobe la religion et ses pratiquants. Refuser, critiquer une religion, ou toutes, ou quelques-unes, ne relève pas du racisme, mais évidemment ne justifie pas l’attaque de fidèles. Ce devrait être clair…

La laïcité ne peut être seulement un ensemble de lois et de décrets que l’on accommode au gré des circonstances. Dans son esprit la laïcité suppose que le religieux, le spirituel soient une affaire privée, personnelle, et implique le droit à la critique des religions dans leur dimension irrationnelle et collective, laissant la foi subjective au gré de chacun et chacune. Russell qualifiait la religion de "facteur de malheur pour l’humanité".

Or, aujourd’hui, l’emprise du religieux dans le domaine public est revendiquée selon les sondages, mais aussi dans d’autres modes d’expression, par une partie de la population, notamment des jeunes, pour qui la loi divine devrait prévaloir sur la loi de l’État, effaçant ainsi la frontière entre le public et le privé.

A partir du moment où les religions se veulent les seules sources de « vérité », cherchent à convertir, à imposer leurs règles à toute la société civile, il ne peut y avoir de liberté de conscience, y compris même chez les fidèles. L’emprise sur les individus se voit des plus petites sectes à celles qui ont « réussi ». Et cette emprise, lorsque le projet religieux est en même temps politique, aboutit à des violences qui se croient légitimes. La liste est longue : pêle-mêle, attaque de Charlie-Hebdo, de l’Hyper-Cascher, du Bataclan et des cafés alentour, du stade de France, de la fête du 14 juillet à Nice, et bien d’autres, notamment meurtres d’enseignants : Dominique Bernard, Samuel Paty, Agnès Lassalle, une école israélite, etc. etc. Le lecteur voudra bien me pardonner de ne pas avoir préparé une liste exhaustive, qui serait source d’une nausée plus forte.

Enfin, si l’on se préoccupe des droits des individus, et notamment de l’enfant, alors, il faut aller au-delà.
La famille, lorsque tout y est imprégné du religieux, devient une prison intellectuelle et institue une emprise similaire à celles des sectes. Car pour s’épanouir, un individu a besoin de s’ouvrir à un mode de pensée critique, sans tabou, sans rejet non plus des connaissances et des traditions culturelles de son milieu. L’école devrait proposer cet espace de réflexion et de rencontre avec d’autres modes de pensée. Cela ne fut pas toujours le cas, il serait erroné de mettre sur un piédestal l’école républicaine et va-t-en guerre. Des enseignants tentent de préserver cet espace d’ouverture, au risque de leur vie. A l’évidence, le communautarisme, alimenté par les réseaux sociaux, représente un très grave danger pour l’émancipation.

La Loi de 1905 est donc nécessaire, mais pas suffisante, même appliquée intégralement. La laïcité ne se résume pas à un ensemble de dispositions législatives, elle suppose un état d’esprit qui relie entre eux les humains, un « vivre ensemble » qui ne soit pas une simple juxtaposition de communautarismes.

Léonore