Charles Darwin (1809 - 1882)

lundi 2 novembre 2009
par  K.S.
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Une biographie de Charles Darwin peut être lue sur « Bi- centenaire de la naissance de Charles Darwin -
La théorie de l’évolution encore controversée 150 après... » http://penselibre.org/spip.php?arti....
Dans le présent article, c’est le penseur libre que nous voudrions mettre en lumière.

Darwin part de l’observation pour élaborer une théorie. C’est la base même de la méthode scientifique, et exactement le contraire de ce que font les croyants, religieux ou politiques, qui regardent les faits en fonction de leurs convictions.

Enfant déjà, le jeune Charles collectionnait les minéraux, les coquillages, partait à la recherche des coléoptères, mais c’est surtout, à 25 ans, l’embarquement sur le Beagle pour un voyage de cinq années, avec des escales au Brésil, aux îles Galapagos, à Tahiti, en Nouvelle-Zélande et en Australie, qui sera le point de départ de la théorie de l’évolution, dont le retentissement sera majeur sur bien des plans, scientifique évidemment, mais aussi philosophique, puisque le monde n’a plus besoin d’une déité pour être expliqué.

périple du Beagle

Parallèlement, le naturaliste va remettre en cause, tranquillement, l’enseignement religieux dans lequel il a été élevé.

Darwin relate ainsi dans son autobiographie [1] cette transformation progressive :

« Lorsque j’étais à bord du Beagle, j’étais tout à fait orthodoxe, et je me souviens d’avoir déclenché de grands rires chez plusieurs officiers (eux-mêmes pourtant orthodoxes) en citant la Bible comme une autorité incontestable sur un point de morale. Je suppose que c’était la nouveauté de l’argument qui les amusait. Mais j’en venais peu à peu à considérer, à cette époque, que l’Ancien Testament, avec son histoire du monde manifestement fausse, la tour de Babel, l’arc-en-ciel comme signe, etc., et parce qu’il attribuait à Dieu les sentiments d’un tyran vindicatif, n’était pas plus digne de confiance que les livres sacrés des hindous, ou les croyances d’autres barbares. La question se posa dès lors constamment, et ne se laissa pas chasser de mon esprit : si Dieu voulait faire une révélation aux hindous, était-il pensable qu’il la relie aux croyances en Vishnou, Shiva, etc., de même que le christianisme est lié à l’Ancien Testament ? Cela m’apparaissait tout à fait incroyable.

Je réfléchis à la nécessité d’une preuve éclatante pour qu’un homme sain d’esprit puisse accepter les miracles qui soutiennent le christianisme – à ce que, plus nous progressons dans notre connaissance des lois immuables de la nature, plus les miracles sont difficiles à croire – à ce que les hommes de ces temps étaient ignorants et crédules à un degré presque incompréhensible pour nous – à ce que l’on ne peut prouver que les Evangiles ont été écrits au moment des évènements qu’ils relatent et au fait qu’ils diffèrent sur nombre de points importants, bien plus importants que ce qui me semblait admissible de la part de témoins oculaires. Par des réflexions de cet ordre, que je ne donne pas comme ayant la moindre nouveauté ou valeur, mais comme m’ayant influencé, j’en vins graduellement à ne plus croire au christianisme comme révélation divine. »

Darwin s’écarte donc de la foi chrétienne et note à ce sujet :

« Cette évolution fut si lente que je ne ressentis aucune angoisse, et je n’ai jamais douté, depuis, une seule seconde de l’exactitude de ma conclusion. En fait, je peux difficilement admettre que quelqu’un puisse souhaiter que le christianisme soit vrai ; car si c’était le cas, les Ecritures indiquent clairement que les hommes qui ne croient pas, à savoir mon père, mon frère et presque tous mes meilleurs amis, seront punis éternellement. Et ceci est une doctrine condamnable. [2] »

L’argument d’une finalité de la nature lui apparaît tout aussi contestable. Ainsi remarque-t-il :

« Il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organiques et dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction où souffle le vent. [3] »

[*La théorie de l’évolution met en lumière la sélection naturelle ; pour autant, contrairement à ceux qui l’interprètent comme la justification de la loi du plus fort, elle n’amène pas Charles Darwin à accepter l’élitisme social, la domination de race, de classe ou de sexe, l’esclavagisme, l’élimination des faibles.*]

Certes, son vocabulaire est celui de son époque. Certes, il conserve quelques préjugés, peut-être faudrait-il dire des habitudes liées, elles aussi, à son époque et à son milieu. Mais ses convictions sont claires. Au cours du périple sur le Beagle il s’oppose au capitaine du navire qui fait l’éloge de l’esclavage. De même, le massacre des indiens est pour lui un autre sujet d’écoeurement :

« Mais combien n’est pas plus horrible encore le fait certain qu’on massacre de sang-froid toutes les femmes indiennes qui paraissent avoir plus de vingt ans ! Quand je me récriai au nom de l’humanité, on me répondit : “Cependant, que faire ? Ces sauvages ont tant d’enfants” ! » [4] Pressentant les conséquences de la colonisation sur le continent américain, il écrit : « Dans un demi-siècle, il n’y aura plus un seul indien sauvage au bord du Rio Negro. [5] »

