Le Marché, un tyran qui assassine la terre.

mercredi 5 mai 2010
par  K.S.
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Gérard Charollois signe, le dimanche 2 mai 2010 [1], cet article particulièrement bienvenu, alors que les plus modestes parmi la population de la Grèce se voient imposer une baisse drastique de leurs revenus et une perspective peu réjouissante pour leur vieillesse. Tandis que les marchés financiers continuent de faire la loi...

Chûte des cours - Montréal 1929

Voici donc ci-dessous le texte intégral de cet article (les mises en relief de certaines phrases sont de notre fait).

Le Marché, un tyran qui assassine la terre.

ATHENES aurait inventé la démocratie, il y a deux mille cinq cents ans, selon les idées reçues.

En fait, si vingt mille citoyens pouvaient disserter sur le bien de la cité, c’est que quatre cent mille esclaves travaillaient pour eux.

La démocratie athénienne fut un leurre à l’instar de biens des autres et notamment, au 20ème siècle, des dictatures et oligarchies des temps modernes qui se parèrent du titre de « démocraties populaires », nullement démocratique et encore moins respectueuses des droits de l’homme et de ceux de la Nature.

Le système mercantile mondialisé, aujourd’hui triomphant, se targue de perfection démocratique et s’autoproclame vertueux : il est la démocratie par excellence. D’ailleurs, les peuples élisent librement des partis politiques concurrents qui débattent dans les médias, préparent les élections périodiques où s’opèrent des alternances entre démocrates sociaux et sociaux démocrates.

Cette satisfaction repue et blasée est-elle fondée ?

Bourse du commerce de Paris

Sommes-nous en démocratie ?

La démocratie permet-elle de relever les défis écologiques ?

En démocratie, le peuple est souverain.

Il n’y a pas d’autre souverain que lui et les dirigeants ne sont jamais que ses représentants temporaires et éjectables.

Une première objection se présente à l’esprit : si le peuple est souverain peut-il tout faire ?

Décider, par exemple, de mettre à mort une fraction de la population pour des considérations conjoncturelles de races, d’opinions, de mœurs ?

Peut-il attenter, par ses lois, à la liberté de pensée, d’association, de mode de vie de minorités ?

L'Assiette au Beurre

[*C’est que démocratie et droits de l’homme ne sont nullement synonymes contrairement à ce qu’imagine une vulgate politique.*]

Le nazisme allemand, le maoïsme chinois, démocratiques en ce qu’ils s’appuyaient sur les masses tout en niant les droits fondamentaux, nous en fournissent des illustrations éclatantes.

Le nombre, la majorité, la masse, n’ont pas toujours raison et leur raison doit connaître des bornes sous peine de justifier le génocide, le bannissement, l’ostracisme, l’arrestation arbitraire de ceux qui ne possèdent nile nombre, ni la majorité, ni la masse.

[*Tout souverain peut devenir tyrannique qu’il soit roi, empereur ou majorité populaire d’un jour.*]

Aussi, par-delà les lois, par-delà les souverainetés, des garanties doivent protéger les personnes des caprices et des haines des foules versatiles.

Un droit et des cours supérieurs, des conventions peuvent tisser utilement un écran protecteur contre les erreurs, les fautes, les accidents de l’Histoire.

Dans un Etat donné, des lobbies trop puissants, peuvent nier les llibertés et les droits des citoyens et imposer aux représentants leurs privilèges féodaux.

Ainsi, en France, en 1999, la cour européenne des droits de l’homme sanctionna la « loi dite VERDEILLE que le lobby chasse imposait et que les élus n’auraient jamais eu le courage de réformer sans un arrêt de la cour de STRASBOURG.

Dès lors, admettons que la démocratie doive être bornée par un socle de droit supérieur dont un juge indépendant du souverain sera le gardien vigilant.

Mais, dans le système mondialisé actuel, ce ne sont point le droit fondamental des gens et les juges indépendants du peuple qui entravent les prérogatives du souverain.

Il est plaisant, historiquement, que la supercherie du système émerge à ATHENES.

La démocratie n’est qu’un leurre et les Grecs l’apprennent de manière édifiante, car le peuple ne dispose dans le système actuel pas davantage de véritables prérogatives que dans les régimes devanciers ou rivaux justement dénoncés.

La finance internationale, les agences de notations économiques, les spéculateurs, les banques, en un mot, le Marché fait la loi et lui seul.

Or, quelle est la légitimité des affairistes, des banques, y compris des « banques centrales » que les sectateurs du libéralisme ont voulu indépendantes.

Indépendantes du souverain c’est-à-dire du peuple.

Or, si la Justice qui protège la liberté mérite son indépendance absolue, l’argent n’a aucune raison d’échapper au contrôle démocratique.

L’homme, dans ce système de démocratie formelle, n’a plus le choix. Il peut penser, voter à gauche, changer l’équipe gouvernante, manifester dans la rue, s’insurger, peu importe : c’est le Marché qui fera la loi à sa place.

Le Marché ordonnera la réduction du nombre des fonctionnaires, l’affaiblissement des services publics, la « réforme » des droits sociaux, la diminution des salaires, l’aggravation du paupérisme, l’ouverture des frontières, la soumission de l’Etat aux lois de la comptabilité privée, la notion absurde de « dette publique » comme si l’Etat n’était qu’une entreprise, la marchandisation de la Nature, des espèces et des espaces.

Les sectateurs du Marché l’ont énoncé en anglais : there is not alternative.

Vous n’avez plus le choix. Il n’y a pas de système de rechange, mais, à part cela, sachez que vous avez le grand bonheur de vivre en démocratie !

Pour l’heure, la secte dirigeante n’a aucun souci à se faire. Une jeunesse anesthésiée ne rêve que d’écoles de commerce et d’intégration grégaire dans le troupeau guidé par la main invisible et criminelle du Marché.

Mais la douleur pourrait bien finir par dissiper l’anesthésie et le peuple réveillé récuser son tyran.

[*Ce tyran dirige le monde, se moque des Etats, ignore les aspirations des peuples et souille l’océan par son pétrole, dévaste partout la Nature, exploite la vie pour servir son culte : la cupidité.*]

C’est le Marché et ses agents qui empoisonnent les côtes de la LOUISIANE car des spéculateurs voraces obtinrent des gouvernements complices l’autorisation de forer en eau profonde, là où la technologie n’offre aucune sécurité des installations.

Une rupture avec les paradigmes du Marché serait salutaire avec répudiation de la croissance quantitative, édiction de normes écologiques et sociales supérieures aux règles du commerce, dépassement de l’esprit de compétition, de concurrence, de rentabilité.

Le vivant et non l’argent d’abord !

Gérard CHAROLLOIS



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