Sur l’oeuvre de Max Stirner

A. Arru
lundi 18 juin 2007
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L’Unique et sa propriété commence et se termine par cette phrase : « Je n’ai basé ma cause sur rien  ». Rien, c’est Moi, l’UNIQUE, l’individu qui ne peut être copié, ni refait, qui a un corps, un cerveau, des pensées qui lui sont propres. Un être qui n’était rien avant d’être mis au monde et qui ne sera plus rien après sa mort.
Cette vision de l’individu est aujourd’hui confirmée par les scientifiques. Un peu plus de cent ans après la sortie de l’Unique, Jean Rostand écrivait dans l’Age nouveau : « L’individualisation physiologique de chaque être humain est l’expression de son individualisation génétique. Nous savons en effet, que le nombre de combinaisons héréditaires dans l’espèce humaine est d’un ordre si élevé que chaque être humain doit être considéré comme UNIQUE, de par la constitution de ses cellules.  » [1]

Mais Stirner ne se borne pas à constater cette UNICITE de chaque être, il veut que chacun en prenne conscience, qu’il rejette ce qui le contraint, le déforme, nous dirions aujourd’hui : l’aliène.
Il va se colleter avec tous les dogmes, toutes les doctrines, toutes les morales. Il confronte l’homme à la Société et lui démontre qu’il ne s’appartient pas, qu’il est l’esclave d’entités qui s’additionnent les unes aux autres pour mieux le posséder : Dieu, Patrie, Humanité, Etat, Famille, Droit, Devoir, Loi, Liberté, Vérité, Socialisme, Anarchie, et j’en passe.
« 

La croyance morale n’est pas moins fanatique que la religieuse

 » écrit-il après nous avoir démontré qu’un SANS-DIEU a souvent les mêmes bornes, les mêmes barrières qu’un croyant. L’un parle au nom de dieu, l’autre au nom de la morale.

Il démonte aussi le mécanisme de la Société, celle d’aujourd’hui la réactionnaire, celle demain la révolutionnaire, il nous amène à constater que l’individu, qui pourtant existe, ne peut se réaliser, qu’il est effacé au profit de MOTS gravés au fronton des INSTITUTIONS, des CONSTITUTIONS, des GROUPEMENTS.

Ici encore notre auteur se trouve rejoint par un des grands biologistes de notre temps qui écrit en 1976 : «  … Au moyen d’une tromperie grossière on arrive parfois en période de crise à faire croire à l’individu qu’il défend l’intérêt du groupe et se sacrifie pour un ensemble, alors que cet ensemble étant déjà organisé sous forme d’une hiérarchie de dominance, c’est en fait à la défense d’un système hiérarchique qu’il sacrifie sa vie. Enfin le groupe constituant un système fermé, entre en compétition avec les autres systèmes fermés qui constituent les autres groupes, etc., et un discours logique trouve toujours un alibi indiscutable pour motiver le meurtre de l’autre ou son asservissement. » [2]

[*Après avoir dépouillé le citoyen de tous ses oripeaux religieux et moraux, sociaux et politiques, l’avoir mis à nu, tout nu, faible et seul, il le fait descendre en lui, lui fait prendre conscience de sa réalité, de son authenticité, de son unicité : « Plus nettement, refaites connaissance avec vous-mêmes, apprenez à connaître ce que vous êtes réellement et abandonnez vos efforts hypocrites, votre manie insensée d’être autre chose que ce que vous êtes. »*]
Soyez donc des égoïstes et non des idéalistes, ajoute-t-il. D’abord vous l’êtes déjà. Les religions, l’Etat, l’Ecole s’adressent à votre égoïsme et non à votre altruisme : au bon croyant on promet le paradis, au bon citoyen la médaille ou un avantage social, à l’écolier le diplôme et la réussite. « Tous vos actes, tous vos efforts sont de l’égoïsme inavoué […] dont vous ne voulez pas convenir et que vous celez à vous-même…  »
Nous sommes ce que nous sommes, nous n’avons rien ni personne à adorer, rien ni personne à servir. Toi, Moi, l’Autre sommes UNIQUES donc égaux, plus exactement EQUIVALENTS, alors échangeons, consommons-nous, associons nos puissances, refusons ce que nous voulons pas, organisons ce que nous désirons.

Il esquisse une vague société d’associations affinitaires, mais là n’est pas son propos. Il dessine un être neuf débarrassé de ses esclavages, personnalisé, propriétaire de lui-même : « Tout Etre supérieur à Moi, que ce soit Dieu ou que ce soit l’Homme, faiblit devant le sentiment de mon unicité et pâlit au soleil de cette conscience.  »

Il est impossible en quelques lignes de résumer 540 pages dont chaque phrase, peut-être chaque mot, ont leur importance.
Henry Mackay, celui qui a reconstitué pas à pas la vie de Max Stirner, écrivait : « Comme l’inépuisable richesse de l’Unique et sa propriété se rit de toute description, il s’ensuit que la restitution de son contenu sous une forme schématique est littéralement impossible. » [3]
J’espère donc provoquer tout simplement une curiosité, le lecteur intéressé ne sera pas déçu : « Ce n’est pas assez de dire qu’il sait écrire et qu’il est sans doute le premier philosophe allemand qui soit lisible. Son style est concis, ramassé, surprenant à force de simplicité. Il a le secret de la formule à l’emporte-pièce, du tour épigrammatique… » [4]

[(Oui, c’est une liqueur à absorber lentement, à déguster à petites doses. Elle est très forte, mais curieusement pour celui qui sait la consommer, elle tranquillise.)]


[1Dorlet (Louis), « L’Antidote », supplément à la revue « Défense de l’Homme » n° 246.

[2Laborit (Henri), « Eloge de la fuite », Robert Laffont, 1976.

[3Stirner (Max), « L’Unique et sa propriété », Traduction de Robert L. Leclaire, préface Décembre 1899, Stock,1922.

[4Arvon (Louis), op.cité.


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