La burqa fait parler, et écrire...

samedi 5 septembre 2009
par  K.S.
popularité : 14%

Dans divers pays d’Europe, le port de la burqa fait question. En France, est-elle contraire à la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat ? La réponse est loin d’être simple, à en croire les messages que nous avons reçus, après avoir mis en ligne l’article d’Elisabeth Badinter Adresse à celles qui portent volontairement la burqa (http://penselibre.org/spip.php?arti...).

D’un côté, la FNLP (Fédération nationale de la Libre Pensée), que l’on ne peut suspecter à priori de militer pour une « laïcité ouverte » fait remarquer, dans un communiqué faisant suite à son congrès national, l’implication dictatoriale d’une interdiction de porter tel ou tel costume :

La laïcité n’est pas une philosophie ni un art de vivre, c’est un
mode d’organisation politique des institutions. Elle vise, par la
séparation des Églises et de l’État (loi de 1905), à distinguer
institutionnellement le domaine de l’Administration et des services
publics du domaine privé de la vie des citoyens.

La laïcité, comme principe politique d’organisation, s’applique aux
institutions et non aux individus. C’est cette claire distinction, mise
en œuvre par la loi sur la liberté d’association du 1er juillet 1901,
et par la Loi du 9 décembre 1905 qui garantit la non-ingérence des
conceptions métaphysiques dans le domaine public pour mieux garantir la
liberté d’opinion et de comportement dans le domaine privé. En revanche, la loi n’a pas à dicter les modes vestimentaires
dans le domaine privé, ou tout autre comportement, tant que ceux-ci ne
sont pas une menace pour la vie d’autrui.

A l’opposé, la position exprimée par ‘Guillaume’ dans un article du 26 mars 2008 intitulé La burqa et le nihab, un crime contre la dignité de la femme et un crime contre l’humanité :

La guerre en Afghanistan éclata la même année que l’attentat du
11.9.2001 contre le World Trade Center à New York. Les Européens
découvrirent alors les images TV des femmes-esclaves-afghanes dans leur
prison "ambulante", suppliciées et abattues d’une balle dans la nuque
sur la place publique pour l’une ou l’autre désobéissance à la charia
barbare, inhumaine, contraire aux droits humains les plus élémentaires.

Ces actes barbares et les images insupportables de ces femmes-fantômes
"en burqa" déshumanisante, nous ont tous choqués, offensés, indignés,
outrés, écœurés, révoltés, scandalisés. Six ans plus tard la femme
en burqa est présente en Europe et ne semble plus offusquer nos
politiciens. » […] « La femme musulmane dans sa "prison vestimentaire" est dépersonnalisée,
déshonorée et déshumanisée, au nom de la liberté religieuse. C’est
une esclave du 21ème siècle dans l’Europe des Droits de l’Homme, mais
pas des droits de la femme.

Et de faire remarquer plus loin : Nul ne sera tenu en esclavage ou soumis à la torture et chacun a le droit
à la protection contre la discrimination, stipulent les articles 4 et 5 et
7 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, sauf bien entendu
pour la femme musulmane burqaïsée niqabée,tchadorisée, voilée, parce
qu’on ne touche pas à la liberté religieuse même si elle sert à
torturer et asservir la femme.

« On ne combat pas un totalitarisme en le remplaçant par un autre » déclare la FNLP, qui ajoute : Rappelons que ce sont toujours les dictatures qui ont voulu imposer un
mode de vie et des modes vestimentaires. En 1872, le tsar Alexandre II a
interdit, en Pologne, alors sous occupation russe, le port des papillotes
et des longs manteaux (costume traditionnel) pour les juifs. Le Code civil
de Napoléon Ier interdisait le port du pantalon pour les femmes. De 1967
à 1974, la Grèce des colonels a interdit les cheveux longs et la
minijupe. L’Histoire regorge de ces tentatives totalitaires de vouloir
régenter la vie des gens
et qui remarque : Il est indéniable que le port imposé de la burqa ou du niqab est un
symbole de l’oppression. Mais en quoi le port de la soutane pour les
prêtres, de la robe de bure pour les moines, de la robe et de la cornette
pour les religieuses, du schtreimel, du spodik ou du caftan pour certains
juifs est-il moins oppressif que le port de la burqa pour certaines
musulmanes ?

La réponse n’est-elle pas dans la question ?

Il faudrait en effet éviter la confusion entre la burqa ou le nihab imposés aux musulmanes et les costumes portés par des personnes qui ont « choisi » de devenir curés ou moines ou religieuses. Evidemment, on pourra objecter que des conditionnements ont opéré pour les unes comme pour les autres, et cela est certain. Cependant, il n’est plus d’usage de forcer les jeunes filles d’entrer au couvent, ni de prédestiner les cadets sans fortune à la prêtrise. Par contre, le voile, sous ses diverses formes, est imposé, au besoin par la violence physique et psychologique, aux femmes et adolescentes musulmanes. Pour s’en convaincre, on peut lire les témoignages de Taslima Nasreen par exemple, ou d’Ayaan Hirsi Ali, pour ne citer que les plus connues de ces courageuses écrivaines.

Reste une question fondamentale : qu’obtient-on, en fin de compte, par la force autoritaire ?

Souvent le contraire de ce que l’on attendait. Ainsi, l’URSS dictatoriale et le bloc de l’Est ayant imposé l’athéisme comme principe d’Etat, la Russie d’aujourd’hui, les pays baltes, la Pologne se précipitent dans les bras de l’Eglise orthodoxe, les régions balkaniques se déchirent pour leur dieu unique et seul véritable, les provinces autrefois occupées par les turcs reviennent en masse vers l’islam. Quelle réussite !

En France, c’est parce qu’en amont, les principes de la laïcité ont été peu à peu bafoués par les politiques, le plus souvent en faveur de la religion chrétienne, qu’à présent les musulmans pratiquants et plus encore les intégristes peuvent afficher de façon spectaculaire leurs convictions. En outre, l’islam considérant que tout, dans la vie quotidienne et sociale, doit être guidé (fermement) par le Coran, le problème ne peut être écarté aussi simplement.

Le plus important serait, me semble-t-il, d’une part, de soutenir ceux qui, parmi les croyants musulmans, recherchent une intégration dans la société laïque et une évolution des pratiques et des comportements. D’autre part, de surtout ne pas se taire, et d’aider les femmes – qui sont loin d’être des exceptions – à s’émanciper de l’oppression religieuse et familiale.

C’est dans cet esprit, je crois, que s’est exprimée Elisabeth Badinter.

Le lecteur trouvera en documents joints l’intégralité des documents dont ont été tirées les citations.


Documents joints

Communiqué de la FNLP
Article de 'Guillaume' La burqa et le (...)

Brèves

20 avril 2014 - Honneur militaire

Un ami nous écrit à propos du ministre de la Guerre - non, de la Défense nationale - qui « a (...)

23 février 2011 - Stéphane

Nous avons reçu par Mille Babords la nouvelle : Stéphane Rigo nous a quittés.
Il sera incinéré (...)

3 septembre 2008 - A propos de l’Affaire Finaly

Un internaute nous signale : " En complément de votre article sur l’affaire Finaly, que vous avez (...)