"Le dernier choix" ou "L’ultime liberté"

vendredi 14 décembre 2012
par  K.S.
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Le 4 décembre dernier à 20 h 40, sur France 5, deux documentaires, "J’aime la vie, mon corps ne l’aime plus" et "Je quitte mon corps" suivis d’un débat, abordaient la question de la fin de vie, de l’euthanasie, du droit à mourir dans la dignité, et des soins palliatifs [1].

Tous ces termes étaient présents dans le débat, pendant lequel les intervenants ont pu s’exprimer de façon claire et posée, ce qui n’est pas toujours le cas avec un tel sujet.

Néanmoins, le climat presque feutré de ce plateau n’excluait pas des questions fondamentales.

Ainsi :

- Les opposants à l’euthanasie reconnaissent eux-mêmes que la Loi Léonetti, qu’ils invoquent si souvent, est encore peu connue et mal appliquée parce que sujette à interprétations. De même pour une loi précédente votée en 2002. De plus on peut s’interroger sur la valeur d’une loi votée à l’unanimité sur un sujet polémique : n’est-elle pas, selon l’expression d’un intervenant, le résultat d’un "consensus mou" ?

- Ce qui ressort également est la question, fondamentale dans un tel domaine, du pouvoir médical. Est-ce au médecin de décider ? Et dans ce cas, outre le problème de ce pouvoir exorbitant, quel poids, quelle responsabilité à porter ? De plus, la permission donnée par la Loi Léonetti de "laisser mourir", n’est-ce pas aussi "laisser souffrir", par peur et/ou refus d’un geste plus franc ?

- En supposant que cette Loi soit bien connue, comprise et appliquée, suffit-elle à répondre aux lancinantes questions de la fin de vie ? Les unités de soins palliatifs sont-elles assez nombreuses ? On sait bien qu’il n’en est rien.

- Dans certains pays (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas) l’euthanasie (dont la signification est "bonne mort") est autorisée et encadrée. Elle ressort d’un accord entre le patient et le médecin, avec des contrôles a posteriori. Elle suppose d’anticiper suffisamment à temps non seulement ses directives mais aussi la décision. D’autres pays permettent le suicide. En Suisse, des conditions sont exigées (maladie incurable ou souffrance non soulagée, vérification du but altruiste de l’acte, médecin prescripteur) la personne étant accompagnée par une association (Exit). Dans l’État de l’Oregon (USA), le produit est délivré et la personne œuvre elle-même.

On remarquera à ce sujet qu’en France, il reste à l’individu qui souhaite quitter sa vie sans longues souffrances plus ou moins bien soulagées, deux alternatives : l’aide clandestine d’un médecin ou un suicide non assisté, par des moyens traumatisants pour le sujet lui-même et pour son entourage.

- Le "droit à mourir dans la dignité", qui est aussi le titre de l’association ADMD, suscite des controverses. Fréquemment, les opposants à l’euthanasie disent préférer le terme de "respect" plutôt que de "dignité". Il s’agirait alors de "respect des volontés du patient". A quoi répondent les partisans du "droit à mourir dans la dignité" que c’est à la personne de décider de ce qu’est pour elle la "dignité". On remarquera que, dans un cas, le "respect" est du côté du corps médical et des institutions, de l’autre la "dignité" ressort de la perception et de la volonté de l’individu.

- Un argument fréquent contre ce droit et cette dignité est amené par les opposants à l’euthanasie : en l’autorisant à des personnes lourdement handicapées ou gravement malades, ou simplement lassées de vivre parce que très âgées, on envoie un message négatif aux plus fragiles, leur déniant dignité et droit de vivre… « tout dispositif législatif visant à reconnaître un droit à une injection létale et/ou à un suicide assisté constituerait un contresens grave faisant courir des risques aux plus vulnérables et aux plus démunis d’entre nous. » [2]. Une fois de plus intervient là un raisonnement de type autoritaire : ce qui est autorisé pour quelques-uns qui le désirent deviendrait obligatoire pour tous. Ce point de vue a été soulevé lors des débats concernant la contraception et l’avortement. Il n’est pas étonnant qu’il se présente ici, puisqu’il s’agit en définitive pour l’individu du droit à disposer de soi. L’ultime liberté, selon les termes de l’ADMD.

On le sait, l’État, même dit républicain et démocrate, tient à conserver la mainmise sur ses sujets. On rappellera que si le service militaire n’est plus obligatoire, la conscription elle, n’est pas abolie. L’État tient à contrôler le flux de la population, et le droit à l’IVG pourrait être remis en question selon les circonstances. Quant au droit à mourir dans la dignité, on ne peut ignorer l’influence du lobby religieux, bien présent dans les rangs des médecins.

Les sondages successifs indiquent une très large majorité de partisans de l’euthanasie. Le gouvernement actuel qui devait rapidement s’intéresser à la question selon les promesses électorales, attend les conclusions du rapport Sicard [3] et semble avoir la mémoire courte. Comme si souvent, et quel que soit le gouvernement.

SKS


[1Annick Redolfi, documentaire « Le Dernier Choix ». Débat animé par Carole Gaessler, avec parmi les intervenants, Noëlle Chatelet, auteure de La Dernière Leçon.

[2Extrait d’un manifeste de « Plus digne la vie http://plusdignelavie.com/?page_id=46.

[3Selon l’ADMD, la mission Sicard sur la fin de vie serait composée majoritairement de militants anti-euthanasie, et notamment de deux membres du conseil exécutif de Plus digne la vie (‘pro-life’).


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