Signes extérieurs de bigoterie

Sarkozy au Vatican
mercredi 20 octobre 2010
par  K.S.
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Le 18 octobre 2010, dans l’émission « Ce soir (ou jamais) ! » sur France 3, un écrivain, Denis Tillinac, qui ne cachait pas ses convictions catholiques (il accompagnait Nicolas Sarkozy dans sa visite au Vatican), rejoignait en fait la démarche des communautaristes musulmans, pour qui il ne peut y avoir de séparation entre le civil et le religieux. Selon lui, il était naturel qu’un chrétien fasse le signe de croix dans une église, à plus forte raison devant le pape, même s’il était le président, en visite d’État, d’une république dans laquelle la séparation des Églises et de l’État est constitutionnelle. Il considérait que la neutralité, dans ce cas, relevait de l’hypocrisie. Certes, d’autres participants au débat contestèrent cette position et défendirent la laïcité.

Or, si l’on exclut l’électoralisme de la démarche présidentielle – rallier les suffrages des catholiques en vue du prochain mandat – la question du partage entre le religieux et le civil n’est pas si simple. Comment en effet convaincre des croyants, persuadés de détenir une vérité universelle, de ne pas l’ « offrir » – de gré ou de force – au plus grand nombre…
Souvent, ces mêmes croyants expriment, au nom de l’unicité de la personne, une difficulté à vivre leur religion en privé sans en faire état en public, en demandant que leurs positions soient reconnues, acceptées, partagées. Que leurs rites soient enfin, comme avant la loi de 1905, partie intégrante de la vie sociale.
Après tout, le militant qui s’engage pour la reconnaissance d’un droit, d’une autre organisation de la société, n’est-il pas lui aussi persuadé que la mise en œuvre de ses principes aboutirait pour tous à une vie meilleure, plus juste, plus harmonieuse…

On peut aller plus loin encore, en saluant toute tentative de mettre en accord ses idées et sa vie, ainsi dans le refus de la guerre, dans la liberté de disposer de son corps, etc.

Où se place donc la ligne de démarcation ?

Catherine Kintzler [1] décrit la laïcité comme une sorte de creux, dans lequel peut se placer la liberté individuelle.

Cette ligne de démarcation viendrait différencier le communautarisme dans lequel l’individu est assujetti au groupe pour les modalités de sa propre existence, et une société civile sans référence religieuse dans laquelle chacun(e) peut - en privé - se rallier à une conviction, religieuse ou philosophique, et s’associer avec d’autres, tout en participant à la vie de la collectivité. L’accès à des droits, à une forme de liberté, pour l’individu, mais sans obligation de s’y inscrire, sans possibilité non plus de l’interdire à autrui…

En théorie, cela peut marcher. Dans la pratique, cela suppose que les croyants et incroyants de tous bords aillent bien au delà de la simple tolérance et se comportent en individus soucieux de la liberté de chaque personne. Une société peut-elle fonctionner ainsi ? Il faudrait que les inégalités économiques et culturelles ne viennent pas renforcer un sentiment identitaire de groupe et un besoin de revanche. Il faudrait que soient comprises non seulement la liberté de conscience sur le plan religieux, mais aussi d’autres formes de liberté individuelle, permettant d’objecter face à l’armée, la violence, le pouvoir médical, etc. Il faudrait que celles et ceux qui composent cette société soient à peu près au même niveau de conscience.

Tout comme la démocratie, la laïcité a les défauts de ses qualités. Malheureusement, pour fonctionner, dans l’état actuel de la France, et des quelques autres pays à constitution plus ou moins a-confessionnelle, elle a besoin d’un rapport de forces en sa faveur. Cela n’est pas vraiment cohérent avec ses principes et ses objectifs. Mais, on l’observe, dès qu’ils aperçoivent la moindre petite faille dans le dispositif, les tenants du communautarisme s’y insinuent, pour s’y engouffrer dès que possible et établir leur maîtrise. Il suffit de voir comment l’Église catholique, privée de ses privilèges en matière d’enseignement, a réussi, discrètement, à reconquérir tout ou presque du terrain perdu en 1905.

Il est donc nécessaire de réaffirmer la nécessité d’une organisation laïque de la collectivité. Que les espaces publics – enseignement, hôpitaux, services divers, soient en dehors de toute pression des lobbys confessionnels, philosophiques, politiques. Bien évidemment, dans cette perspective, les signes extérieurs de bigoterie du président Sarkozy sont contraires à l’esprit et à la lettre de la constitution laïque de la France. Une constante vigilance est donc nécessaire pour défendre la laïcité. L’ennui, c’est que, la plupart du temps, dans cette démarche, beaucoup se réclament d’une république qui a pu envoyer à la boucherie des guerres des millions de citoyens et n’a pas su accueillir dignement les immigrés qui pourtant ont contribué à sa force, sa richesse et sa diversité.

SKS


[1Catherine Kintzler, Qu’est-ce que la laïcité ? Paris : Vrin éditeur (Coll. Chemins philosophiques), janvier 2007. 128p.Note de lecture sur http://penselibre.org/spip.php?article75.


Brèves

24 juillet 2013 - Jacques Prévert :

"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

24 mai 2013 - Religion modérée...

"Une religion est modérée lorsqu’elle n’a pas de bras armé ; ou quand elle cesse d’y recourir. Ou (...)

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