Le site des Giménologues annonce la parution de Vivir la Fuerza. Simone Weil y la columna Durruti, ed.pepitas de Calabaza
Automne 2025 et met en ligne un entretien avec l’auteur, Xavier Artigas (traduit par les Giménologues) lors de sa tournée en Aragon [[Entretien publié sur le site : https://www.desdemonegros.com/
htt...].]
Xavier Artigas est sociologue et cinéaste. Il a réalisé des documentaires à caractère social tels que « Ciutat morta » (prix Biznaga du Festival de Malaga en 2014) ou « Tarajal » (2016).
Présentation :
« En l’été 1936, Simone Weil participe à la Guerre Civile en tant que milicienne de la Columna Durruti, un fait qui montre à quel point sa pensée est issue de l’expérience.
Deux ans après, elle envoie une lettre à l’écrivain monarchiste Georges Bernanos, où elle confesse certaines des « atrocités » commises au front par ses camarades anarchistes.
Utilisée comme seule source valable et hors contexte, cette lettre a conduit l’histoire à se souvenir de Weil comme d’une personne ayant participé à la guerre presque par accident, victime d’une certaine innocence.
Dans cette recherche historique minutieuse, Artigas analyse le journal que Weil a écrit à cette époque, connu sous le nom de "Journal d’Espagne", et reproduit pour la première fois dans ce livre, avec l’intention de rétablir l’image de Simone Weil en tant que penseuse politique, qu’elle a réellement été. » (traduction des Giménologues)
Deux extraits :
« Simone a été, tout au long de sa vie et jusqu’à sa mort, une antifasciste convaincue. Mais il est significatif que ce qui l’a poussée à venir en Espagne et à prendre les armes n’était pas nécessairement cet engagement politique (comme dans le cas d’Orwell, par exemple), mais plutôt la défense de la révolution sociale que les anarchistes menaient en Catalogne et en Aragon. C’est ce qui l’intéresse vraiment et ce qu’elle considère comme unique sur le plan historique.
Elle sait que le fascisme va anéantir ce projet politique auquel elle croit profondément et c’est pourquoi elle décide qu’il faut prendre les armes : pour elle, il ne s’agit pas d’une guerre entre deux camps équivalents, mais d’une lutte des classes entre les opprimés (les paysans) et leurs oppresseurs (les propriétaires terriens, les grands propriétaires). Mais une fois installée à Pina de Ebro, elle commence à raisonner selon la logique implacable de la guerre : pour gagner, il faut éliminer l’ennemi.
Ce fait la met mal à l’aise et la fascine à la fois, car la violence exerce un effet enivrant sur ceux qui la pratiquent. Elle prend alors conscience de ce qu’elle appellera elle-même « la tentation de la force ». Lorsque la philosophe « vit » cette tentation dans sa propre chair et se laisse emporter par la force sur le champ de bataille, elle constate la tragédie que, dans un tel contexte, le fascisme a déjà gagné d’avance, et c’est là que commence sa grande transformation. Toute sa philosophie ultérieure tentera de répondre à la question : « Comment vaincre la force sans recourir à la force ? ». C’est là que commencera son voyage mystique. »
« Lorsque l’anarchisme est trahi de l’intérieur même du camp républicain, Simone devient très pessimiste quant à l’issue de la guerre civile. La guerre rend alors les deux camps de plus en plus similaires : autoritaires, centralistes, fanatiques, sans liberté d’expression et encourageant systématiquement la haine envers l’ennemi. En définitive, c’est la victoire des valeurs fascistes qu’elle prétendait combattre. »