Violence et révolution

mardi 15 mars 2011
par  K.S.
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Il ne faut pas désespérer Billancourt, ni les partisans d’une révolution libertaire.

Notre ami André Arru, après avoir, entre 1940 et 1945, édité des tracts signés « Fédération Internationale Syndicaliste Révolutionnaire », avait progressivement opté pour une évolution, considérant qu’il était impossible de mettre en place une société libertaire selon le processus habituel – en fait en imposant à une partie de la population ce qu’elle n’était pas prête à accepter –, l’usage de la force et de la violence étant contradictoire avec le projet libertaire.

Accord entre la fin et les moyens utilisés, accord recherché entre le mode de vie personnel et l’idéal soutenu, quitte à remettre en cause l’un ou l’autre. Il allait même beaucoup plus loin, en écrivant : « L’anarchie est faite pour des individus et non des foules. » et «  Le chaos c’est la vie. Toute tentative d’ordonner ce désordre est un leurre qui débouche ou sur un dogme ou sur des désillusions. Ou encore sur une sagesse mélancolique. »

Sans doute les auteurs de deux articles parus sur Anarchisme et Non-violence 2, traitant de la violence dans la révolution, ne se situent pas sur le versant de la sagesse mélancolique. Non qu’ils ne soient pas sages, mais ils semblent ne pas accepter un tel renoncement. Cependant, leur refus de la violence, même révolutionnaire, rejoint un combat malheureusement trop souvent incompris.

Il s’agit de :Légitime violence (http://anarchismenonviolence2.org/s...) [1], par André Bernard, publié le 3 mars 2011 ; et de :De la violence et de son utilisation (http://anarchismenonviolence2.org/s...) [2], par Pierre Sommermeyer, publié le 3 mars 2011.

André Bernard, en réponse à un article de John Rackham (voir note plus haut) précise ses conceptions en différenciant pacifisme, non-violence et collaborationnisme, et souligne qu’« entre la plus grande violence et la non-violence absolue, il y a donc une gradation. »
Il évoque par ailleurs les actions de désobéissance civile facilement qualifiées par certains de violentes.

Il me semble pour ma part qu’il est important de distinguer les violences faites aux êtres vivants et sensibles – incluant donc, outre les Homo sapiens, les autres espèces animales – et les destructions de matières inanimées, de structures, même si l’on peut nuancer en tenant compte de la souffrance ressentie par des personnes qui s’identifient à des objets rituels, des œuvres artistiques, ou encore des habitations.

Tout l’article est intéressant, d’autant qu’il fait référence aux mouvements à l’œuvre de l’autre côté de la Méditerranée. La conclusion est nette, la voici :

« Anarchistes, nous ne voulons pas le pouvoir politique que nous souhaitons plutôt détruire, mais nous voulons au moins un pouvoir économique décentralisé. Cela se fera-t-il par les armes ? J’en doute : ceux qui triomphent par ce moyen n’abandonnent que rarement le pouvoir ; le pouvoir qu’ils ont conquis par le fusil, ils le gardent ; et tout recommence… »

Pierre Sommermeyer, pour sa part, souligne ceci : « Aujourd’hui, après les « révolutions » tunisienne et égyptienne, en attendant les suivantes, l’utilisation de la violence est à l’ordre du jour dans les débats des révolutionnaires. » Suite de l’échec du mouvement des retraites : « Bien des militants résolus pensent que le temps de l’affrontement direct est arrivé et que seul il permettra de bousculer l’état des choses. L’utilisation de la violence dans les manifestations en cas d’intervention policière est, pour eux, un pas vers la révolution généralisée. » L’auteur fait remarquer que l’usage des armes devient nécessaire dans un processus révolutionnaire, soit pour s’approprier ce que gardent les privilégiés, soit pour empêcher de nuire les opposants, les factieux.

La conclusion de cet article est d’une remarquable netteté : « Si l’on utilise souvent les « armes de la critique », la « critique des armes » est le plus souvent laissée de côté ou utilisée pour réclamer plus d’efficacité, c’est-à-dire de discipline sans que l’on ose, la plupart du temps, y ajouter l’adjectif militaire. Aujourd’hui, l’avancée technologique de l’armement réduit à néant le mythe de la barricade. La revendication de l’utilisation de la violence dans les affrontements sociaux porte en filigrane le désir de la prise du pouvoir et non sa destruction. La violence n’est efficace que si elle est armée. C’est bien ce qu’ont compris dès les origines de l’humanité ceux dont le pouvoir était menacé. Il peut arriver qu’un pouvoir soit supprimé par l’usage des armes, mais cela ressemble plus à un passage de témoin, comme dans une course de relais, qu’à une transformation bénéfique des rapports sociaux.  »

A utiliser les moyens de l’adversaire, on finit par lui ressembler, ce qui vaut pour l’usage des armes, comme pour le comportement en société ou même interindividuel.

André Arru terminait un tract de l’Union pacifiste des Bouches du Rhône par ces mots :
« L’action violente – serait-elle menée par des révolutionnaires – débouche sur des monceaux de cadavres et donne naissance à des bourreaux. Il faut trouver autre chose.  »

Voilà sans doute l’enjeu des décennies à venir : trouver des moyens d’agir sur l’organisation de cette société injuste et inhumaine, mais par des actions en accord avec l’idéal porté par les libertaires, par les penseurs libres. Sans doute la réflexion et l’expérimentation de techniques d’action non-violente peuvent aller dans ce sens.

SKS


[1Cet article est paru dans le Monde libertaire en réponse à « Face à la violence, face au pacifisme, l’anarchisme », de John Rackham paru dans le Monde libertaire, n° 1622, du 10 au 16 février 2011

[2En réponse (qui n’a pas paru dans le M.L.) à « Face à la violence, face au pacifisme, l’anarchisme », de John Rackham paru dans le Monde libertaire, n° 1622, du 10 au 16 février 2011


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