Dans son autobiographie, il fait cette réflexion :

« Qu’il y ait beaucoup de souffrance dans le monde, personne n’en disconvient. Certains ont tenté d’expliquer ce fait, dans le cas de l’homme, en imaginant que cela sert à son perfectionnement moral. Mais le nombre des hommes dans le monde est presque insignifiant comparé à celui de l’ensemble des autres êtres sensibles, et ceux-ci souffrent souvent beaucoup, sans le moindre perfectionnement moral. Un être aussi puissant et aussi riche de connaissances qu’un dieu capable de créer l’univers étant, pour nos esprits finis, omnipotent et omniscient, nous ne pouvons admettre que sa bienveillance ne soit pas sans limites, car à quoi sert la souffrance de millions d’animaux inférieurs [6] pendant un temps infini ? »

[*On remarquera la façon dont Darwin replace l’homme dans l’ensemble des êtres vivants, et non plus à son sommet. Aujourd’hui encore, l’idée véhiculée par les religions monothéistes selon laquelle l’homme doit dominer le monde et croître et multiplier, reste efficiente avec tous les dégâts humains et environnementaux que l’on connaît.*]

Loin de la sauvagerie des rapports entre humains qu’entraînerait la « loi du plus fort » et la « survie du plus apte », Darwin s’interroge sur les effets de l’incroyance sur la vie en société :

« Un homme qui n’a pas de croyance bien assurée dans l’existence d’un dieu personnel, ou dans une existence future avec rétribution et récompense, ne peut avoir comme règle de vie, à ce qu’il me semble, que de suivre ses impulsions et ses instincts les plus pressants, ou qui lui semblent les meilleurs. Un chien agit de cette manière, mais il le fait aveuglément. Un homme, quant à lui, considère le passé et le futur, et compare ses divers sentiments, désirs et souvenirs,. Il découvre alors, en accord avec le jugement des hommes les plus sages, que la plus grande satisfaction résulte de l’obéissance à certaines impulsions particulières, à savoir les instincts sociaux. S’il agit pour le bien d’autrui, il recevra l’approbation de ceux qui le connaissent et gagnera l’amour de ceux avec lesquels il vit, amour qui est sans aucun doute le plus grand plaisir terrestre. Peu à peu, il lui deviendra intolérable d’obéir à ses passions sensuelles plutôt qu’à des impulsions plus élevées qui, quant elles deviendront des habitudes, auront presque le statut d’instinct. Il se peut que sa raison lui conseille occasionnellement d’aller à l’encontre de l’opinion des autres, qui le désapprouveront, mais il aura encore la satisfaction de savoir qu’il agit en suivant son guide intérieur, sa conscience. [7] »

caricature de Darwin

Les ennemis de la théorie de l’évolution ne se trouvent pas seulement dans les rangs des créationnistes et autres tenants de l’intelligent design, mais chez ceux qui déforment le sens strictement scientifique de la sélection naturelle et font de Charles Darwin un odieux réactionnaire, ce qu’il n’était nullement, il suffit pour s’en convaincre d’aller aux sources.

Et du reste, Charles Darwin nous y invite par cette remarque, toujours dans son autobiographie :

« Mon principal plaisir et ma seule occupation dans la vie a été le travail scientifique ; et l’exaltation qu’il provoque en moi me fait oublier pour un moment, et parfois totalement, mes malaises quotidiens. Je n’ai donc rien à raconter pour le reste de ma vie, en dehors de ce qui touche à mes livres. [8] »

SKS


[1Charles Darwin, Autobiographie Seuil, septembre 2008.

[2Autobiographie. La vie d’un naturaliste à l’époque victorienne Belin 1985, Seuil 2008.

[3Autobiographie. La vie d’un naturaliste à l’époque victorienne Belin 1985, Seuil 2008.

[4Charles Darwin, Voyage d’un naturaliste autour du monde, La Découverte Poche, 2003.

[5Charles Darwin, Voyage d’un naturaliste autour du monde, La Découverte Poche, 2003.

[6NDLR : au sens de l’échelle de l’évolution, s’entend

[7- Autobiographie. La vie d’un naturaliste à l’époque victorienne Belin 1985, Seuil 2008.

[8Ouvrages de Charles Darwin en langue française :
-  Autobiographie. La vie d’un naturaliste à l’époque victorienne Belin 1985, Seuil 2008.
-  L’expression des émotions chez l’homme et les animaux suivi de Esquisse biographique d’un petit enfant, Rivage Poche 2001.
-  De la fécondation croisée des orchidées par les insectes et des bons résultats du croisement, Editions Sens 1999.
-  La filiation de l’homme et la sélection liée au sexe, syllepse 2000.
-  L’origine des espèces, Flammarion 1992.
-  De la variation des animaux et des plantes, C. Reinwald et Cie, éditeurs 1879.
-  Voyage d’un naturaliste autour du monde, La Découverte Poche 2003.
-  La formation de la terre végétale par l’action des vers avec des observations sur leurs habitudes, Syllepse/Institut Charles Darwin International 2001.

Bibliographie tirée du livre de Marc Giraud Darwin c’est tout bête ! Laffont 2009. au sujet duquel on trouvera sur ce site une note de lecture


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