Recensement et droits humains
Article mis en ligne le 31 janvier 2026

par SYLKNOE

Depuis la Bible jusqu’à nos jours, les puissants tiennent à dénombrer la population, afin de savoir qui taxer, qui enrôler à la guerre, etc…

Aujourd’hui, le recensement est obligatoire. Il est censé permettre d’établir des prévisions en matière d’équipement, de besoins de santé, d’éducation, etc.
Lors du dernier recensement, une question m’a été posée par la personne chargée de mon questionnaire, l’entretien ayant lieu par téléphone. Après « Date et lieu de naissance » me concernant, voici « Vos parents sont nés dans la même ville ? ». J’ai été surprise, refusant de répondre. La question était parait-il facultative, mais cela ne m’a été précisé qu’après mon refus. Pour autant, une telle demande est-elle légale ?

Voici ce qu’en dit la Ligue des Droits de l’homme :

« Comme en 2025, nous appelons à ne pas répondre à la question n°7 sur le pays de naissance des parents. Nous le faisons car il n’y a aucune proposition concrète de politique publique pour améliorer quoi que ce soit qui viendrait justifier que l’origine immigrée de nos parents soit collectée dans le bulletin individuel. Et, malheureusement, cette question présente beaucoup de dangers. »

« Question inutile et dangereuse, disons-nous. Interrogé l’an dernier sur l’intérêt de cette question, le Ministre de l’Intérieur de l’époque affirmait sans détour " je ne voudrais pas que cette statistique débouche sur la discrimination positive ". Une façon de dire donc qu’il s’opposait à son utilisation contre les discriminations. Il ajoutait " On a besoin de connaître les mouvements migratoires, alors pourquoi cacher la réalité ? ". De quelle réalité parlait-il ? Est-ce que pour lui les enfants de migrants seraient aussi des migrants ? A écouter ce qu’il avait à dire de la question, on peine à croire qu’elle soit posée pour le bien des personnes concernées. »

« Pendant le recensement de 2025, un sondage a montré le danger que cette question comporte. Les électeurs de l’extrême droite étaient 80 % à approuver la question, plus que tous les autres courants d’électeurs. Pas étonnant puisque c’est dans cet électorat qu’on regarde le plus les personnes en fonction de l’origine de leurs ancêtres, pas pour ce qu’elles sont ni pour ce qu’elles veulent être. Cette question renforce les préjugés de celles et ceux qui ne voient l’autre que par son origine géographique, génération après génération. » [1]

Cette question, de plus, fait écho en moi à un certain recensement, durant l’occupation allemande lors de la 2ème guerre mondiale.

« Le 27 septembre 1940, le Militärbefehlshaber (commandement militaire) publie la première ordonnance enjoignant impérativement aux Juifs de la zone Nord (français ou étrangers) de se faire recenser avant le 20 octobre.
Le premier statut des Juifs est établi par le gouvernement de Vichy le 1er octobre 1940. Il exclut les Juifs de tous les postes de la fonction publique, de la presse et du cinéma, prévoit leur exclusion des professions libérales et proclame la notion de race juive, alors que l’ordonnance allemande du 27 septembre ne fait référence qu’à la religion juive. Selon ce statut, " est regardée comme Juif toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint est lui-même juif." » [2]

A méditer…

Léonore