Albert Camus et les libertaires

écrits rassemblés par Lou Marin
mercredi 6 mai 2009
par  K.S.
popularité : 15%

Albert Camus et les libertaires – écrits rassemblés par Lou Marin

 [1]

Comment parler en une page de ce livre, indispensable, qui permet de mieux connaître et comprendre Albert Camus ?
Ce n’est pas par paresse, ou solution de facilité, que nous renvoyons à l’article de Lou Marin sur Anarchisme & non-violence 2 [2] :
on peut difficilement mieux inviter le lecteur potentiel à se procurer le livre de notre ami, qui rappelle que 40 ans après le décès de l’écrivain en 1960, « …le Camus libertaire a été oublié une fois de plus. »

Nous ajouterons ci-dessous quelques citations du livre qui nous ont particulièrement touchés, parce que toujours d’actualité :

D’abord cet extrait d’un article d’Albert Camus publié dans La Révolution prolétarienne [3] intitulé « Restaurer la valeur de la liberté » :

«  Si on additionne les violations et les multiples exactions qu’on vient de dénoncer devant nous, on peut prophétiser un temps où, dans une Europe de concentrationnaires, il n’y aura plus que des gardiens de prison en liberté, qui devront encore s’emprisonner les uns les autres. Quand il n’y en aura plus qu’un, nous le nommerons gardien-chef, et ce sera la société parfaite où les problèmes de l’opposition, cauchemar des gouvernements du XXème siècle, seront enfin, et définitivement, réglés.

Bien entendu ce n’est qu’une prophétie et quoique dans le monde entier les gouvernements et les polices, avec beaucoup de bonne volonté, essaient d’arriver à cette heureuse conclusion, nous n’en sommes pas encore là. Chez nous, par exemple, dans l’Europe de l’Ouest, la liberté est officiellement bien vue. Simplement, elle me fait penser à ces cousines pauvres qu’on voit dans certaines familles bourgeoises. La cousine est devenue veuve, elle a perdu son protecteur naturel. Alors, on l’a recueillie, on lui a donné une chambre au cinquième, et on l’accepte à la cuisine. On la montre parfois en ville, le dimanche, pour prouver qu’on a de la vertu et qu’on n’est pas chien. Mais pour tout le reste, et surtout pour les grandes occasions, elle est priée de la fermer. Et si même un policier distrait la viole un peu dans les coins, on n’en fait pas une histoire, elle en a vu d’autres, surtout avec le maître de maison, et, après tout, ça ne vaut pas la peine de se mettre mal avec les autorités constituées. A l’Est, il faut bien dire qu’on est plus franc. On a réglé son affaire à la cousine une fois pour toutes et on l’a flanquée dans un placard, avec deux bons verrous. Il paraît qu’on la ressortira dans un demi-siècle, à peu près, quand la société idéale aura été définitivement instaurée. On fera des fêtes en son honneur à ce moment-là. Mais, à mon avis, elle risque d’être un peu mangée des mites et j’ai peur qu’on ne puisse plus s’en servir. » [4]

André Prudhommeaux, dans un « Hommage posthume » [5] écrivait à propos de la position de Camus à l’égard du conflit algérien :

Messali Hadj, portrait

« « Pour faire la paix en Algérie, il faut une négociation directe entre ceux qui se battent », a-t-on dit bien souvent. Mais les ultras des deux camps ne s’affrontent pas directement, dans l’atroce boucherie de civils et de passants qui se poursuit de dunkerque à Tamanrasset : les extrémistes tuent les modérés de leur propre camp, et ceux du camp adverse, qui sont à leurs yeux autant de traîtres coupables de vouloir la paix ! Pour que la « paix des braves » ait lieu, il faudrait commencer par renoncer pour une « guerre des braves » au banditisme et à la terreur dirigée contre les femmes et les enfants. Et c’est pourquoi Camus est intervenu entre les deux camps pour faire appel à l’honneur des guerriers en leur demandant de laisser en paix les désarmés. Le résultat est qu’il a été insulté, menacé de mort, de droite comme de gauche. Et incompris jusque parmi nous. Mais je crois que sa position est juste, dans le principe. Ce sont les hommes qui n’ont pas été à la hauteur des circonstances. » [6]

S.K.S.


[1Albert Camus et les libertaires – écrits rassemblés par Lou Marin, Editions Egrégores, 2008

[3La Révolution prolétarienne n° 376, septembre 1953

[4p.275-276

[5« Liberté n°51 daté de février 1960.

[6P.33-34


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